A la découverte
des sites historiques

Les Terres australes et antarctiques françaises comptent de nombreux sites historiques témoins d’explorations, de naufrages, de tentatives d’exploitation des territoires et de recherches scientifiques. L’exploration est toujours en cours pour en identifier de nouveaux.

District par district, découvrez les principaux sites historiques des TAAF…

 

ARCHIPEL DE CROZET

La Vallée des phoquiers située dans la Baie Américaine sur l’île de la Possession de l’archipel Crozet est un site historique daté de la première moitié du XIXème siècle. Il figure parmi les plus anciens sites de phoquiers américains identifiés sur le territoire subantarctique.

Le site se caractérise par une occupation de chasseurs d’éléphants de mer de petites dimensions. En effet, avant que cette chasse ne devienne industrielle, nombreuses ont été les installations artisanales comme celle de Crozet. Les phoquiers étaient déposés sur ces îles durant quelques semaines voire pour certains plusieurs années et vivaient dans des conditions difficiles pour chasser les éléphants de mer et transformer leur graisse en huile qui était utilisée pour l’éclairage public des villes américaines et dans l’industrie.

Le site de la Vallée des phoquiers comprend des vestiges de cabanes et un fondoir à graisse composé d’un fourneau en pierres de basaltes et d’un chaudron en fonte. La typologie du fondoir différente des fours en briques observés plus fréquemment laisse à penser qu’il s’agit d’un site plus ancien.

Ce fondoir, menacé par l’érosion marine a été démantelé dans le cadre de l’opération Obélix en novembre 2006. Le chaudron, restauré pendant quatre ans  figure parmi les pièces les plus remarquables de la collection des TAAF.

 

ILES KERGUELEN

ANSE BETSY

L’anse Betsy est un haut lieu de présence humaine lors de la première période des exploitations baleinières et phoquières  jusqu’au milieu du XIXème siècle. En effet, la découverte de l’île Heard en 1853 recentra le quartier général des phoquiers plus au Sud, à Port-des-Iles dans le Golfe du Morbihan. Du site des phoquiers et des baleiniers, il ne reste que des vestiges de foyers, des fragments de chaudrons et de tonneaux. Des traces d’implantations plus importantes se devinent. Les récits des phoquiers témoignent en effet d’habitations et d’ateliers.

Du cimetière surplombant la baie vers le Sud-Est  ne restent que quelques pierres et planches de bois marquant l’emplacement des tombes des marins et chasseurs disparus.

Non loin du cimetière se trouvent les vestiges laissés par les scientifiques allemands. En effet, les astronomes allemands s’y installèrent en 1874 à l’occasion de l’observation du passage de Vénus. Bien que les emplacements des constructions soient encore visibles, seul du mobilier épars subsiste. Les allemands avaient pris soin de démonter leur observatoire construit par 150 hommes avant de quitter les lieux. Un marégraphe en bord de falaise complète ce site riche en vestiges et en histoire.

 

 

 

PORT-DES-ILES : L’ILE DU CIMETIÈRE, L’ILE AUX COCHONS ET L’ILE DU CHAT

L’île du Cimetière située dans le golfe du Morbihan fait partie de l’ensemble des îles avec l’île aux Cochons et l’île du Chat qui forme Port-des-Iles, un lieu de mouillage et quartier général des phoquiers et baleiniers à partir de la moitié du XIXème siècle à partir de la découverte de l’île Heard. Les vestiges de l’île comme son nom l’indique sont des restes de tombes (stèles, pourtours de pierres, dénivellations).

L’île aux Cochons située face à l’île du Cimetière était davantage le lieu de vie des chasseurs de passages. Les écrits des phoquiers font en effet état d’une maison dans laquelle les équipages y laissaient des messages ou déposaient du courrier que les navires –bien que concurrents en campagne de chasse-ramenaient en Amérique dès lors qu’un retour au pays était prévu. Le site était aussi un lieu de production d’huile car des chaudrons y ont été retrouvés, de même que les deux presses à graisse dites « presses à manchots » identifiées à Kerguelen.

L’île du Chat détient un vestige datant de la période phoquière française : l’épave de l’Alberta, en réalité l’Espérance au moment de son échouage après avoir été laissée au mouillage en 1931 à Port-des-Iles par l’entreprise des frères Bossière, concessionnaires des îles Kerguelen. Suite à plusieurs drames sanitaires à Kerguelen et à Saint-Paul, l’activité ne reprendra jamais, le bateau, annexe de bateaux plus importants utilisés pour la chasse aux éléphants de mer, s’échouera puis sera saboté pendant la deuxième guerre mondiale, probablement par les australiens, pour empêcher les corsaires allemands qui s’abritaient et s’approvisionnaient en eau à Kerguelen de se l’approprier. Cette île abrite également une des bornes de réaffirmation de la possession française, celle laissée par le navire de la Marine Nationale, le Bougainville, en 1939.

BAIE DE L’OBSERVATOIRE

Le site de la baie de l’Observatoire a été occupé à plusieurs reprises. Sa première occupation date de 1874 et de l’installation de l’expédition scientifique britannique pour l’observation du passage de Vénus qui permettait par de savants calculs de mesurer la distance séparant la Terre du soleil. De 1902 à 1903, une expédition scientifique allemande s’y installa afin d’étudier le magnétisme terrestre. Enfin, la première expédition de Raymond Rallier du Baty y installa une petite usine en 1908 et les français Decouz et Culet y expérimentèrent en 1912 et 1913 l’élevage de moutons.

La baie de l’observatoire a été le théâtre de la mission archéologique ArchaeObs en décembre 2006. Cette mission internationale dirigée par Jean-François Le Mouël, directeur de la Mission Patrimoine des TAAF a permis d’identifier les différentes strates d’occupation du site.

PORT-JEANNE-D’ARC

L’histoire de la station baleinière Port-Jeanne-d’Arc prend racine en 1893 lorsque les frères Bossière du Havre obtiennent de l’État français une concession exclusive de 50 ans pour l’exploitation de toute nature du territoire des îles Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul.

Après plus d’une décennie passée sans rien entreprendre sur ces terres, ils se lancent dans l’exploitation des mammifères marins en 1908 avec la construction de la station baleinière Port-Jeanne -d’Arc. La station est construite en trois mois par 140 norvégiens puis exploitée par ces derniers qui reversent 5% de leurs ventes d’huiles aux frères Bossière.

Après une interruption des activités pendant la première guerre mondiale, la station est reprise par une firme sud-africaine mais la raréfaction des baleines dans les années 1920 conduit la société à fermer la station  en 1925 au profit des navires-usines et l’abandonne définitivement en 1929.

Port-Jeanne-d’Arc  a fait l’objet d’une campagne de restauration de plusieurs de ses bâtiments en 2000 et 2001 et d’une numérisation 3D avec restitution 4D sur le site internet des TAAF en 2010. Elle est l’un des sites historiques le plus célèbre des TAAF.

  • Plus de photographies du site sur www.archives-polaires.fr

PORT-COUVREUX

Après avoir obtenu en 1893 du gouvernement français une concession de 50 ans pour exploiter les îles Kerguelen, les frères Bossière envoient en 1911 un millier de moutons sur la presqu’île Bouquet de la Grye qu’ils laissent à la garde de quelques bergers qui s’installent à Port-Couvreux. La guerre de 14-18 mettra un terme à cette tentative d’élevage et les bergers seront rapatriés en France dès le début du conflit. Le retour d’autres bergers ne se fera qu’à partir de 1922.

A la fin de l’année 1927, des familles havraises viennent s’installer à Port-Couvreux pour gérer l’exploitation agricole. Les Ménager viennent ainsi avec leur fille Léone, 12 ans, et les Le Galloudec emmènent avec eux leur fille Georgette âgée de 9 ans. Un autre couple, les Petit, s’installe avec eux. Avec l’aide du charpentier du navire Lozère qui les dépose à Port-Couvreux, ils vont réaménager les habitations, les agrandir, construire une véranda pour relier les différents modules.

Les hommes sont aussi chargés de construire une petite usine de fabrication d’huile d’éléphants de mer du côté de la plage.

Les vestiges de l’usine, des enclos, un cimetière et la ferme sont toujours visibles sur le site.

Les habitations ont fait l’objet de l’installation d’un bardage en tôle en 2004 à des fins de protection.

SAINT-PAUL ET AMSTERDAM

SAINT-PAUL

Située au milieu de l’Océan Indien, sur le chemin entre l’Afrique, les Indes et l’Australie, l’île de Saint-Paul était un lieu propice aux courtes relâches pour les navires dès la fin du XVIIIème siècle. Nombreux  sont ceux qui laisseront, inscrite dans la pierre, la trace de leur passage. L’île compte en effet une quarantaine de pétroglyphes. Le lieu était aussi prisé par les chasseurs d’otaries à fourrure qui n’étaient autres que les phoquiers et baleiniers anglais et américains qui profitaient de leurs lourdes expéditions dans les mers du Sud pour compléter leurs revenus en huile avec la vente de peaux qui leur rapportait davantage d’argent.

La pêche fut aussi très pratiquée autour de l’île et des aménagements  tels que des terrassements encore visibles sur l’île ont été fait dans le cadre de la création d’un établissement de pêche en 1843. En 1874, les astronomes français viendront installer un observatoire pour observer le passage de Vénus devant le soleil.

Ce sont toutefois les vestiges de la langousterie en activité de 1928 à 1931 qui marquent les esprits. En effet, cette entreprise initiée par les frères Bossière qui étaient concessionnaires de l’île s’est soldée par deux drames sanitaires. Celui des « Oubliés de Saint-Paul » eut un fort retentissement en France.

AMSTERDAM

Théâtre de nombreux naufrages, parmi eux ceux du Vellore,  du Meridean et du Lady Monro,  l’île Amsterdam, comme celle de Saint-Paul recèle de nombreux pétroglyphes visibles notamment près de la base Martin de Viviès. Ces pierres gravées témoignent encore aujourd’hui de ces évènements dramatiques.

L’histoire de cette île a également été marquée, en 1871,  par la tentative de colonisation du réunionnais Heurtin qui y introduisit des bovins et y entreprit des cultures agricoles. L’île a aussi été le théâtre de recherches scientifiques. En 1874 les français, avec parmi eux Charles Vélain, ont en effet profité de leur mission à Saint-Paul pour explorer Amsterdam.

TERRE ADÉLIE

PORT MARTIN ET LA BASE MARRET

protégés dans le cadre du Traité de l’Antarctique SMH N°46 et SMH N°47

 

La construction d’une base française en Terre-Adélie avait été programmée comme tâche majeure de l’expédition TA2 (TA1 étant l’expédition dirigée par Dumont D’Urville en 1840). Celle-ci, partie de Brest en novembre 1948 atteignit la banquise le 11 février 1949 et ne put débarquer en raison des conditions de glace défavorables.

Une nouvelle expédition TA3 y parvint le 18 janvier 1850 et le 20 janvier l’emplacement définitif de la base était choisi. Le site prit le nom de Port-Martin en hommage à J.A. Martin, membre de l’expédition décédé à bord du navire. Une équipe de 11 hommes sous la direction d’André-Franck Liotard leva le bâtiment principal et construisit diverses annexes pour les activités scientifiques.

Le 6 janvier 1951, les 17 membres de l’équipe de relève TA4 commandée par Michel Barré débarquèrent à leur tour. Ils agrandirent le bâtiment principal tout en poursuivant et développant les activités scientifiques. L’équipe  de relève TA5 arrive ensuite à Port-Martin le 14 janvier 1952, tandis qu’une équipe réduite de quatre hommes dirigée par Mario Marret  construit une base secondaire à l’île des Pétrels (archipel de Pointe Géologie).

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 1952, un incendie ravage le bâtiment principal de Port-Martin. Le bateau ravitailleur, encore présent dans les environs put évacuer les hommes tandis que trois furent déposés à l’île des Pétrels pour effectuer un hivernage dans la base Marret avec les quatre hommes déjà présents. Au cours de cet hivernage, les sept hommes effectuèrent un raid à Port-Martin pour récupérer du matériel.

La base de Port-Martin a été très peu visitée depuis l’incendie et malgré les vestiges prélevés sans autorisation par les personnes de passage, la base a conservé – suite à la brièveté de son utilisation – son organisation spatiale typique des bases installées en Antarctique au début des années 1950. Elle témoigne aussi de la période charnière qui vit se développer le recours aux moyens modernes tels que les chenillettes parallèlement à l’utilisation des techniques ancestrales venant du Grand Nord avec l’appui de chiens de traineaux pour mener les raids autour de la base.

 

ROCHER DU DÉBARQUEMENT

protégé dans le cadre du Traité de l’Antarctique SMH N°81

Le Rocher du Débarquement est la petite île atteinte par l’amiral Dumont D’Urville et son équipage le 21 janvier 1840. Parti à la recherche du pôle Sud magnétique avec deux navires, l’Astrolabe et la Zélée, c’est en ce lieu qu’est ainsi découverte la Terre Adélie. Nommée par l’amiral en l’honneur de son épouse Adèle.  Il est matérialisé par une plaque souvenir.

 

LA CROIX D’ANDRÉ PRUDHOMME

protégé dans le cadre du Traité de l’Antarctique SMH N° 48

Le monument est dédié à la mémoire d’André Prudhomme chef météorologiste durant la 3ème expédition de l’Année géophysique internationale disparu dans un blizzard le 7 janvier 1959. Il s’agit d’une croix érigée sur le promontoire Nord-Est de l’île des Pétrels en Terre Adélie.

 

ILES ÉPARSES

Le patrimoine des îles Éparses se caractérise par de nombreuses épaves de navires ayant fait naufrage. Le plus connu d’entre eux est celui de l’Utile qui s’échoua sur l’île de Tromelin le 31 juillet 1761 où seulement 8 survivants, sept femmes et un bébé furent secourus après 15 années de survie sur cet îlot de sable de 1 km2. Leurs compagnons d’infortune ayant péri lors du naufrage ou pendant les longues années passées sur l’île.

Certaines îles ont également été exploitées pour le phosphate et le coprah. C’est notamment le cas de l’île Juan de Nova sur laquelle sont encore visibles des vestiges de l’exploitation remontant au début du vingtième siècle. La maison de maître construite en corail taillé est en plan carré, s’élève sur trois niveaux et est coiffée d’un toit à quatre pans en tôle. La typologie de la construction évoque celles construites aux Seychelles. Des cimetières se trouvent aussi sur ces îles.

Au milieu du XXème siècle, l’histoire des îles Éparses a été marquée par le développement de l’aéronautique et l’installation de stations météorologiques.