LE PROJET OPACK : PROTECTION DE LA BIODIVERSITE DANS LES TERRITOIRES ULTRAMARINS

11 Août 2026   —  Terres australes et antarctiques françaises

Porté par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), ce financement témoigne de l’engagement de l’UE en faveur des écosystèmes fragiles, comme celui de l’archipel de Kerguelen. Grâce à ce soutien, des actions ambitieuses sont déployées pour contrer le chat haret, l’une des principales menaces pesant sur des espèces emblématiques, comme l’albatros hurleur.

Poursuite des efforts pour la préservation de l’avifaune de Kerguelen

En 2026, les efforts pour limiter la pression exercée par le chat haret (Felis catus) sur l’avifaune de Kerguelen continuent. Une étape majeure du projet BESTLife 2030 OPACK (OPtimisation des Actions de régulation du Chat à Kerguelen) a été franchie en début d’année, grâce à l’acheminement de l’un des outils essentiels de la lutte contre ce prédateur introduit : les cages-pièges.

 

©Camille Renaud

 

« A Kerguelen, le matériel souffre énormément en raison des conditions climatiques. Le vent, le froid, la pluie, la neige et parfois même les éléphants de mer, qui écrasent les cages, mettent le matériel à rude épreuve. Une fois rouillé ou déformé le système de déclenchement des pièges devient dysfonctionnel, ce qui gêne notre travail » explique Jordan Bazile, technicien pour la gestion des mammifères introduits.

 

Toute une structure mobilisée pour la protection de l’avifaune

La rotation australe du Marion Dufresne de mars 2026 a permis d’acheminer 60 cages-pièges neuves à proximité des plus grandes colonies d’albatros hurleurs de la péninsule Courbet. Pour y parvenir, tous les services des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) ont été mobilisés lors des différentes étapes menant le matériel à Kerguelen : transport jusqu’à La Réunion, procédure de biosécurité, chargement à bord du Marion Dufresne (navire ravitailleur des îles australes françaises), et enfin déploiement sur le terrain par hélicoptère puis à dos d’homme.

 

©Thomas Goisque
©Thierry Racinais

 

 

 

 

 

 

 

« Même si des cages-pièges seront utilisées pour protéger la biodiversité, des graines ou des petits invertébrés, responsables de potentielles invasions biologiques, peuvent s’être glissés dans le colis. La biosécurisation du matériel est donc primordiale avant son déploiement sur le terrain. La biosécurité ajoute quelques étapes avant l’utilisation du matériel sur site mais le jeu en vaut la chandelle ; l’histoire et la science nous ont prouvé à de nombreuses reprises qu’« il vaut mieux prévenir que guérir ». Tous les collègues des TAAF impliqués dans la logistique des districts en sont conscients. » explique Coline Vermandé, chargé de la stratégie biosécurité.

Des données scientifiques au cœur de la méthode d’action

Le suivi annuel des colonies d’albatros hurleurs (Diomedea exulans) a montré que la période la plus critique pour cette espèce est celle de l’émancipation thermique du poussin ; c’est-à-dire le moment où le jeune albatros, encore couvert de duvet, est laissé seul par ses parents partis pêcher en mer. Les chats profitent alors de la vulnérabilité des jeunes oiseaux pour les attaquer. N’ayant pas évolué avec le chat (présent sur l’archipel depuis seulement 75 ans), l’albatros ne possède aucun comportement anti-prédateur pour lui échapper. Il constitue donc une proie facile. Pour contrer cette menace, les cages-pièges sont utilisées quelques semaines avant et pendant l’émancipation thermique des jeunes albatros.

Les données collectées à Kerguelen ont également permis de démontrer que le succès reproducteur annuel des albatros hurleurs doit dépasser 52,6 % pour que la pérennité de leurs populations soit assurée. Les cages-pièges sont donc déployées en priorité sur les sites où le succès des nichées est inférieur à ce seuil critique.

 

©Kévin Nory, Albatros hurleur
©Adrien Chaigne, Petit chionis

 

 

 

 

 

 

 

« Nous collaborons avec plusieurs laboratoires de recherche qui assurent le suivi de différentes populations d’oiseaux. Cette coopération illustre concrètement l’importance de la science dans les décisions de gestion des espaces naturels. Grâce au partage des données collectées, nous pouvons adapter nos actions au plus près des enjeux observés sur le terrain. Ces échanges montrent toute la valeur des observatoires de la biodiversité à long terme, qui fournissent des connaissances essentielles pour mieux comprendre et préserver les espèces. » explique Maxime Amy, chargé du suivi et de la connaissance de la faune indigène.