Les mesures de biosécurité

La totalité des parties terrestres et plus de la moitié des parties marines des archipels Crozet, Kerguelen, ainsi que des îles Saint-Paul et Amsterdam, bénéficient du statut de réserve naturelle nationale (RNN) depuis 2006. Ce classement s’accompagne d’un objectif clair pour son gestionnaire : la préservation de la biodiversité sur le long terme avec des dispositions réglementaires qui interdisent l’introduction d’espèces végétales et animales dans ces territoires. Pour ce faire, les TAAF mettent en œuvre le plan de gestion de la RNN. Ce document planifie 55 actions dont 12 actions de biosécurité et de gestion des Espèces exotiques envahissantes (EEE).

Photo : © Flavien Saboureau
Photo : © Flavien Saboureau

Qu’est-ce que la biosécurité ?

C’est l’ensemble des mesures préventives et réglementaires visant à réduire les risques d’introduction et de dissémination d’espèces exotiques dans les territoires et les écosystèmes qui en sont exempts. La biosécurité protège les territoires contre les invasions biologiques associées aux activités humaines.

En effet, les Terres australes françaises hébergent une biodiversité remarquable et de nombreuses espèces endémiques. Cependant, ces écrins de biodiversité sont vulnérables face aux effets des changements globaux et aux menaces liées aux rares activités humaines qui s’y déroulent.

Les Terres australes françaises sont des territoires isolés. L’isolement de ces territoires, ainsi que des écosystèmes qu’ils abritent, les rend très sensibles aux invasions biologiques. En effet, les espèces introduites sont liées à 86 % aux extinctions répertoriées en milieu insulaire dans le monde (Bellard et al.2015).

Qu’est-ce que les invasions biologiques ?

Les invasions biologiques sont un phénomène correspondant à l’introduction volontaire ou involontaire par l’Homme, d’espèces animales ou végétales en des lieux où elles n’existent pas naturellement, nuisant à l’équilibre des écosystèmes et à la survie des espèces indigènes. Dans les Terres australes françaises, les oiseaux marins, les invertébrés et les plantes indigènes sont victimes des interactions avec les espèces invasives.

Concrètement, les espèces végétales introduites, à la faveur du changement climatique, colonisent les territoires en remplaçant et empêchant la régénération des espèces natives. Les mammifères terrestres se multiplient largement sans prédateur et exercent pour leur part une prédation intense, par exemple sur les oiseaux marins pour les chats, sur les œufs, poussins d’oiseaux marins et végétaux pour les rats et souris et sur l’ensemble de la flore pour les lapins. Les grands mammifères comme les rennes sont également à l’origine de phénomènes d’érosion importants.

Ce phénomène d’invasion biologique est une cause majeure, voir dans certains cas la cause principale du danger d’extinction à court ou moyen terme qui pèse sur de très nombreuses espèces de la faune et la flore dans les Terres australes françaises. C’est le cas des (voir quelles espèces citer en priorité peut-être avec Célia et Pierre, type choux de Kerguelen, albatros à bec jaune…) dont les extinctions sont certaines sans l’intervention humaine à travers les mesures de gestion de la RNN.

 

Quelques chiffres clés sur les espèces introduites répertoriées actuellement :

 

 

Végétaux

Invertébrés Oiseaux Mammifères terrestres

Poissons d’eau douce

Espèces introduites 253 36  0 7 6
Espèces natives 57 Au moins 70 47 0

0

 

La biosécurité permet ainsi de limiter les introductions d’espèces exotiques envahissantes. L’éradication d’une espèce invasive, une fois introduite et naturalisée dans un territoire, est particulièrement complexe et onéreuse à réaliser, et est parfois simplement impossible.

Quelle biosécurité dans les TAAF ?

Outre les mouvements de personnels, le fret et les moyens logistiques génèrent éga­lement des risques d’introduction d’espèces exotiques envahissantes dans la RNN. Les navires, les matériaux de construction, les véhicules, l’avitaillement alimentaire, le matériel technique et scientifique, les colis postaux et les différents contenants utilisés sont susceptibles de véhiculer insectes, rongeurs, reptiles, oiseaux, graines, etc…

Les TAAF travaillent en partenariat avec leurs fournisseurs et assurent elles-mêmes la biosécurité des denrées, équipements, matériaux et contenants qu’elles importent sur les bases australes.

Tout au long de la chaîne logistique d’approvisionnement, les services des TAAF recourent au nettoyage, à l’empotage, au piégeage et au contrôle des vecteurs d’introduction identifiés. Tout fret (équipement scientifique ou d’ingénierie, matériaux, outillage…) est nettoyé minutieusement avant son importation sur les districts austraux.

L’action coordonnée de toutes les parties prenantes (partenaires civils et militaires, armateurs de pêche, équipage du Marion Dufresne, transitaires, fournisseurs) garantit une biosécurité fonctionnelle tout au long de la chaîne logistique. Depuis 2020, les TAAF s’appuient sur une « stratégie biosécurité » qui coordonne les actions et les acteurs autour de la biosécurité.

 

 

Un large panel de mesures de biosécurité est actuellement déployé dans les districts austraux. Parmi celles-ci, qui sont en place tout au long de  la chaîne des risques identifiés, les mesures les plus efficaces sont celles qui ont lieu avant l’arrivée sur les territoires. L’objectif est en effet de tout faire pour éviter d’avoir à gérer une situation d’incursion sur les districts, en renforçant les mesures à chaque niveau de la chaine de ravitaillement.

La biosécurité, en résumé :

Réduire l’introduction et la dispersion d’espèces exotiques envahissantes via les personnes

Réduire l’introduction et la dispersion d’espèces exotiques envahissantes via le fret

Détecter au plus vite les introductions d’espèces sur le Territoire

La biosécurité est également portée et soutenue par le projet RECI (Restauration des écosystèmes insulaires de l’océan Indien) via sa 3ème composante « Elaboration et renforcement des dispositifs de prévention en biosécurité des écosystèmes », qui a notamment permis la production de la Stratégie biosécurité des TAF. Le projet RECI a pour l’objectif de « restaurer des écosystèmes insulaires menacés du sud-ouest de l’océan Indien au bénéfice de la biodiversité régionale » en réduisant à l’échelle régionale la pression exercée par les espèces exotiques envahissantes (EEE). La biosécurité est donc une dimension importante du projet puisqu’elle contribue à la pérennisation des actions de restauration.

Plus d’information sur le projet RECI

Télécharger le livret biosécurité