Autour des îles Kerguelen et Crozet s’étendent leurs zones économiques exclusives (ZEE) zones maritimes de plus de un million de km2 sur lesquelles la France, par l’intermédiaire des TAAF, exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources.

Zone économiques exclusives des TAAF

La ressource halieutique et l’historique de la pêche à Crozet et Kerguelen

Cent onze espèces de poissons y ont été recensées au cours des campagnes de pêche exploratoire, puis commerciale et scientifique. Les plateaux péri-insulaires et leurs accores hébergent la majeure partie des espèces benthiques et démersales (espèces liées aux fonds marins) présentes dans ces eaux, et des zones importantes pour la reproduction et la croissance y ont été identifiées.

Du fait de l’isolement géographique de ces zones et de l’absence de peuplement humain dans les îles australes, la pêche ne s’y est développée que tardivement : dans les années soixante-dix, à Kerguelen, et les années quatre-vingt-dix à Crozet.

Les premières campagnes de pêche commerciales à Kerguelen (années soixante-dix et quatre-vingt) utilisent la technique de chalut de fond et ciblent les espèces démersales que sont le colin de Kerguelen, le colin austral, et le poisson des glaces (Champsocephalus gunnari). Ces pêcheries peu contrôlées et non contraintes par des limites de capture mènent rapidement à l’épuisement les stocks de ces populations à Kerguelen. La mise en place de premières mesures de gestion à partir du début des années quatre-vingt (la ZEE française est créée en 1978), ne permet pas d’enrayer le déclin, et les pêcheries de colin de Kerguelen, colin austral et poisson des glaces ferment dans les années quatre-vingt-dix. La bonne gestion des pêcheries n’est pas encore à l’ordre du jour.

Parallèlement à la fermeture progressive de ces pêcheries une nouvelle espèce jusque-là non ciblée et considérée comme « accessoire » est envisagée pour la commercialisation, il s’agit de la légine australe (Dissostichus eleginoides). Cette nouvelle pêcherie bénéficie des mesures de suivi, de contrôle et de gestion des pêches mises en place depuis la création de la ZEE, et se développe ainsi à Kerguelen et à Crozet de façon plus durable, les mesures de gestion évoluant avec les pratiques, les connaissances scientifiques et les problématiques environnementales. Elle est la seule pêcherie encore en activité régulière dans les ZEE de Kerguelen et Crozet à ce jour.

La légine australe (Dissostichus eleginoides) est un poisson de la famille de Nototheniidae, qui regroupe une cinquantaine d’espèces distribuées dans l’océan austral et dans les eaux antarctiques. Les Nototheniidae présentent des particularités physiologiques qui constituent des adaptations aux températures très faibles dans lesquelles ils évoluent, telles que la présence de composés antigel dans le sang.

La légine australe est une espèce démersale, (vivant proche du fond) et effectue la majeure partie de son cycle de vie sur les plateaux péri-insulaires et les hauts fonds de l’océan austral, dont ceux des ZEE françaises de Crozet et Kerguelen. Les individus débutent leur vie post-larvaire à l’état de juvéniles dans les zones peu profondes et même côtières des îles australes (dès 9 mètres de profondeur dans le golfe des Baleiniers, à Kerguelen). Au fur et à mesure de leur croissance ils rejoignent les pentes des plateaux en gagnant en profondeur, et les adultes sont surtout présents dans les grandes profondeurs, de quelques centaines à plus de 2000 mètres de fond. Leur régime alimentaire évolue également au cours de leur cycle de vie, des crustacés planctoniques consommés par les juvéniles, à un mode de vie ichtyophage (se nourrissant de poissons) observé chez les individus plus matures, puis teutophage, les céphalopodes constituant la majeure partie du régime alimentaire des adultes en profondeur.

Prédatrice, elle est également la proie à l’état juvénile de certaines espèces d’oiseaux marins se reproduisant sur les îles. Elle constitue en effet une ressource alimentaire pour l’albatros à sourcil noir et les manchots papou et royal.

En grande profondeur les individus adultes peuvent être la proie du requin dormeur et des cachalots, et nous savons depuis peu qu’elle fait également partie du régime alimentaire naturel des orques dans la ZEE de Crozet.

La légine australe se reproduit pendant l’hiver austral (juin / juillet).  Les individus atteignent leur maturité sexuelle à 6/7 ans pour les mâles (avec une taille moyenne de 56 centimètres) et à seulement 9/10 ans pour les femelles (avec une taille moyenne de 85 centimètres). Les plus grands individus mesurent plus de 2 mètres de long et pèsent plus de 80 kg. Il s’agit d’une espèce longévive, dont les individus peuvent vivre plus de 35 ans.

 

La pêcherie à la légine australe et sa gestion

Depuis la fin des années quatre-vingt-dix et la découverte de son intérêt économique, la légine australe, très appréciée notamment par les marchés asiatiques, constitue une des espèces de poissons les plus chères du monde. Des mesures de gestion strictes ont dû être mises en place pour mettre en place une pêche durable et protéger cette ressource convoitée.

Les activités de pêche sont soumises au Code Rural de la Pêche Maritime et à la réglementation des TAAF, émise par arrêté et définissant les prescriptions techniques pour l’exercice de la pêche à Crozet et Kerguelen. Cette réglementation reprend notamment les exigences internationales de la CCAMLR (Convention pour la conservation de la faune et la flore marines antarctiques), les eaux de Kerguelen et Crozet étant inclues dans la zone de la convention.

Les navires autorisés à pêcher – actuellement 7 navires, effectuant 3 à 4 marées par an – ont l’obligation d’accueillir à leur bord un contrôleur ou une contrôleuse de pêches des TAAF pour toutes les marées de pêche à Crozet et Kerguelen et sur l’ensemble de la période passée en mer (2 à 3 mois par marée). Les contrôleurs et contrôleuses de pêche ont pour mission de faire respecter l’ensemble des mesures réglementaires à bord et de collecter les données nécessaires au suivi scientifique de la pêcherie, effectué par le Muséum national d’histoire naturelle.

Un Total Admissible de Capture (TAC), qui représente la quantité totale pouvant être prélevée sur une population est fixé chaque année et pour chaque zone sur avis scientifique, puis distribué en quotas entre les navires autorisés. Pour 2019-2020, le TAC de légine australe s’élève à 5200 tonnes à Kerguelen et 800 tonnes pour la ZEE de Crozet.

Un plan de gestion pour la pêcherie à la légine australe a été mis en place en 2015 et renouvelé en 2019. Il fixe les axes de gestion pour répondre aux enjeux environnementaux, économiques et scientifiques liés la pêcherie, dans un objectif global de durabilité.

Les mesures de gestion pouvant être renouvelées chaque année, elles s’adaptent aux enjeux de gestion environnementaux, techniques, scientifiques et économiques identifiés.

De nombreuses mesures ont été mises en place pour préserver les écosystèmes marins dans lesquelles la pêcherie se déploie. Elles incluent notamment l’interdiction au chalut de fond commercial depuis 2002, la seule technique désormais autorisée étant la palangre de fond, plus sélective et respectueuse des fonds marins. D’autres mesures visant à diminuer l’impact sur les populations d’oiseaux marins ont été mises en place avec succès dans les années 2000 (systèmes d’effarouchement, lestage des lignes, limitation des activités de pêche effectuées le jour). Pour limiter l’impact de la pêche sur les espèces sensibles non ciblées tels que les requins et raies, la remise à l’eau de ces individus vivants dans la mesure du possible est pratiquée.

La majeure partie des eaux de Kerguelen et Crozet dans lesquelles évolue la pêcherie à la légine sont classées en réserve naturelle marine des Terres australes françaises depuis 2016.

 

Consulter le plan de gestion 2019-2025 de la pêcherie de la légine australe

La pêcherie à la légine australe en tant qu’activité économique

Cette pêcherie constitue le deuxième secteur exportateur de La Réunion et génère trois cents emplois directs et plus d’un millier indirectement. Les armements la pratiquant sont tous français, et basés à La Réunion, où la réglementation spécifique des TAAF impose de débarquer toutes leurs captures.

Les retombées économiques (transport du poisson, transformation, exportation) et sociales (environ un tiers des marins sont réunionnais), sont dès lors très importantes pour l’île de La Réunion.

Un droit de pêche instauré par l’ordonnance n°2010-462 du 6 mai 2010 créant un livre IX du code rural relatif à la pêche maritime et à l’aquaculture marine alimente le budget des TAAF. Celui-ci, fixé annuellement par arrêté du préfet, correspond à environ 10% du prix de vente moyen des espèces pêchées.

Ce droit de pêche constitue pour les TAAF une ressource propre qui lui permet de moins dépendre de subventions. Les droits liés à la pêche à la légine et à la langouste sont utilisées entre autre pour la gestion des bases et le soutien aux activités scientifiques, le suivi scientifique de la pêche autorisée et la lutte contre la pêche illicite.

Rapport sur la gestion de la pêche de légine dans les Terres australes et antarctiques françaises