À la rencontre de Raphaële Goineau, artiste peintre officielle de la Marine

%20 %594 %2022   —  Terres australes et antarctiques françaises

Artistes créateurs des deux récentes émissions philatéliques hors programme des TAAF, Raphaële Goineau et Martin Mörck seront présents au Salon Paris-Philex les 23 et 25 juin pour dédicacer leurs œuvres. Nous avons pu recueillir leurs témoignages sur les parcours artistiques et les processus créatifs qui les ont amenés vers ces deux réalisations philatéliques particulièrement réussies.

Raphaële Goineau revient sur son parcours et sur les étapes de la création du bloc timbre célébrant les 500 ans de la découverte de l’île Amsterdam ; elle rencontrera les philatélistes sur l’espace des TAAF de Paris-Philex le 23 juin.

Originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon, Raphaële Goineau, artiste peintre officielle de la Marine, réalise depuis son archipel des timbres et blocs, notamment pour les TAAF. Elle sera présente au salon Paris-Philex le 23 juin (9h-16h) pour dédicacer sa dernière création célébrant les 500 ans de la découverte de l’île Amsterdam par Juan Sebastián Elcano, officier de Fernand de Magellan.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours artistique et comment vous êtes-« entrée » dans le monde de la philatélie ?

Mon attrait pour le timbre, l’œuvre gravée et la composition, me viennent de l’école Estienne où j’ai suivi ma formation initiale. Je suis passée ensuite par la faculté d’arts plastiques Saint-Charles (Paris, Sorbonne), puis j’ai marché dans les pas de nombreux peintres pour essayer de percer leurs secrets. Je peux citer un des meilleurs peintres mondiaux de paysages alla prima, le plus européen des peintres américains : Marc Dalessio ; mais aussi Stéphane Ruais ou Ronan Ollier, qui m’ont fait connaître le prestigieux corps des Peintres de la Marine. Je suis fière d’être parvenue à acquérir ce titre en septembre 2021.

Originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon, j’ai réalisé pour mon « caillou » des timbres presque chaque année depuis 1990. Je suis désormais, et depuis 2016, le directeur artistique de notre philatélie, et je navigue entre la métropole et notre archipel. J’ai réalisé plusieurs timbres et blocs pour les TAAF, ce qui était pour moi une consécration.

J’ai eu le bonheur d’envoyer du courrier avec mes propres timbres cet hiver, lors d’un embarquement sur la frégate Floréal, en tant que Peintre officiel de la Marine. Nous avons jeté l’ancre face à l’île de La Possession dans l’archipel Crozet sans pouvoir débarquer, hormis les courageux « postiers » tout de néoprène vêtus, qui n’ont pas hésité à braver la mer déchaînée pour livrer le courrier de la base ! Nous avons par contre pu débarquer à Port-aux-Français aux Kerguelen, et échanger les sacs postaux. C’était un moment très émouvant pour moi. Un rêve réalisé.

 

Comment se déroulent les différentes phases entre la demande initiale de l’administration postale telle que celle des TAAF, et la finalisation de votre projet artistique concernant ce nouveau bloc sur la découverte d’Amsterdam?

Le récent projet de collaboration pour la philatélie des TAAF m’a été proposé par courriel reçu à bord de la frégate alors que nous naviguions dans l’océan Indien : un timbre sur la découverte de l’île Amsterdam alors que nous nous en approchions. Malheureusement, nous n’avons pas pu débarquer pour visiter l’île. Mais la découverte des autres archipels m’avait déjà donné une bonne idée de l’impression que ces îles perdues dégagent.

La demande, peu commune, a transité grâce à la bienveillance de la Marine nationale. J’ai pu ainsi faire de premières recherches préparatoires sur le bateau, notamment dans leur banque d’images prises lors de précédents voyages.

De retour à terre, j’ai pu participer à une réunion organisée chaque année par l’administration des TAAF pour échanger avec les artistes qui travailleront sur les émissions philatéliques. Nous avons discuté technique et projets. C’était très intéressant et j’étais heureuse de retrouver beaucoup d’amis et de collègues. En tant que directeur artistique de la philatélie de Saint-Pierre-et-Miquelon, je suis amenée à rencontrer les graveurs qui officient pour les timbres : les illustrateurs, les membres de l’association ATG, les responsables de Philaposte. Cela a été l’occasion aussi de rencontrer de nouveaux artistes, et surtout cela m’a donné l’impression d’être accueillie dans une sorte de famille, celle des acteurs des timbres des TAAF, un grand honneur !

 

En 2022, nous célébrons 4 anniversaires dans les TAAF : les 250 ans de la découverte des archipels Crozet et Kerguelen, les 300 ans de celle de Tromelin, et les 500 ans de celle d’Amsterdam. Quel regard portez-vous sur ces grandes expéditions maritimes et ces territoires français du bout du monde?

Pour avoir traversé ces océans, j’ai énormément de respect et d’admiration pour ces navigateurs. Lors de mon embarquement vers les Cinquantièmes rugissants, j’y pensais quotidiennement. Ce ne sont pas des navigations faciles, même avec tous les outils et le confort dont nous bénéficions. Ils partaient en plus vers l’inconnu, dans des conditions de vie et de mer terrifiantes : leurs exploits sont juste incroyables.

Le sentiment qui nous envahit quand on découvre ces côtes et quand on met le pied à terre est difficilement descriptible. Il crée d’ailleurs un lien invisible mais fort entre ceux qui ont pu le vivre. Chance, sidération, éblouissement et presque incrédulité sont les mots qui me viennent. Je n’en revenais pas d’être là. Au bout du monde et comme dans un début du monde.

 

Depuis 2021, vous êtes devenue Peintre de la Marine : que représente ce titre, et quels sont vos projets à venir ?

Devenir Peintre de la Marine était un but, le devenir a été une consécration, une reconnaissance de mon travail. J’espère pouvoir de nouveau embarquer, peu importe la destination, pour connaître mieux ces hommes et ces métiers, et cet univers si particulier de la vie à bord d’un navire de la Marine.

J’espère pouvoir un jour embarquer sur le navire qui est basé à Saint-Pierre-et-Miquelon, le Fulmar. Notre archipel est un endroit merveilleux dont je ne me lasse jamais et le redécouvrir par la mer, voir se dessiner les côtes du Labrador, de Terre-Neuve ou du Groenland, serait juste un rêve éveillé ! Je pense aussi participer avec l’association des Peintres officiels de la Marine (POM) à des « escales » qui sont en projet, vers l’île de Ré, près de mon lieu de résidence (j’habite dans le Marais poitevin), ou en Bretagne.

Le prochain projet avec l’association des Peintres officiels de la Marine (POM) sera une exposition justement sur l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, en juin, un projet original dans une salle connectée au réseau « Micro-Folies ». Cette connectivité permettra à notre exposition d’être visitée depuis la métropole. Je suis fière d’y exposer auprès de six autres Peintres officiels de la Marine ; Anne Smith, Michèle Battut, Éric Bari, Jacques Rohaut, Olivier Desvaux et le sculpteur Jean Lemonier, qui ont fait escale à Saint-Pierre l’été dernier.