La biodiversité des îles Eparses

Les îles Éparses sont qualifiées de « sanctuaires océaniques de la nature primitive », disposant d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. L’isolement géographique, le caractère insulaire et une occupation humaine historiquement très limitée ont en effet protégé ces territoires.

Certaines îles possèdent des végétations quasi intactes et des habitats endémiques. Ces îles coralliennes ont une importance majeure en milieu tropical où elles abritent des écosystèmes originaux et à forte valeur patrimoniale tels que les mangroves ou les récifs coralliens.

Malgré l’absence de certains taxons due à un fort isolement géographique, certaines familles sont malgré tout bien représentées au regard de la petite taille des îles. A titre d‘exemple, l’île d’Europa abrite 8 espèces d’oiseaux marins nicheurs dont 1 sous-espèce endémique. Cette dernière héberge également la plus grande colonie de sternes fuligineuses de l’océan Indien (plus d’un million de couples en 2017).

La diversité biologique marine y est aussi unique. Les récifs coralliens en cours d’étude montrent un état de conservation quasi intact, ce qui fait de ces espaces des stations de référence au niveau mondial. Les plages des îles Éparses sont des lieux de pontes importants pour les tortues marines (Tortue verte et Tortue imbriquée) qui sont des espèces menacées et protégées au titre de conventions internationales.

Le canal du Mozambique, et plus particulièrement les zones économiques exclusives des îles Éparses, est également fréquenté par des mammifères marins (différentes espèces de dauphins ou de baleines à bec), mais également par de grands cétacés migrateurs comme les baleines à bosse. Toutes ces espèces bénéficient de mesures de protection au titre de diverses conventions et arrêtés (Convention de Bonn…).

Vers un renforcement du statut de conservation

Europa, Bassas da India, Glorieuses et Tromelin bénéficient d’une protection fondée sur un arrêté préfectoral de 1975. Actuellement, les TAAF mènent en collaboration étroite avec l’Agence française pour la biodiversité (regroupement de l’Agence des aires marines protégées, de l’Atelier technique des espaces naturels, de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques et de Parcs nationaux de France) une étude visant à renforcer le statut de protection de ces îles (Réserve naturelle nationale).

Un accord-cadre avec l’Agence des aires marines protégées a d’ailleurs été signé en janvier 2009 afin d’étudier la faisabilité d’aires marines protégées dans les îles Éparses. Il s’agit avant tout de renforcer la protection de ces sites terrestres et marins. Au-delà du statut de protection de ces îles, les TAAF souhaitent gérer ces territoires en conciliant le maintien des activités humaines indispensables à la recherche scientifique avec la préservation de ces écosystèmes.

Dans cette optique, et dans le cadre des plans d’actions locaux d’Outre-mer qui mettent en application la Stratégie nationale de la biodiversité, les TAAF ont élaboré leur plan d’action biodiversité (PAB) qui vise à mener des actions concrètes permettant de freiner la perte de la biodiversité. Ce plan divisé en deux grandes parties (les îles Éparses / les îles subantarctiques et la terre Adélie) se découpe en 8 grandes finalités issues des objectifs du Grenelle de l’environnement. Une révision du PAB est actuellement en cours de réalisation.

Il prévoit notamment le maintien de la diversité spécifique (lutte contre les espèces invasives), le maintien des habitats (limiter le piétinement…), l’amélioration de la trame écologique (dépollution, utilisation de produits 100 % biodégradables), mais aussi la valeur économique du vivant ou encore le développement de la communication sur la gestion environnementale menée sur ces territoires.

Le 22 février 2012, le Parc naturel marin des Glorieuses a été créé par décret, faisant de lui le quatrième parc marin français et deuxième de l’océan Indien. Le plan de gestion du Parc naturel marin des Glorieuses, adopté le 31 mars 2015 par le Conseil d‘administration de l’Agence des aires marines protégées a pour objectif de protéger son patrimoine naturel, de faire des eaux de Glorieuses un espace d’excellence en matière de pêches durables, de faire de cet espace un lieu privilégié d’observation scientifique de la biodiversité marine et enfin d’encadrer les pratiques touristiques et d’accompagner le développement de l’écotourisme.

L’île Europa fut quant à elle classée et protégée par la convention RAMSAR en octobre 2011 faisant d’elle la 42ème zone humide d’importance internationale de du gouvernement français.

Photo : © Florent Bignon (TAAF)
Photo : © Thomas P. Peschak SOSF
101ND300 Ile du LYS aux Glorieuses.
Photo : © Benoit Gysembergh
Photo : © Thomas P. Peschak SOSF
Photo : © Florent Bignon (TAAF)

En 2003 et 2005, des opérations d’éradication des rats ont été respectivement réalisées sur l’île du Lys (archipel des îles Glorieuses) et à Tromelin. Sur cette dernière, son succès a permis le développement des colonies de fous masqués et fous à pieds rouges sur l’île ainsi que l’installation ou la réinstallation de nouvelles espèces comme le Noddi brun, la Gygis blanche et la Sterne fuligineuse. En juin 2016, les chats, prédateurs des oiseaux marins, ont été éradiqués de Juan de Nova. La dépollution des sites est une autre priorité des TAAF qui, depuis 2001, ont développé une politique exemplaire de tri des déchets. L’évacuation des déchets existants, vestiges de plus de 50 ans d’activités humaines dans les îles Éparses, a été menée à bien lors de la mission Éparses 2009.

Dans le même temps, une meilleure gestion des déchets a été mise en place avec l’installation d’incinérateurs. Les TAAF étudient la réalisation d’installations qui, à l’instar des autres districts, faciliteront la mise en place des opérations scientifiques sur ces îles.

La flore des îles Eparses

La végétation des îles Éparses est composée en majorité par des espèces littorales que l’on retrouve sur d’autres îles de l’océan Indien (Aldabra, Madagascar, Maurice, Seychelles…), mais également par des espèces introduites par l’Homme. Néanmoins, certaines formations végétales telles que la forêt sèche indigène à euphorbes d’Europa, présentent un intérêt particulier.

 

Consulter le portail dédié aux îles Eparses sur le site web du Conservatoire Botanique National de Mascarin basé à Saint-Leu sur l’île de La Réunion : ileseparses.cbnm.org

L’euphorbe (Euphorbia stenoclada)

La forêt sèche à euphorbes se trouve sur les parties les plus anciennes et les plus rocailleuses d’Europa sur des sols squelettiques. On peut l’observer en majorité dans la partie nord de l’île, où un sol sablonneux gris recouvre le karst. A cette euphorbe arborescente est associée une espèce de ficus, Ficus marmorata.

Quand celles-ci sont associées en peuplements denses, elles sont pratiquement les seules espèces représentées. A l’inverse, lorsqu’elles sont clairsemées, on les trouve accompagnées d’autres espèces végétales. Europa est d’ailleurs la seule île des Éparses à être encore recouverte en quasi-totalité d’une végétation indigène intacte.

Les palétuviers

Les palétuviers sont des arbres de différentes espèces composant la mangrove. La partie périphérique du lagon central d’Europa est couverte par une mangrove arborescente où quatre espèces apparaissent : Bruguiera gymnorhiza, Rhizophora mucronata, Ceriops tagal et Avicennia marina. Les superficies occupées, tant par les palétuviers que par le lagon, représentent environ le tiers de la superficie de l’île (environ 10 km²). La mangrove est un habitat primordial puisqu’il permet la protection du littoral contre l’érosion due à la houle et aux courants marins grâce à l’ancrage au sol des palétuviers, et sert d’abri et de nurserie pour une faune importante. La mangrove d’Europa est une nurserie pour de nombreuses espèces marines telles que les requins citrons faucilles, les requins pointes noires, les tortues vertes et imbriquées et certaines espèces de poissons, au sein de laquelle les jeunes individus peuvent se nourrir et croître dans de bonnes conditions.

Le Veloutier (Heliotropium foertherianum)

Sur Tromelin, la végétation est relativement pauvre, essentiellement composée d’une espèce d’arbuste à feuilles veloutées appelée veloutier, qui forme une végétation homogène. Le Veloutier est utilisé par les fous à pieds rouges et les gygis blanches comme support de nidification.

Le filao (Casuarina equisetifolia)

Le Filao est un arbre aux rameaux filiformes, d’origine tropicale, pouvant croître sur terrain sablonneux. On observe cette espèce sur les littoraux d’Europa, Juan de Nova et de Grande Glorieuse, mais également à l’intérieur de ces îles. Elle est présente en faible densité sur Europa, où son impact sur les milieux naturels est minime, tandis qu’elle est envahissante sur les deux autres îles où elle a été favorisé par l’homme.

Le Cocotier (Cocos nucifera)

Le Cocotier a été introduit par l’Homme sur l’ensemble des îles Eparses émergées, comme sur Grande Glorieuse où H. Caltaux implanta une cocoteraie à la place d’une forêt naturelle, qui fut exploitée jusqu’en 1957. Celle-ci est actuellement à l’abandon mais continue à se régénérer de manière spontanée. Elle constitue aujourd’hui un élément remarquable du paysage où elle occupe la cuvette centrale de l’île.
Deux types différents de cocoteraie sont présents:

  • la plantation type. Dans cette formation, les cocotiers sont encore distincts sur des lignes de plantation. Cette physionomie occupait en 1984, des aires régulièrement planes ou des pentes faibles de formations dunaires.
  • la cocoteraie des bas-fonds humides. On la trouve dans des secteurs creux correspondant à des dépressions entre les systèmes dunaires, là où les eaux pluviales s’accumulent temporairement. Il y a là un fouillis végétal dense, de cocotiers de toutes tailles. Cette cocoteraie est donc devenue, par un phénomène naturel, une formation végétale originale.

La faune des îles Eparses

Les îles Éparses, qualifiées de véritables sanctuaires écologiques, disposent d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. Madagascar et les Iles Eparses sont reconnues comme l’un des points chauds de biodiversité à l’échelle mondiale.

Les tortues marines

Diverses espèces de tortues marines cohabitent dans l’océan Indien

Le Sud-Ouest de l’Océan Indien (SOOI) abrite 5 des 7 espèces de tortues marines : la Tortue verte (Chelonia mydas), la Tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), la Tortue olivâtre (Lepidochelys olivacea), la Tortue caouanne (Caretta caretta) et la Tortue luth (Dermochelys coriacea). Elle représente une région majeure, au niveau mondial, pour la reproduction et l’alimentation de ces 5 espèces.

Les tortues marines sont des espèces en danger, à travers le monde, et à ce titre inscrites à l’Annexe I de la Convention de Washington (CITES) et sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). En 2003, sous l’égide de la CMS (Convention for Migratory Species), une convention régionale pour la gestion et la conservation des tortues marines et de leurs habitats dans l’océan Indien et le Sud Est asiatique (IOSEA) a été instaurée. La France l’a ratifiée en mars 2009.

Ces reptiles sont inféodés au milieu aquatique. Au cours de leur vie et en dehors de leur période embryonnaire, seules les femelles séjournent quelques jours à terre, à l’occasion des différents épisodes reproducteurs qui interviennent de façon cyclique lorsqu’elles ont atteint la maturité sexuelle. Chaque femelle dépose entre 100 et 200 œufs au fond d’un puits de ponte qu’elle creuse dans le sable, avec leurs pattes postérieures.

Dans une saison, une même femelle vient en moyenne 3 fois déposer ses œufs, à 15 jours d’intervalle. Le temps d’incubation des œufs est d’environ 8 à 10 semaines. Lorsque les petites tortues émergent du nid, c’est pour gagner l’univers marin auquel elles sont parfaitement adaptées.

Elles passent les premiers mois de leur vie et peut-être leurs premières années à effectuer une grande migration passive, entraînées par les grands courants océaniques. S’ensuit une période de développement et de croissance des juvéniles qui peut durer de 8 à 40 ans.

Lorsque la maturité sexuelle est atteinte, les tortues mâles et femelles peuvent effectuer de très longues migrations, nageant même à contre-courant, pour retrouver les sites de reproduction. Ce comportement dénote chez elles une faculté aiguë d’orientation et de navigation. Elles accomplissent le chemin inverse à l’issue de cette phase reproductrice, regagnant leurs aires d’alimentation. Au cours de leur cycle vital, de telles migrations se renouvellent ainsi plusieurs fois.

Depuis plus de 30 ans, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) contribue au suivi des populations de tortues marines du SOOI, notamment dans les îles Éparses françaises (Europa, Juan de Nova, Glorieuses et Tromelin). Ce suivi est aujourd’hui effectué en partenariat avec Kelonia, l’observatoire des tortues marines de la Réunion (www.museesreunion.re), la Gendarmerie Nationale, les Forces Armées de la Zone Sud de l’océan Indien (FAZSOI) et la collectivité des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

Les reptiles terrestres

Au sein des îles Eparses, on retrouve 15 espèces de reptiles terrestres appartenant à des genres et des familles différentes. Quatre espèces de scinques, le Scinque aux labiales tachetées d’Europa (Trachylepis maculilabris infralineata), le Scinque aux yeux de serpents d’Europa (Cryptbolepharus bitineatus), le Scinque aux yeux de serpents des Glorieuses (Cryptoblepharus gloriosus gloriosus), le Scinque aux yeux de serpents de Juan de Nova (Cryptoblepharus caudatus) et une espèce de gecko diurne de Juan de Nova (Lygodactylus insularius) sont endémiques et ne se retrouvent nulle part ailleurs. Les espèces de reptiles terrestres présentes sur les îles Eparses sont menacées par les espèces exotiques telles que les chats, les rats et les souris qui induisent une pression de prédation mais aussi par les reptiles introduits qui rentrent en compétition avec ces dernières.

Les oiseaux marins

Le Fou à pieds rouges (Sula sula)

Il existe chez les fous à pieds rouges deux types principaux de morphes suivant la couleur du plumage. Sur Europa, la population est constituée en majorité d’individus de morphe brun à queue blanche tandis que sur l’île Tromelin, le morphe blanc représente 2/3 de la population et le morphe brun à queue blanche en représente 1/3. Les proportions de ces morphes diffèrent ainsi suivant les îles et restent constantes dans le temps, ce qui traduit le fait que chaque population est génétiquement isolée et mérite d’être protégée. La population de Tromelin est notamment la seule de la région à être polymorphique, ce qui illustre bien son unicité et son isolement biogéographique.

La colonie de Fou à pieds rouges d’Europa est la deuxième plus importante de l’océan Indien, après celle d’Aldabra. Le Fou à pieds rouges a besoin d’une végétation arbustive ou arborée non perturbée pour pouvoir se reproduire. Sur Europa, le Fou à pieds rouges se reproduit principalement sur les euphorbes tandis qu’ils utilisent les veloutiers sur l’île Tromelin.

Le Fou masqué (Sula dactylatra)

On identifie le Fou masqué par son corps majoritairement blanc. Seules la frange des ailes et la queue présentent une jolie teinte noire qui contraste avec le reste du plumage. Les fous masqués vivent sur les petites îles plates comme Tromelin souvent dépourvues de végétation. Ils nichent dans des zones dégagées propices au décollage. Durant toute l’année, ils passent la majorité de leur temps en mer au large, à la recherche de nourriture.

Le comportement des fous masqués est assez surprenant. Ils ont, en effet, des rituels nuptiaux très élaborés et tentent d’attirer les femelles en étirant fortement le cou et en offrant à leur partenaire potentiel des cadeaux aussi variés que des petites pierres ou des plumes. Après une marche lente et cérémonieuse, les deux partenaires scellent leur accord en pratiquant l’acte sexuel. Depuis l’opération d’éradication menée en 2005, le nombre de couples de fous masqués est en constante augmentation sur Tromelin.

La Sterne fuligineuse (Onychoprion fuscatus)

On retrouve la Sterne fuligineuse dans les quatre îles Eparses émergées. La colonie d’Europa  est la plus importante de l’océan Indien (plus d’un million de couples en 2017), suivie de celle de Juan de Nova (500 000 couples en 2015). Aux Glorieuses, c’est sur l’île du Lys (plus de 275 000 couples en 2003) que l’on retrouve les sternes. Cette espèce passe la plus grande partie de son temps dans les airs sans se poser, prélevant des poissons volant à la surface de l’eau. Elle ne revient à terre que pour se reproduire et pondre un unique œuf. La Sterne fuligineuse a une parade nuptiale très ritualisée et accompagnée de cris aériens au dessus de l’aire de nidification dans la période qui précède la ponte.

Disparue depuis plus d’une centaine d’année de Tromelin, cette espèce a recolonisé le site depuis 2016.

La Sterne huppée (Thalasseus bergii)

Plusieurs centaines de couples de Sterne huppée sont présents sur les plages de Juan de Nova où cette espèce se reproduit (219 couples en 2017). Quelques couples nichent également sur l’île  du Lys (archipel des Glorieuses) depuis 2019. Deuxième en taille après la Sterne caspienne, cette espèce niche dans plusieurs îles de la région comme Madagascar ou Aldabra.

Les espèces de Phaétons

Le Phaéton à bec jaune d’Europa (Phaethon lepturus europae) niche principalement dans la forêt sèche, sous les buissons et les chablis. Il est isolé génétiquement des autres individus de la même espèce de l’océan Indien. Cet isolement est probablement le fait de la barrière écologique créée par la partie centrale du canal du Mozambique. On observe ainsi une sous-espèce endémique à Europa, qui diffère des autres sous-espèces par sa taille plus petite et par son plumage de couleur dorée.

La population d’Europa de phaétons à brins rouges (Phaethon rubricauda) est une des plus importantes de l’océan Indien. Cette espèce niche principalement dans la forêt sèche, sous les buissons ainsi que sur le littoral, dans les dunes sableuses.

Les Frégates

On distingue la Frégate ariel (Fregata ariel) de la Frégate du Pacifique (Fregata minor) par sa taille inférieure et la présence de tâches blanches sous-alaires. Ces deux espèces nichent en colonies sur Europa et constituent les populations les plus importantes après celles de l’atoll d’Aldabra. Les populations de frégates de la région ont tendance à décliner et le seul fait de leur présence à Europa confère à l’île un intérêt patrimonial. Le mâle à la particularité de gonfler sa poche membraneuse rouge vif, située sous le bec, pour attirer les femelles, durant la période des accouplements.

Zostérops malgache (Europa) (Zosterops maderaspatana voltzkoewi)

L’espèce présente à Europa est une sous-espèce endémique d’Europa pouvant être abondante dans certains milieux. Signalée pour la première fois en 1903 par Voeltzkow, il s’agit d’une population très proche de l’espèce malgache, également présente aux Comores (Anjouan et Mohéli) et dans les Seychelles coralliennes, mais qui se distingue morphologiquement par la taille de sa queue. L’espèce niche dans la mangrove mais aussi dans l’euphorbaie au cours de l’été austral.

Le Crabier blanc (Ardeola ideae)

Le Crabier blanc est un héron migrateur à faible répartition puisqu’il ne se reproduit que sur l’île d’Aldabra, de Madagascar, de Mayotte et d’Europa. Quelques individus ont été observés à Europa dans les zones boisées, soit dans la mangrove, soit dans les secteurs à euphorbes. Au cours de l’été austral 2016-2017, la reproduction de l’espèce a été démontrée sur le site avec l’observation d’au moins 4 couples nicheurs dans la mangrove d’Europa. L’espèce utilise également la forêt d’euphorbe et les lagunes pour son alimentation et semble présente à l’année.

Le Puffin tropical (Puffinus lherminieri bailloni)

Le Puffin tropical a récemment été découvert sur Europa, probablement en raison de la petite taille de cette population (moins de 50 couples reproducteurs) et du comportement nocturne des individus. Cette espèce se reproduit à Europa, dans des lieux rocailleux sur la côte ouest de l’île. L’espèce est uniquement présente sur l’île durant sa période de reproduction soit durant l’hiver austral.

La Gygis blanche (Gygis alba)

Cette espèce a recolonisé l’île Tromelin depuis juillet 2014, résultat très probable des opérations de dératisation menées par les TAAF en 2005. Cette espèce, désormais bien présente sur l’île, niche sur les veloutiers, sur lesquels un unique œuf sera pondu directement sur une branche sans confectionner de nid. Dans de rares cas, l’œuf peut être pondu sur une pierre.

Le Noddi brun (Anosto stolidus)

Observée en reproduction à Tromelin depuis 2014 également, cette espèce a elle aussi désormais recolonisé l’île. Le Noddi brun pond un unique œuf à même le sol après avoir construit un nid constitué de plusieurs petites branches.

Les espèces migratrices

Le milieu océanique tropical est souvent assimilé à un désert en raison de son fort caractère oligotrophe. Au milieu de cette immense étendue pauvre en substances nutritives, le lagon et la mangrove d’Europa constituent une véritable « oasis » pour des oiseaux limicoles migrateurs. Ainsi, les îles Eparses servent de halte (site de repos et/ou d’alimentation) ou de zone d’hivernage pour des espèces telles que le Courlis corlieu (Numenius phaeopus) ou le Tournepierre à collier (Arenaria interpres), dont les effectifs observés sur certaines îles comme Europa sont d’importance nationale, voire internationale.

La faune introduite

Historiquement, les explorateurs ont introduit sur les îles un certain nombre d’espèces animales et végétales emportées pour leur consommation, leur compagnie ou leur valeur ornementale. D’autres espèces, les escortant à leur insu tels que les rats occupant les cales des bateaux, ont été introduites parallèlement de manière involontaire. Ce cortège d’espèces a aujourd’hui un fort impact sur les terres colonisées.

En effet, les îles océaniques sont très vulnérables aux introductions d’espèces normalement absentes de leur écosystème. Dans les différentes îles Éparses, six espèces de mammifères et six espèces d’oiseaux ont été introduites et naturalisées. Si l’impact de ces espèces sur certains taxons est avéré en raison de leur position de prédateur ou d’herbivore (comme les chats ou les chèvres), la menace représentée sur d’autres taxons est encore mal connue à ce jour et probablement sous-estimée (impact sur l’entomofaune par exemple).