Évaluation de l’état de santé des récifs isolés de Mayotte et de l’archipel des Glorieuses

31 Décembre 2021   —  Terres australes et antarctiques françaises

Co-pilotée par les Terres australes et antarctique françaises (TAAF) et l’Office français de la biodiversité (OFB), à travers le Parc naturel marin de Mayotte, la campagne « Évaluation de l’état de santé des récifs isolés de Mayotte et de l’archipel des Glorieuses » débutée en septembre dernier a effectué sa troisième et dernière mission entre le 6 et 12 décembre à bord du BSAOM Champlain de la Marine Nationale.

Objectifs scientifiques

Cette campagne a pour objectif principal d’établir l’état de santé des récifs du banc de la Zélée au sein du Parc naturel marin de Mayotte, et du banc du Geyser, de Grande Glorieuse, et de l’île du Lys au sein de la réserve naturelle nationale de l’archipel des Glorieuses (RNNG), créée le 8 juin 2021.

Le suivi et l’évaluation de l’état de santé des écosystèmes récifaux constituent des enjeux centraux dans la gestion de ces espaces protégés dans un contexte d’accélération du changement climatique et d’exploitation croissante des ressources naturelles.

L’acquisition de connaissances porte ainsi sur plusieurs indicateurs du milieu récifal :

  • les peuplements coralliens ;
  • les populations de poissons ;
  • les populations d’holothuries (concombre de mer) ;
  • les communautés de macrofaune benthique présentes dans le sable ;
  • la température des eaux de surface ;
  • la pollution plastique.

Pour accompagner les équipes des TAAF et de l’OFB dans la réalisation de ces missions, plusieurs partenaires régionaux ont été associés à cette campagne, en particulier l’UMR Entropie et les bureaux d’étude MAREX, GALAXEA et BIORECIF.

Au-delà de cet objectif scientifique, la campagne jette les bases d’une coopération étroite entre le Parc naturel marin de Mayotte et la RNN de l’archipel des Glorieuses, nouvellement créée.

Evaluation des populations d’holothuries sur l’archipel des Glorieuses par les TAAF (S.Quaglieti – OFB)

Objectifs de renforcement de la coopération entre les deux aires marines protégées (AMP) du nord du canal du Mozambique

Assurer une passation entre les équipes gestionnaires de l’OFB et des TAAF

La richesse de la biodiversité marine des Glorieuses et l’enjeu de sa protection sur l’ensemble de sa ZEE avait amené à la création en 2012 du Parc naturel marin des Glorieuses dont l’équipe était mutualisée avec celle du Parc naturel marin de Mayotte, les deux parcs ayant toutefois des conseils de gestion distincts.

Face à l’augmentation des pressions (pêche illégale notamment) et à l’enjeu de l’inclusion du périmètre terrestre, les TAAF et l’OFB ont porté une réflexion sur l’évolution du statut de protection de ce territoire. L’outil RNN a été identifié comme le plus adapté pour répondre aux enjeux écologiques sur ce territoire, et la gestion de la RNN est aujourd’hui confiée au Préfet, administrateur supérieur des TAAF.

Cette campagne TAAF-OFB permet à la fois de s’assurer de la continuité des actions mises en place dans l’archipel dans le cadre de l’ancien Parc en matière de suivi mais aussi de garantir l’harmonisation des méthodes et protocoles mis en œuvre sur les deux espaces pour permettre de comparer les résultats obtenus.

 

Réaliser une étude comparative le long du gradient d’anthropisation Mayotte – Archipel des Glorieuses

Mayotte, les Glorieuses et les bancs sous-marins du Geyser et de la Zélée présentent des écosystèmes aussi riches que fragiles. L’un des enjeux de la RNN de l’archipel des Glorieuses et du Parc naturel marin de Mayotte est de garantir le maintien des ressources marines, tant pour des questions environnementales que socio-économiques. Cependant les enjeux de gestion restent distincts de par la spécificité des deux territoires.

L’archipel des Glorieuses, de par son isolement et son absence d’habitants permanents présente un patrimoine naturel dans un état quasi originel. Considéré comme un réservoir de biodiversité, il est un point de référence à l’échelle régionale notamment pour mesurer les effets du changement climatique sur l’environnement.

À Mayotte, les écosystèmes marins sont davantage exploités du fait des pressions anthropiques directes (notamment via les apports terrigènes) et de la population croissante.

La réalisation de cette campagne conjointe, qui suit des protocoles identiques permet d’étudier l’état de santé des écosystèmes sur un gradient d’anthropisation qui s’étend de Mayotte, soumise aux pressions les plus directes, jusqu’aux Glorieuses.

 

Mutualiser les moyens et assurer la continuité des suivis

La synergie entre le Parc et les TAAF permet, d’un point de vue opérationnel, de mutualiser les moyens humains, notamment à travers la mise à disposition des plongeurs professionnels des deux structures et la mobilisation en commun des experts extérieurs, mais aussi logistiques et matériels.

DÉROULÉ DE LA CAMPAGNE

Trois missions de terrain (aussi appelées « Leg ») ont été programmées pour cette campagne. Les deux premières missions ont été réalisées en septembre et en octobre 2021 à bord du navire l’Antsiva, permettant le déploiement des équipes sur site.

Dans ce cadre, plus d’une cinquantaine de plongées ont été réalisées, accompagnées par le déploiement d’instruments de vidéo sous-marine et des prélèvements d’échantillons permettant d’atteindre une grande part des objectifs de la campagne.

FOCUS SUR LE PARTENARIAT AVEC LA MARINE NATIONALE : LE LEG 3 SUR LE BSAOM CHAMPLAIN

 Afin d’affiner et compléter les informations collectées depuis septembre, une troisième mission partira de Mayotte le 6 décembre et prendra fin le 12 décembre 2021 à bord du  Bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) Champlain.

Cette dernière mission de terrain est réalisée avec le soutien précieux des Forces armée de la zone sud océan Indien (FAZSOI) à travers la mobilisation Champlain, qui apportera un soutien aux opérations scientifiques en mer.

Cette campagne s’inscrit au-delà des missions habituelles des BSAOM : c’est une véritable opportunité pour les deux organismes gestionnaires.

En effet, les BSAOM sont conçus essentiellement pour faire respecter la souveraineté de la France sur ses espaces maritimes ultramarins. À ce titre, la lutte contre la piraterie, mais aussi la police des pêches, la surveillance du trafic commercial, le contrôle des trafics illicites, et le sauvetage en mer, sont les missions premières du navire.

De plus, ses capacités logistiques importantes en font un atout précieux pour le ravitaillement des territoires français éloignés de métropole (mission TRDI). Les îles Éparses, dispersées dans le canal du Mozambique à l’ouest de Madagascar, représentent un enjeu économique et politique important pour la France. Face à un accès aérien difficile et limité, l’acheminement de fret par voie maritime est indispensable pour ces îles.

Dans le cadre de ses missions de soutien à l’environnement et à la recherche scientifique, pour la 2e fois, le navire a embarqué une équipe composée de 9 agents du Parc et des TAAF dans les eaux de ces deux aires protégées pour travailler sur le banc de La Zélée (2 jours), le banc du Geyser (2 jours) et l’archipel des Glorieuses (2 jours).

Ce partenariat est un bel exemple de la mutualisation des moyens de l’État dans la zone sud océan Indien.

 

PERSPECTIVES 

À l’issue des campagnes en mer, les résultats seront conjointement analysés par les équipes du Parc et de la réserve en partenariat avec les experts scientifiques. Les conclusions quant à ce nouveau point d’évaluation de l’état des écosystèmes marins seront présentées aux instances de gestion des deux aires protégées courant 2022.

Des évènements et actions liés à la valorisation du projet « Évaluation de l’état de santé des récifs isolés de Mayotte et de l’archipel des Glorieuses » sont également prévus pour l’année 2022.