Emergeant à pic depuis les fonds marins jusqu’à la surface, les îles Eparses se répartissent entre 10° et 25° de latitude sud dans le canal du Mozambique (archipel des Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India) et au nord de La Réunion (Tromelin). Tandis que la surface terrestre cumulée de ces îles ne dépasse pas les 43km², l’ensemble de leurs eaux sous juridiction française représente un total de 640 400 km2 (soit environ 6% du territoire maritime français).

Les îles Éparses font partie du territoire des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), lui-même associé à l’Union Européenne, en qualité de Pays et Territoire d’Outre-Mer.

Photos : © Bruno MARIE

L’île Tromelin

carteTromelin, petite île corallienne plate d’un kilomètre carré, entourée de fonds de 4 000 mètres de profondeur, est la seule des îles Eparses à ne pas être localisée dans le canal du Mozambique. Elle se situe à environ 600 km au  nord-est de Tamatave (Madagascar) et 560 km au nord de La Réunion. Ses dimensions sont d’environ 1 600 m de long sur 700 m de large et sa forme rappelle une amande.

Très isolée géographiquement des autres, l’île serait un ancien banc récifal, aujourd’hui émergé, qui s’est probablement développé sur un haut-fond d’origine volcanique.

Les conditions environnementales particulièrement hostiles sur Tromelin (forte salinité, vents violents, passage régulier de cyclones, recouvrement possible de l’île par les vagues pendant les houles cycloniques, etc.) expliquent la grande homogénéité de l’île et sa faible biodiversité terrestre au regard des autres îles Éparses. La flore se compose principalement d’herbes grasses et d’arbustes peu denses. La faune est constituée de colonies  abondantes d’oiseaux marins (Fous masqués, Fous à pieds rouges et Sternes blanches) et de tortues vertes qui viennent en nombre pondre sur les plages de l’île (environ 1 000 femelles par an).

Le climat est de type tropical maritime, avec des températures mensuelles comprises entre 23,5°C et 27,9°C. Durant la majeure partie de l’année, les alizés du sud-est soufflent à une vitesse de 15 à 35 km/heure. Les précipitations représentent environ 1 106,4 mm d’eau en moyenne par an, dont près de la moitié de janvier à mars. Aucune culture n’est possible par manque d’eau et en raison des alizés qui soufflent presque toute l’année. On distingue deux saisons :
=>La période de sécheresse, de septembre à novembre.
=>La saison chaude de décembre à août. On y observe des périodes de vent calme, interrompues par le passage de dépressions et de cyclones. On surnomme d’ailleurs cette île « l’île aux cyclones ». La fréquence y est à peu près de 10 cyclones en 28 ans.

(ZEE : 285 000 km²).

Station Serge Frolow
Photos : © Lauren RANSAN
Vue aérienne de l'île
Photos : © Nelly GRAVIER
Fous à pieds rouges
Photos : © Nelly GRAVIER

Historique

 

Le 31 juillet 1761, l’Utile, une flûte de la Compagnie française des Indes Orientales, fait naufrage sur l’île alors qu’il transporte 160 esclaves provenant de Madagascar et destinés à l’île Maurice. Il y a de nombreuses victimes. L’équipage laisse alors sur l’île 80 esclaves ayant survécu au naufrage et regagne Madagascar dans une embarcation de fortune, promettant de venir les rechercher. Cette promesse ne fut jamais tenue. En raison des vents violents, l’île était soigneusement évitée à l’époque. L’accès y est très difficile par la mer : l’île ne peut être atteinte que par des embarcations légères aux époques d’affaiblissement des alizés (avril-mai-octobre-novembre).Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin récupérera huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois. Le pavillon français fut planté sur l’île, baptisée « Tromelin » en hommage à ce chevalier.

tromelin

Si l’on considère les rattachements administratifs de l’île à cette époque, il est à noter qu’elle fut successivement administrée par l’île de France (aujourd’hui l’île Maurice) en 1810, puis par l’île Bourbon (actuelle île de La Réunion) en 1814. Finalement, c’est un texte de 1960 qui rattache l’île à la France.

En novembre 1953, une expédition de reconnaissance fut menée par la Marine nationale française sous la responsabilité de Serge Frolow. Puis, le 7 mai 1954, conformément aux résolutions de l’Organisation météorologique mondiale, une station météorologique permanente fut implantée sur l’île et nommée station « Serge Frolow ». Dans le même temps, une piste d’atterrissage de 1 050 mètres de long fut construite en sable durci.

Depuis sa création, la station s’est avérée d’un intérêt capital pour la détection des formations cycloniques dans le sud-ouest de l’océan Indien. En effet, la plupart des perturbations menaçant Madagascar ou les Mascareignes (île de La Réunion – île Maurice) se forment ou passent au voisinage de cette île. L’île n’accueille plus de personnels de Météo France depuis 2011, remplacés par une station météo automatisée. Toutefois une équipe de 3 personnels TAAF ont pris la relève pour assurer la présence française, l’entretien de la piste et mettre en œuvre des programmes d’étude et de conservation.

L’archipel des Glorieuses

carte glorieusesL’archipel des Glorieuses, dont les terres émergées représentent environ 7 km², est composé de la Grande Glorieuse au sud-ouest (3 km de diamètre) où se trouvent les installations humaines, de l’îlot du Lys au nord-est (600 mètres de diamètre), de l’île aux Crabes et des Roches Vertes.

L’est et le nord-est de la Grande Glorieuse sont caractérisés par un ensemble de dunes atteignant une altitude maximale de 12 m. L’île est bordée par un récif corallien de type frangeant, découvert lors des grandes marées basses. C’est la seule île sableuse de l’archipel, les autres sont des formations coralliennes anciennes. L’archipel est posté en sentinelle à l’entrée du canal du Mozambique et se situe  à 253 km au nord-est de Mayotte et à 222 km de Nosy-Be (Madagascar).

Les eaux sous juridiction française associées à l’archipel des Glorieuses s’étendent sur 43 762 km2 et comprennent le banc corallien du Geyser, situé à environ 122 km au sud-ouest de l’archipel des Glorieuses. Le Parc naturel marin des Glorieuses, créé par décret ministériel n° 2012-245 du 22 février 2012, couvre l’ensemble de ces eaux.

L’île de Grande Glorieuse présente une biodiversité végétale relativement élevée qui s’explique en partie par son climat clément et très arrosé. La faune est représentée principalement par des colonies d’oiseaux marins (Sternes fuligineuses et Noddis bruns) sur l’îlot du Lys et par une dizaine d’espèces d’oiseaux terrestres sur Grande Glorieuse. Les Glorieuses sont également un site de ponte privilégié pour les tortues vertes.

La richesse spécifique marine recensée à ce jour sur l’archipel des Glorieuses et le banc du Geyser est très importante, ces sites constituent de véritables points chauds de biodiversité.

Le climat est caractérisé par deux saisons :
=> une saison fraîche, de mai à novembre, pendant laquelle souffle un courant d’alizés de secteur est à sud-est. Durant cette période, les températures moyennes sont de l’ordre de 24,8°C à 27,7°C. La période de sécheresse va de septembre à novembre.
=>une saison chaude, de décembre à avril, qui correspond au régime de mousson de nord-ouest. Les précipitations sont importantes, de 107,5 à 214,3 mm par mois, avec un maximum en janvier. Les températures moyennes avoisinent les 28 °C et le taux d’humidité est compris entre 81 et 84%. À cette saison, l’île est parfois affectée par le passage de tempêtes ou de cyclones tropicaux. On en dénombre environ 7 par décennie, passant à moins de 200 km de l’île.

(ZEE : 43 762 km²)

L'archipel des Glorieuses
Photos : © Serge GELABERT
Tortue verte
Photos : © Bruno MARIE
Beach rocks
Photos : © Lucia SIMION

Historique

Il est probable que l’archipel fut découvert dès le Moyen Age par des navigateurs arabes, puis connu aux XVe et XVIe siècle des navigateurs sur la route des Indes.

Missionné pour améliorer la cartographie du secteur, le navire Le Glorieux, placé sous le commandement de Monsieur Du Guilly, effectue le relèvement de l’archipel en 1751. Le capitaine le baptise « Glorieuses » en hommage à son navire, Le Glorieux.

En 1819, la goélette du roi Le Lys s’échoue de nuit sur la plus petite des îles, dite « Petite Glorieuse ». Le navire s’échappe du récif et son capitaine rebaptise le petit territoire « île du Lys », et les affleurements voisins « île verte ».

En 1879, le Réunionnais Hippolyte Caltaux accoste sur le plus grand îlot et commence son exploitation.

La prise de possession réelle des Glorieuses par la France date du 23 août 1892. Le capitaine Richard, commandant du « Primauguet », issa le pavillon national sur la Grande Glorieuse ; une plaque fut même érigée. À cette époque, les îles furent rattachées à la colonie française de Mayotte (1897). Caltaux, nommé garde-pavillon de l’archipel pour la France, occupa les lieux de façon plus ou moins épisodique. Il exploita le coprah de la cocoteraie, ainsi que le guano de l’île du Lys jusqu’en 1907. À la suite de son départ, l’Etat reprit la main sur ces productions et celles-ci furent accordées en concession à la Société française des îles malgaches (SOFIM), appartenant à M. Lanier. L’administration de l’archipel ainsi que celle de Mayotte avaient entre-temps été confiées au gouvernement général de Madagascar (1908).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’exploitation de l’archipel fut abandonnée. En mai 1945, l’administration de Madagascar loua une seconde fois l’archipel à la SOFIM, dont le mandataire était le Seychellois Jules Sauzier. En 1952, Gaston Sauzier succéda à son frère, poursuivant ainsi l’exploitation du coprah sur l’île. La concession d’exploitation prit fin en 1958.

En 1955 eut lieu l’installation de la station météorologique, dans la partie nord de l’île de Grande Glorieuse. Celle-ci fonctionnait par intermittence au cours de l’année, c’est à dire principalement durant la saison cyclonique d’octobre à mai. Dès 1960, son fonctionnement devint permanent. En 1965, la station fut déplacée dans la partie sud de la Grande Glorieuse et baptisée « Gérard Martin », du nom d’un météorologue disparu dans le canal du Mozambique. L’intérêt de cette station est incontestable. Elle prévoit les cyclones intéressant le nord de Madagascar, les Comores et Mayotte. Elle permet également la protection de la navigation maritime et de la navigation aérienne internationale sur les parcours Madagascar-Djibouti-Madagascar et Kenya-Maurice-Kenya.

Aujourd’hui, 1 gendarme et 14 militaires du détachement de la Légion étrangère de Mayotte (DLEM) assurent la souveraineté française sur l’île.

L’île Juan de Nova

juan de novaL’île Juan de Nova est située dans le canal du Mozambique à environ 150 km des côtes ouest de Madagascar, 600 km au sud de Mayotte et à 280 km des côtes de l’Afrique orientale. Sa superficie est de 5 km². C’est une île en croissant qui mesure 6 km d’une pointe à l’autre, pour une largeur de 1 600 mètres.

Cette île est protégée par un vaste lagon et une barrière corallienne. Elle est composée de collines rocheuses (beach-rock) et de dunes de sable pouvant atteindre 12 m de hauteur. Il faut également signaler que le faciès de l’île a été modifié par l’exploitation minière (phosphate) qui a eu lieu jusqu’en 1972. Les dépôts phosphatés, entassés dans les petites dépressions de l’intérieur de l’île, sont le résultat d’une transformation du guano (exploitation entre 1900 et 1968) suite à des phénomènes physico-chimiques.

Le climat clément qui règne sur cette île a permis le développement d’une biodiversité terrestre particulièrement riche, notamment sur le plan floristique, bien que l’île fut fortement modifiée par l’intervention de l’homme (introduction de filaos, de cocotiers). La faune est représentée par trois espèces d’oiseaux terrestres ainsi que deux espèces d’oiseaux marins nicheurs, la sterne fuligineuse et la sterne huppée. La colonie de sterne fuligineuse de l’île, aux côtés de celle d’Europa, est probablement l’une des plus importantes de l’océan Indien.

La position centrale de Juan de Nova dans le canal du Mozambique, où les courants tourbillonnaires sont riches, ainsi que la taille importante de son complexe récifal (plus de 200 km2, le plus grand des îles Eparses) ont permis l’installation d’un grand nombre d’espèces marines.

Si Juan de Nova est l’île la moins fréquentée par les tortues marines, elle constitue néanmoins un site de reproduction et de développement des immatures pour la tortue verte, mais aussi, ce qui est plus rare dans la région, un site de reproduction et de développement pour la tortue imbriquée (en danger d’extinction).

Le climat est caractérisé par deux saisons :
=>La saison fraîche, d’avril à novembre. Durant cette période, la pluviométrie est très faible (entre 1,9 et 39,6 mm par mois). Les températures moyennes s’échelonnent de 28,4°C (avril) à 25°C (août). L’humidité varie de  66 à 79% et les vents dominants soufflent de sud à sud-ouest.
=>La saison des pluies, de décembre à mars. À cette époque, les températures moyennes varient peu, environ 28°C. De même pour les humidités moyennes qui vont de 80% (décembre) à 83% (février). Les précipitations s’échelonnent sur la même période de 100,7 mm à 275,8 mm.

(ZEE : 61 050 km²).

Photos : © Stéphanie LEGERON
Photos : © Nelly GRAVIER
Photos : © Zoé GLENARD

Historique

 

Juan de Nova est certainement l’île des Éparses la plus marquée par l’occupation humaine. Sa découverte en 1501 est attribuée à un noble galicien prénommé Juan de Nova et amiral au service du roi Manuel Ier du Portugal. Celui-ci l’aurait nommé Galega ou Agalega (la Galicienne) en référence à sa nationalité. Il l’aurait découverte lors d’un voyage sur la route des Indes. Cependant, en raison de l’exiguïté de son territoire, cette île ne suscita pas tout de suite l’intérêt des puissances coloniales et hébergea probablement des pirates durant plusieurs années.

Le nom de cette île a différé au cours de l’histoire. D’après R. Decary, elle est appelée Johan de Nova sur la carte de Pilestrima en 1519, puis Joa de Nova (Mercator en 1569), San-Christophoro (Ortelius en 1570), Saint-Christophe (Lislet Geoffroy). Finalement, en 1825, le navigateur anglais Owen la nomme Juan de Nova de façon définitive.

D’un point de vue administratif, tout comme pour Europa et Bassas da India, l’acte du 31 octobre 1897 (en exécution de la loi du 6 août 1896) déclare Juan de Nova dépendance française. L’île est successivement rattachée à la province de Tananarive (1921), puis à la province de Morombe (1930), et enfin au district de Nosy Be (1932).

Il semble que des pêcheurs et des ramasseurs d’œufs en provenance de Madagascar avaient l’habitude d’y séjourner plusieurs mois dès 1898. Vers 1900, la location de l’île est octroyée à un Français pour 20 ans. Celui-ci est à l’origine de certaines modifications sur l’île : construction d’habitats, création d’un jardin potager, mise en culture d’un terrain de 3,5 ha, plantation d’arbres fruitiers, de cocotiers et exploitation du guano. Le guano et le phosphate sont donc exploités dès le début du XXe siècle, ce qui entraîne l’implantation d’une usine de traitement de la roche (53 000 tonnes de guano exportés en 1923). L’exploitation du coprah est également florissante à cette époque.

En 1929, le sergent-chef Jean-Michel Bourgeois aménage sur l’île une piste d’atterrissage de fortune. Sa présence sur l’île fait suite à une panne d’essence qui avait contraint l’avion du capitaine Marcel Goulette à atterrir sur Juan de Nova. Une vraie piste d’avion est construite en 1934, mais les débuts de la guerre en 1939 entraînent la destruction des différentes installations afin que celles-ci ne soient pas utilisables par les marines ennemies. De même, toutes les activités de Juan de Nova cessent. Elles reprennent quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En mars 1952, une concession de 15 ans est accordée à la Société Française des Iles Malgaches (SOFIM), alors présidée par Hector Patureau. Durant cette période une première station météorologique (“La Goulette”) est construite. Suite à l’indépendance de Madagascar en 1960, la concession de la SOFIM est reconduite pour une période de 25 ans. L’île est alors habitée par des ouvriers mauriciens et seychellois qui exploitent le gisement de guano pour la SOFIM, dans des conditions souvent difficiles. Cette période marque un important développement des infrastructures de l’île : un premier phare est édifié en 1965-1966. À la suite d’une révolte des ouvriers et de la chute du cours du phosphate (1968), la SOFIM est dissoute à Juan de Nova.

En 1973, une nouvelle station météorologique est créée, ainsi que l’établissement d’un petit camp militaire, tout comme aux Glorieuses et à Europa. Les derniers ouvriers quittent l’île en 1975.

Aujourd’hui, 1 gendarme et 14 militaires du 2e Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine de La Réunion (2e RPIMa) assurent la souveraineté française sur l’île.

L’île d’Europa

europaL’île d’Europa, située dans le canal du Mozambique, à mi-chemin entre la côte est de l’Afrique et la côte ouest de Madagascar, est la plus grande des îles Eparses avec une superficie de 30 km².

L’île, de forme pentagonale, est basse et sablonneuse. Le diamètre de ce grand atoll d’origine volcanique est de 6 à 7 km pour un point culminant à 7 mètres de haut ; elle est entourée d’une ceinture de dunes et d’un récif frangeant presque continu (couvrant une surface d’environ 10 km2), interrompu par des plages de sable. Le tiers nord-est de l’île est occupé par un lagon interne d’une superficie de 9 km2 ceinturé par une mangrove primaire de 700 ha.

La flore se compose d’une forêt sèche d’euphorbes au nord et d’une plaine herbacée au sud. C’est la seule île des Éparses à disposer d’une végétation indigène quasi intacte.

Avec 13 espèces d’oiseaux différentes dont 2 sous-espèces endémiques, l’avifaune est dense et variée. De toutes les îles Eparses, Europa est celle qui présente l’avifaune marine la plus diversifiée (paille-en-queue à brins rouges, paille-en-queue à brins blancs d’Europa, fou à pieds rouges, frégate ariel, frégate du Pacifique, puffin tropical, sterne fuligineuse, sterne caspienne). L’île abrite également des chèvres sauvages et deux espèces endémiques de reptiles terrestres. En certaines périodes de l’année, des tortues de mer viennent y pondre et des myriades de moustiques se font sentir, rendant toute circulation impossible après le coucher du soleil. On estime entre 2 000 et 11 000, le nombre de tortues vertes par an venant pondre sur les plages de l’île, ce qui fait d’Europa le site de ponte le plus important de l’océan Indien, et ce qui lui a valu en 2014 l’inscription au  Réseau des sites d’importance du Mémorandum d’entente sur la conservation des tortues marines de l’océan Indien et du Sud-Est Asiatique. On notera également la présence d’herbiers de phanérogames marines et d’une mangrove primaire d’intérêt patrimonial incontestable.

Le climat est de type subaride, bien que tempéré par la mer. Les alizés de sud-est y sont dominants. Les températures peuvent varier de 10°C à 30°C.
=>De juin à septembre, des brumes et des bancs de brouillard peuvent faire leur apparition en fin de nuit.
=>De novembre à mai, c’est la saison des pluies : celles-ci sont rares mais violentes. Au début de cette saison, on peut observer des orages presque toujours liés au passage de fronts se déplaçant d’ouest en est.

(ZEE : 127 300 km²)

Paille-en-queue à brin jaune
Photos : © Bruno MARIE
Euphorbes et sansouires
Photos : © Bruno MARIE
Tortue dans la mangrove
Photos : © Bruno MARIE

Historique

 

Au XVIème siècle, l’intense navigation dans le canal du Mozambique, sur la route des Indes, laisse supposer une probable découverte d’Europa à cette époque. En décembre 1774, les membres de l’équipage du navire britannique Europa lui donnèrent le nom de leur vaisseau. Le Français Brué tenta de la faire appeler « Ile d’Europe » en 1828, mais il échoua.

C’est seulement en 1860 que des colons français, les Rosiers, s’installent sur l’île avec quelques animaux (cabris, lapins et poules). On ne sait pas quand ils décidèrent de quitter l’île, mais les animaux qu’ils y furent abandonnés sont retournés à l’état sauvage.

Tout comme pour Juan de Nova et Bassas da India, l’acte du 31 octobre 1897 (en exécution de la loi du 6 août 1896), a déclaré Europa dépendance française. L’île a été successivement rattachée à la province de Tananarive (1921), à la province de Maintirano (1930), puis au district de Nosy Be (1932), et enfin au district de Tuléar en 1949. Dès 1903, une petite concession fut accordée à des particuliers qui vivaient de la pêche et du ramassage des œufs d’oiseaux et de tortues.

La suite de l’histoire des différents colons demeure floue. Il semblerait que des pêcheurs et des chasseurs aient été présents en 1910. Ceux-ci seraient probablement à l’origine des anciennes constructions de l’île (cases, citernes, séchoirs, fours, cimetière…).

Plus tard, il semble que de nouveaux colons furent à l’origine de la plantation de sisal de l’île. Lorsqu’en 1923, le docteur Poisson fit une escale sur l’île, il n’y avait plus personne. Mais il fallut attendre 1949 et la construction de la station météorologique, pour que des habitants s’y installent définitivement. L’année suivante, une piste d’atterrissage de 60 mètres de long fut édifiée dans le sud de l’île. Deux autres pistes lui succédèrent, en raison du caractère inondable des lieux où avaient été implantées les précédentes. La dernière a été inaugurée le 18 avril 1973 et se trouve dans le nord de l’île. En 1981, une nouvelle station, la “Station des Rosiers”, fut construite sous la direction de Marc Gérard, ingénieur des travaux météorologiques.

Europa fut rattachée au gouvernement de la République française, en 1960. Tout comme Juan de Nova et les Glorieuses, Europa accueille un détachement militaire chargé d’assurer la souveraineté de la France depuis la crise politique régionale de 1973. Ce détachement est composé d’un groupe de 14 hommes du 2e RPIMa et d’un gendarme, relevés tous les 45 jours.

L’atoll Bassas Da India

bdiL’atoll de Bassas da India émerge dans la partie sud du canal du Mozambique par 21°27’ de latitude sud et 39°45’ de longitude est.

Il est situé à quelques 450 km du cap Saint-Sébastien (Mozambique), à 380 km environ à l’ouest de Morombé (Madagascar) et à moins de 130 km au nord-ouest d’Europa.

Bassas da India est un récif madréporique dont la superficie émergente à marée basse n’excède
pas 1 km². L’atoll est constitué d’un cercle presque parfait, d’environ 10,5 km de diamètres et totalement dénudé. La couronne de madrépores isole de la grande mer un lagon intérieur peu profond (maximum 14 mètres de profondeur) d’une superficie d’environ 86,5 km2, soit l’équivalent de la surface de Manhattan.

L’immersion presque totale de l’atoll à marée haute empêche le développement de toute forme de vie terrestre aérienne. De même, cette particularité environnementale rend impossible toute installation humaine sur le territoire. Bassas da India s’affranchit ainsi de toute forme de pression anthropique ou naturelle liée au milieu terrestre

La richesse biologique de Bassas da India est donc résolument associée au milieu marin. Néanmoins, rares sont les études menées sur cet atoll en raison de l’absence d’infrastructures terrestres et des conditions d’accès difficiles. Il en résulte un déficit important dans les connaissances sur la biodiversité marine de l’atoll en comparaison avec les autres îles Eparses.  (ZEE : 123 700 km²)

Photos : © Stéphanie LEGERON

Historique

 

La position du récif de Bassas da India dans le canal du Mozambique a longtemps été un obstacle majeur pour les navigateurs. Elle fut positionnée pour la première fois sur une carte par l’italien Coronelli. L’atoll aurait été découvert par un portugais nommé Gaspero Gonsuales.

L’appellation initiale Baixo da India a été modifiée au cours des siècles. Les marins et géographes lui ont successivement donné les noms Bayos da Indya (Pilestrina en 1511), Baxos de la India (Diego Ribero en 1529), Basses de Judie (carte dite de Henri II en 1542), Syrtes Indie (Sanuto en 1588), Basse Juive (d’après De Mannevilette en 1770), pour finalement aboutir au nom Bassas da India donné par l’anglais Owen en 1825.

La localisation de l’atoll varie d’une carte à l’autre et a été la cause de nombreux naufrages.

On peut également noter que l’acte officiel publié le 31 octobre 1897, en exécution de la loi du 6 août 1896, fait foi du dépôt officiel du pavillon français sur l’île Bassas da India.

Plus d'informations sur les îles Eparses