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31 juillet 2017

Journal de bord du Marion Dufresne, août-septembre 2017 (OP2)

A travers le journal de bord rédigé par les touristes, suivez au fil de l’eau, la rotation du Marion Dufresne dans les îles australes (août-septembre 2017).

Sur le départ

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l aventure II

Chalan lé la !

"Comme si,
Comme si, pour accéder au Port ouest, il fallait longer le Théâtre Sous Les Arbres et tourner au rond-point du plus beau banian du monde.
Comme si, dans un coin de la darse, s’était lové un gigantesque monstre vert assoupi et ses jaunes engins de dragage.
Comme si ce dernier avait laissé la majesté du bassin Caillet au Marion Dufresne, affairé et rutilant dans son habit tricolore émérite.
Comme si le mur du cimetière marin avait été blanchi.
Comme si, outre toute la cargaison, de la cale au pont supérieur, on embarquait ceux qui allaient devenir, une fois encore, les résidents éphémères de ces terres.
Et qui est là ? Poucet parmi les colosses, tout juste dans l’eau à quelques heures du départ, au pied de la coque du géant, requérant la permission de passage vers les îles pour rentrer au bercail, implorant les grues du Marion de le lever à bord ? L’Aventure II ! Le mythique chaland de Kerguelen, de retour après sa jouvence obligée de 9 mois à La Réunion.
Comme si le nouvel armateur avait mis tout son soin à faire de ce jour, le plus réussi des appareillages.
Comme si un solaire commandant prenait la tête d’un équipage, jeune et sobre parmi les sobres, qui allait découvrir ces mers.
Comme si des marins malgaches bien connus nous accueillaient en souriant.
Comme si le préfet, administrateur supérieur des TAAF, avait apporté ses mots chaleureux à ce nouveau commencement.
Comme si on allait encore s’entrainer à l’exercice d’abandon, celui qui se vit au propre comme au figuré.
Comme si la météo des premières aubes ne serait pas si désastreuse.
Comme si une corne de brume avait retenti.
Comme si 1000 baleines à bosse fêtaient notre sortie du port.
Comme si, bien arrimée sur le pont de cale, L’Aventure II, déjà, montrait le cap.

Et pas comme si, car pour de bon !

Promis, malgré le blanchiment de l’inscription sur le mur du cimetière, on va encore s’y faire la vie". Laurent Dreano

11 août 2017

"Enfin il est là devant nous "le Marion Dufresne" MarDuf pour les TAAF. Après des mois, que dis-je des années nous y sommes.
Nous sommes accueilli par la préfète. Suite au changement d’armateur un nouvel équipage est à bord, novice dans les mers du sud, on verra bien.
17h, on largue les amarres et quelques baleines nous souhaitent bon vent en sortant du port. Premier repas et première nuit à bord, le sommeil vient difficilement, brassé entre tangage et roulis. Sur le journal de bord de la passerelle l’officier de quart cette nuit a noté "mer forte", ça on a vu !" Jacky Launay

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Coucher soleil 2ème jour

© M.Keriel

Les premiers jours

"Présentation générale des TAAF et petit tour à bord. Mer plus calme que la veille , la nuit fut bonne. Visite de la passerelle et formation à la biosécurité où avant chaque débarquement il faudra laver et brosser bottes, chaussures et passer l’aspirateur dans les sacs à dos, vêtement pour éviter de descendre dans les iles des animaux, graines, spores ou autres.
Une conférence sur la biodiversité des différents districts est aussi organisée. Nous sommes impatient de débarquer mais nous sommes dimanche et l’arrivée à Crozet n’est prévu que mercredi matin.
Le commandant nous invite à un pot d’accueil, dommage je n’avais plus de place pour le smoking dans le sac, mais nous avions apparemment tous le même souci."
Jacky Launay

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visite de la plage avant

© M.Keriel

14 aout 2017

Nous sommes toujours dans l’anticyclone au sud-est de Madagascar, la dépression suivante est plus rapide que prévu et nous laisse finalement tranquille pour le moment. Tout le monde est content et passe le temps entre les conférences dans la salle à côté de nos cabines, l’internet, la salle de gym, et les heures de repas, sans oublier de passer au bar.
A 18 heures nous avons tous rendez-vous sur le pont arrière où est entreposé l’hélicoptère dans son hangar bien au chaud. Il est vrai que la température a chuté de 10 degrés en 24 heures, et que la température de l’eau est de 15 ° comme la température extérieure.
L’hélicoptère, de jolie couleur bleue, comme le porte le nom de sa compagnie « hélilagon ».
Cet écureuil agile, fort de 700 chevaux de puissance maximale au décollage, est capable de transporter 5 passagers à la fois, entre le bateau et la terre, ou 800 kg de fret transporté dans un filet au bout d’une élingue, la charge étant accrochée par le mécanicien, il fera ses rotations tant que nécessaire dans la journée.
Enfin, 18 heures, les 12 touristes sont là, devant l’hélicoptère et écoutant tout ouïe les consignes du pilote : toujours passer par l’avant en baissant la tête et s’installer avec son gilet de sauvetage.
Maryvonne, François et Isabelle, notre suissesse, écoutent avec plus d’attention, c’est leur baptême de l’air avec ce gros scarabée bleu.
La présentation est maintenant terminée, il est temps de rejoindre le bar avant le dîner. La soirée promet d’être bonne, après-demain nous arrivons aux îles Crozet, là ce sera une autre histoire." Dominique Vuillemin

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hélicoptère

©D.Vuillemin

Escale à Crozet

Le 16
"Débarquement à Crozet retardé d’une heure. Les conditions météo étant trop mauvaises pour que l’hélicoptère puisse commencer ses rotations. Le beau temps de retour nous décollons. Reçus officiellement par le chef de district, nous sommes conviés à déjeuner dans la salle de vie commune de la base. Puis nous descendons vers la manchotière où manchots royaux, petrels, chionis, manchots papous, éléphants de mer nous attendent. Puis quelques flocons de neige nous indiquent qu’il est temps de retourner sur le Marion.

Le 17
On reprend l’hélicoptère pour rejoindre la petite manchotière dans la baie américaine (BUS pour les TAAF).Petite colonie de manchots royaux avec nurserie, quelques éléphants de mer partagent la plage ainsi que pétrels géants et chionis. Retour à la cabane arbec pour un pique-nique, merci aux 2 volontaires qui ont portés les bouteilles de bordeaux, car en subantarctique il y a des traditions françaises qui se respectent. Puis retour à la maison, le Marion, qui lui ramène des containers de l’ile via la portière, simple plateforme sur des boudins, sportif comme manip.

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à la petite manchotiére

© M.Keriel

Le 18
Retour à la base pour visite aux scientifiques de l’IPEV qui nous expliquent les travaux et recherches. Après le repas pris dans le bâtiment « vie com » nous sommes conviés à prendre le café chez le nous nouveau chef de district qui vient de prendre ses fonctions,puis nous allons vers le Bollard pour voir des poussins de grand albatros dans leur nid." Jacky Launay

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Benjamin programme 136 Crozet

©L.Dreano

Les oubliés de la baie américaine…

17 août 2017 :
Nous sommes arrivés en hélicoptère dès le matin pour passer une journée entière en milieu naturel. Pascal, le pilote de l’hélico nous dépose progressivement sur la plage. Aux TAAF cet endroit est appelé BUS, comme les moyens de transport urbains. Mais en fait c’est la « baie américaine », plage unique et magique.
Nous quittons la plage et traversons des bras de la rivière pour aller rejoindre une manchotière naturelle. En chemin nous passons sur des coussins où les éléphants de mer ont laissé leur empreinte, nous longeons un lac d’eau douce, le vent nous cingle le visage, des manchots papous s’accrochent à la colline… et nous voilà déjà au-dessus de la manchotière.
Comme il y a moins de manchots qu’aux OP précédentes, nous pouvons descendre sur la plage et passer du temps à proximité des manchots, de leur petits, des éléphants de mer, mais aussi des prédateurs à l’affut : les pétrels. Si l’on souhaite rencontrer les manchots de plus près, on s’installe à une certaine distance, on s’assied sur le sable, et on attend qu’ils viennent à notre rencontre.
Puis il est temps de regagner la baie américaine pour nous restaurer et vaquer sur la plage, jusqu’à l’heure du retour.
A 15 heures trente précises, comme il nous avait été demandé, nous commençons à attendre l’hélicoptère. Cinq d’entre nous ont déjà mis le gilet de sauvetage pour la première rotation hélico. A 15 h 40 certains commencent à entendre un bruit de moteur…. Mais non, c’est le bruit des vagues immenses sur la plage. Nos accompagnatrices essaient d’appeler la base par deux fois, pas de réponse. Le temps passe. Il est trop tard pour rejoindre la base à pied, cela prendrait plus de deux heures et la nuit serait tombée avant. Il est 15h 50 : toujours pas d’hélicoptère…
Allons-nous faire partie de la tradition des oubliés des îles australes ?
« Cà y est…. », cette fois-ci c’est un Albatros qui est pris pour l’hélicoptère. Il va falloir s’organiser : deux cabanes, 4 couchages dans une, deux dans l’autre, on est trop nombreux, on fera des rotations. La réserve de nourriture est importante… et on pourra tenir jusqu’à demain matin. On passera une nuit dans cet endroit incroyable, on verra le soleil se lever….. on risquera peut-être un petit plongeon dans l’eau à 6 ° on….
Soudain, à 17 heures, un oiseau bleu à hélice apparaît dans le ciel : les sourires reviennent sur les visages…. Les rotations d’hélicoptère vont pouvoir commencer. Merci Pascal, tu ne nous as pas oubliés. Nous allons pouvoir continuer le voyage."
Maryvonne Keriel

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un moment capturé

© M.Keriel

Qui a dit qu’il y aurait du mauvais temps ?

"Il est probable que, durant l’hiver austral, le soleil ne puisse pointer tout le temps le bout de son nez.
Sur la base Alfred FAURE, alors que nous étions en train d’admirer l’île de l’Est, recouverte de ces épais nuages d’un aspect mystérieux, angoissant, et en attendant notre retour par hélicoptère sur le Marion DUFRESNE, le soleil et la pluie donnèrent naissance à un magnifique arc-en-ciel tel un escalier vers le paradis ! Tiens, ça me rappelle le titre « Stairway to heaven » de Led Zeppelin.
D’après les hivernants, cela arrive souvent à Crozet.
C’est à ce moment précis que j’ai eu l’idée de saisir en photos le passage de l’hélicoptère à travers cet escalier coloré. C’était loin à ce que cela ressemble à l’image de « Mon petit poney » mais ce fût fort agréable." François Meranger

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arc en ciel à crozet

F.Meranger

Escale à Kerguelen

Le 21
"départ en hélicoptère pour la cabane Laboureur. Le temps de laisser les affaires à la cabane, nous partons pour une ballade. Des BLO derrière chaque rocher, ah c’est vrai nous sommes à terre nous pouvons dire le mot, Lapin et pas BLO (bête à longues oreilles), puis nous croisons un troupeau d’une dizaine de rennes , tous assez maigre, la végétation locale étant pauvre en valeur nutritionnelle. Arrivée à la rivière qui se jette dans le fond du bras Baudissin, Camille nous pêche en 3 minutes une superbe truite qui agrémentera le repas du soir.

Le 22
Après une nuit en cabane Laboureur, petite ballade avec pique-nique puis retour à la DZ où nous reprenons l’hélicoptère pour revenir au Marion Dufresne

Le 23
Dépose à la grande cascade, en partie encore gelée. 6 cascades tout le long du parcours jusqu’à la cabane Jacky. La encore Camille, pêcheur émérite nous sort une truite arc-en-ciel qui passera au four dans la foulée.

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2e groupe à la grande cascade

©J.Launay

Le 24
Départ pour PAF (Port Aux Français), et oui les TAAF sont le royaume des acronymes. En chemin Joris notre accompagnateur fait aussi bien que Camille la veille en sortant une autre truite et la remet à l’eau.Les éléphants de mer mâles commencent à arriver pour se réserver un territoire sur la plage ou les femelles les rejoindrons plus tard. Quelques manchots papous sont là et 3 rennes parsèment notre parcours jusqu’à la base ou le déjeuner nous attend dans la « vie com ».

Le 25
visite base, météo, coop, poste, geofit, cnes(suivi satellite), labo scientifique pour l’étude des animaux autochtones et importés. Après le déjeuner à la VieCom, nous sommes convié à la résidence, où la nouvelle chef de district de Kerguelen nous offre le café et des petits choux à la crème, préparés par la nouvelle pâtissière qui va rester un an sur base.

Le 26
départ pour PJDA, (Port Jeanne D’Arc), ancienne usine baleinière. Nous visitons les ruines de l’usine construite par les norvégiens et laissé en l’état pour sa valeur patrimoniale. Puis le Marion Dufresne sort de la baie du Morbihan pour se diriger vers Amsterdam que nous devrions atteindre dans 2 à 3 jours " Jacky Launay

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truite de Kerguelen

© J.Launay

Kerguelen

"Après les îles Crozet et deux jours de mer, le jour s’est levé sur L’archipel des Kerguelen. C’est l’hiver austral ; nous avons rejoint la Cabane Laboureur (Jules) par un vol d’hélico dans un festival bleu et soleil. Puis, à pied en passant devant des lacs d’eau douce avons rejoint la cascade Baudissin. Là, plus de liaison radio pendant deux heures. C’est le bout du bout… du monde. On pourrait vivre de chasse et de pêche… mais nous sommes revenus à portée de lien et avons passé la nuit dans la cabane au bord de l’eau. Le lendemain nous sommes allés admirer le paysage depuis les sommets proches : souffle coupé par le vent et par la vue. Pour la deuxième expédition avec nuit en cabane, départ de la grande cascade où l’eau givrait en touchant le sol, puis traversée de paysages lunaires (enfin, ce qu’on imagine de la lune…), descente au bord de la rivière qui s’encascade à plusieurs reprises, pour rejoindre la mer en bas. Tout est majestueux jusqu’à ce que nous soyons confrontés avec tristesse aux dégâts causés par l’homme il y a longtemps : un goeland s’est cogné en vol contre un gros piquet de fer et s’est cassé une aile. Nous ne pourrons pas le sauver mais, dans le cadre de l’opération « un transit, un déchet », l’oiseau est photographié, le point est repéré sur le GPS, le piquet est enlevé et ramené à dos d’homme par nos accompagnateurs. Un deuxième piquet subira le même sort. Cette opération est menée sur Kerguelen à l’initiative des agents de la réserve naturelle et a permis d’extraire plus de 40 kg de déchets depuis le mois de mars. Nous longeons ensuite le bord de mer et rencontrons 4 pachas qui constituent leurs territoire et attendent les femelles pour la reproduction, des manchots papous, et avant d’arriver à la base des TAAF, quelques rennes importés qui sont maintenant intégrés sur l’île. Nous avons l’impression de fouler des espaces encore inexplorés, chaque parcelle de terre, de mer est un régal pour les yeux et le cœur et nous incite à vivre le moment présent. Mais Kerguelen a aussi une longue histoire et les hommes y ont laissé leurs traces, certaines sont enlevées, d’autres conservées, comme l’usine baleinière de Port Jeanne d’Arc que nous avons vu le dernier jour, qui fait partie du patrimoine. L’homme conquérant est devenu homme protecteur." Maryvonne Keriel

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en chemin vers Baudissin

© M.Keriel

Les mouches sans ailes volent-elles en hiver ?

"Pour nos Aventures aux Kerguelen nous avions choisi le nom de Compagnie des Cœurs Volontaires, en hommage à Raymond Rallier du Baty et à son éminent traducteur embarqué, et parce que ce nom nous allait bien. Le récit du voyage du marin breton de 1907 à 1909 « 15 000 miles in a ketch », publié à Londres en 1911 mais traduit en Français seulement en 1991, était devenu notre livre de chevet, dans les roulis comme dans les tangages.

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Renaud traducteur du livre Aventures aux Kerguelen de R Rallier du Baty

© L.Dreano

Pour aborder cette étape cruciale de notre périple, nous étions coachés par une équipe de scientifiques aguerris. Outre le dieu et trésor vivant Christophe G., véritable Lionel Messi des mammifères marins, dont les conférences sur les orques et les éléphants de mer nous passionnaient jusqu’au bout de la nuit (et de la bouteille de Bowmore), nous entamâmes nos observations par une première visite au Biomar de Crozet. Sous la conduite de l’excellente France M., merveilleuse Angélique, marquise de la baie américaine des anges, nous eûmes la chance de rencontrer deux docteurs en manchologie : les professeurs Denis M. & Benoit V. ainsi que le grand albatrologue Nicolas M. qui nous renseignèrent, conseillèrent et mirent en garde. Nous devions compléter ces informations par des rendez-vous à Kerguelen avec Stéphanie C., délicieuse météorologiste du bout du monde et avec le docteur Sameul P. spécialiste en poussinages et en pétrologie.

Enfin nous obtînmes une audience exceptionnelle auprès de sa sainteté le Pope-chat Clément 67, dernier de la lignée dans cet ordre exclusif qui, en sa pieuse miséricorde, nous accorda quelque indulgence.

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Ker audience popchale

© L.Dreano

Nous reviendrons sur les apprentissages essentiels que nous prodiguèrent également les fameux guides verts, valeureux conducteurs de troupes, Benoit G. et Camille L., -nos cicérones et nos mentors, Starky et Hutch de Ker-, qui nous menèrent sur les sentiers des vertébrés. Et ce, tandis que le professeur Benjamin F. à Crozet et les émérites Miguel B et Matteo T. à Kerguelen nous éclairaient sur les chemins subtils empruntés par les invertébrés. Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés pour leur accueil, leur accompagnement et leur disponibilité, comme les autres Bilbos que nous prions par avance de nous pardonner de ne pas les citer tous à ce stade. Sans eux, cette expédition fut vouée à l’échec.

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les hommes verts de Ker

© L.Dreano

Dans l’archipel, certes désolé mais loin de toute désolation, notre programme avait été mûrement négocié par Clémence, bergère de l’optimisme devant l’éternel. Nous devions inspecter deux cabanes pour en vérifier l’adéquation à un prochain programme de valorisation éco-touristique ainsi que les installations de la base de Port aux Français (P.A.F. en taafien). A notre primo-aventure s’ajoutait l’Aventure II, le retour du chaland de Kerguelen que le Marion ramenait à P.A.F. après ses infortunes sur des rochers en octobre dernier. Les hivernants l’attendaient impatiemment pour retrouver un moyen de déplacement dans les eaux du golfe. Sur les nombreuses mésaventures que la mission 67 a vécues en feuilletons, nous renvoyons notre lecteur aux rapports internes du Disker ou aux chroniques secrètes du Onzker. Elles furent symboliquement illustrées par les trois chats noirs dévorant Kerguelen qui figurent sur le tampon de la mission.

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le chat dans les tampons de Ker

© L.Dreano

Ces deux cabanes que nous allions visiter ont un régime bien différent. Mais avant d’en commenter l’itinéraire et le couchage, notre lecteur nous pardonnera de revenir sur l’état de la mer pendant la traversée. Certes il aurait souhaité un récit de terreur météorologique et de houles diaboliques, bourré de coups de tabac, de démembrements de vergue, de Marion Dufresne balloté par les éléments, dont le capitaine n’eut plus que l’optimise de la volonté et la force du poignet pour maintenir la barre. Il aurait attendu le témoignage de passagers à quatre pattes, errant dans les coursives à la recherche de la poubelle écobio pour y régurgiter les restes d’un repas à peine ingéré… Que nenni, il nous faut le reconnaître, le voyage, jusqu’à présent, fût celui de la sérénité et d’un commandement qui affronta des mers et des vents, parfois forts, mais point à faire de nous des victimes de la colère d’un dieu mécontent ; et propre à maintenir, plus souvent que de coutume, les verres à pied au déjeuner.

Arrivés par une aube radieuse, à peine le bateau ancré dans la baie de l’aurore australe bien nommée, que déjà nous empruntions la rivière du château. Elle descend d’un cirque montagneux aux sombres crénelages, laissant sur sa rive droite la grande cascade, dite cascade de Floréal, (depuis que les marins de la frégate s’y sont baqués dans le plus simple appareil). Nous cheminâmes entre quelques névés dans des landes parsemées d’acaena et d’azorelle, brulées par l’hiver et le froid. La cabane Jacky se situe en amont de la rivière du sud, à la sortie du val Studer, (du nom d’un entomologiste bernois amateur de Milka qui participa à l’expédition de la Gazelle en 1875), chemin que Rallier du Baty avait emprunté lors d’une promenade exploratoire. Jacky domine un terrain sec de cailloux, ordonnés et rangés en ligne par le gel. Cabane mémoire, cabane barbeuc pour les hivernants, cabane belvédère aérée avec vue de son trône sur le Mont Ross par temps dégagé et sans jumelles. Nous fîmes honneur au dîner composé de Kersoulet, préparé à l’avance par Sébastien, le cuisinier de la base et constatâmes que les souris étaient plus discrètes en hiver qu’à l’automne dernier. De la cabane, on gagne facilement P.A.F. en croisant quelque mammifère et oiseau marin de retour sur la grève, pachaléphant né pétaradant et papou affairé, tels un marsupilami préparant son nid. La vue soudaine de trois rennes nous remplit de joie, nous rappelant à nos souvenirs d’enfance tout en goûtant le plaisir de les observer non plus obligés de tirer le traineau d’un grabataire sur la voie lactée d’un ciel boréal, mais rendus à leur liberté toute australe.

L’arrivée dans le bras Jules Laboureur et à sa cabane éponyme, au fond occidental du golfe du Morbihan, fut bien différente. Propulsés sans vélo ni voitures par les bons services d’Hélilagon et le pilotage attentif de Pascal (que complétait toujours la préparation mécanique rigoureuse de Pascal, l’autre), nous étions plongés dans une atmosphère aussi minérale que maritime, environnés de moules, de cormorans, de canards d’Eaton et de sternes de Kerguelen. Quelle ne fut pas notre satisfaction de découvrir que deux sortes de mollusques marins cohabitaient sur la plage : la moule de Ker à casquette et la moule d’Europe ; satisfaction bien vite tempérée par l’annonce que la consommation des coquillages et autre requin-marteau étaient interdite depuis l’extension de la réserve naturelle à la mer.

Au cours d’une promenade dans les hauteurs basaltiques caractéristiques de ce relief si particulier, notre guide nous invita à une « partie de mériz ». Cette manip’ très « écobio » consiste à soulever des pierres. Imaginez quelle fut notre effervescence car, dès que nous soulevions un caillou, nous trouvions l’infâme coléoptère, Merizodus Soledadinus, pullulant et certainement copulant, sous le rocher. Notre exaltation redoubla quand nous repérâmes un minuscule et charmant Nautodiscus, perdu dans la colonie des carnassiers carabes introduits. C’était une vision bien réconfortante car aussi le premier escargot kergelensis que nous admirions. Notre extase fut à son comble quand nous identifiâmes la chenille d’un Pringleo Phaga, papillon sans ailes, dont nous craignîmes un instant pour la postérité, tant les Merizodus malveillants et si proches pouvaient l’inquiéter. Sur tout cela, nous invitons nos fidèles lecteurs, pour une bonne compréhension, à se référer à l’article « Réserv’natons-nous » du journal de bord de l’OP1 2017 et nous y reviendrons par la suite, tant les surprises allaient venir concernant le destin de ces petits êtres sans ailes.

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Ker meriz party

© C.Delcourt

Lors de notre expédition, le bon professeur Benoit, au couvre chef digne du commandant Cousteau, nomma, le lac Casper pour sa forme fantomatique. C’était aussi l’un de ceux dont nous buvions l’eau à satiété car il alimentait la cabane.

De ce séjour nous retiendrons que la température de l’eau était de 6° et que la truite vagabonde sait se faire prendre par qui en a le désir profond. C’est le cas du pécheur Camille, sans conteste roi de la truite en manip’, mais aussi de celui qui fit nos délices gastronomiques en nous offrant la fameuse et rare truite fumée de Régis qu’il préparait si bien. Nous gardâmes, en souvenirs de ces moments, la candeur des petits matins froids quand les ronfleurs d’une nuit sans plumes cèdent la place sonore aux goélands dominicains, et le plaisir de soirées musicales et enjouées, sans cacahuètes, pendant lesquelles nous rîmes de bon cœur en évoquant Coluche et chantant les Frères Jacques et Bob Marley.

Quelle ne fut pas notre émoi lorsque nous apprîmes, par les bons soins de Patrice l’OPEA, que nous irions visiter PégidA. Sous ce nom codé, connu également comme se référant à la pucelle d’Orléans, se cachait la plus incroyable des exploitations humaines et dérèglements écobiologiques ; une histoire mêlée d’asservissements et de détresse animale, une entreprise aux confins des 50e hurlants et de la monstruosité humaine ; et tout ceci pour le seul intérêt de l’industrie du luxe.

C’est à PégidA en effet qu’avait été montée l’entreprise qui allait conduire à l’apparition des papillons et des mouches sans ailes. Contrairement à certaines rumeurs scientifiques, Pringleo Phagagogo et Anatherantaratata Kergelensis avaient, à l’origine, des ailes tout à fait surprenantes, d’une matière et d’une beauté incomparable, telle qu’il n’en existait pas d’équivalent au monde. Un grand confectionneur du luxe parisien qui avait passé, dans sa jeunesse, un hivernage à Kerguelen, en avait remarqué les propriétés. Il eu l’idée de les transformer par un procédé subtil (dont il conserva le secret jusqu’à mort) grâce auquel il fabriquait Les Voilettes Kerz’ailes, d’une élégance extrême pour les femmes de la haute société des salons huppés de France et d’Argentine. Telle une flagrance de Shalimar, les premiers échantillons, aussi aéré que capiteux, eurent un succès épatant et le modiste partit à la chasse aux Kerpapillons, pour leur ravir leurs ailes.

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MsA micro Ker 1

©L.Dreano

Il chercha un endroit isolé pour ne pas attirer les convoitises mais où l’abondance du lépidoptère permettrait de rentabiliser l’affaire et créa de toutes pièces la société PégidA (Papillon sans égide et sans Ailes), sur le rivage camus d’un bras du golfe qu’il nomma Buenos Aires pour de pures raisons de marketing. La nécessité de débusquer le papillon dans un environnement hostile avait nécessité la fabrication de filets ad hoc en boyaux d’éléphants de mer mais la complexité venait de l’excision des ailes de papillon, qui eut requis des ouvrières asiatiques aux doigts fins. La main d’œuvre disponible était essentiellement composée de militaires aux mains épaisses et calleuses et il avait fallu une formation spéciale pour leur apprendre à démembrer les papillons. L’amputation était menée de telle façon que les papillons, atrophiés par le retrait de leur voilure et rejetés à l’extérieur, continuaient à trottiner autour de l’usine comme ils pouvaient. Le gain commercial fut tel que l’opération, déployée à grande échelle, conduisit à l’extinction quasi-totale des Pringleo Phagagogo et qu’il ne resta bientôt plus sur toute la grande terre que des papis sans ailes, plus du tout à gogo. A l’exclamation d’un de ses contremaîtres selon lequel, « on n’est pas sorti de l’auberge », le confectionneur opiniâtre songea à se rabattre sur la mouche. Elle bourdonnait en telle abondance qu’il inventa un système mécanique pour lui arracher les ailes avec soin, car les doigts des hivernants (qui, s’ils savaient gober les mouches, n’avaient pas pour autant la main d’Allah) étaient devenus trop gros pour cette opération délicate mais non moins cruelle. Il pensait ne jamais manquer de matière première en constituant des élevages de l’insecte mais quelle ne fut pas sa surprise de constater que, par une pirouette dont la nature rabat-joie a le secret, les larves et les chenilles, qu’il avait péniblement mises en couveuse, se reproduisaient désormais en donnant des individus dépourvus d’ailes.

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passe de Buenos Aires

©L.Dreano

C’est ainsi que l’entreprise périclita, d’autant qu’entre-temps la mode des voilettes en mouches étaient passée et le thaumaturge façonnier dut abandonner son entreprise australe à tous les vents. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. Nonobstant, la mutation était faite : il n’y avait plus que des papillons et des mouches sans ailes dans la nature taafienne.

Nous visitâmes le site de PégidA non sans une fiévreuse émotion proche de la colère. Tout respirait encore le carnage qui s’était produit sur ce site. Les énormes cuves et arrosoirs à mouches, les filets géants à papillon crevés, les rouleaux d’attrape-mouches périmés, les chaines rouillées d’écartèlement et les ascenseurs à démembrement, les entrepôts de boites de camembert, bidons de crottes de chat, lapins morts, même des stocks de déjections humaines, qui devaient constituer matière en décomposition pour la production de larves… tout avait subi l’usure du temps mais non le devoir de mémoire.

C’est le cœur serré que nous rencontrâmes à Port aux Français l’équipe écobio européenne chargée de reconstituer le patrimoine génétique de la M.S.A. (id. mouche sans ailes). Les professeurs Miguel B. et Matteo T. de Ker travaillaient en étroite collaboration avec le professeur Benji F. du laboratoire Biomar de Crozet Leurs explications scientifiques, leur présentation pédagogique, leur accent chantant, tout fut de nature à nous rassurer sur le sort et l’avenir de ces invertébrés et de la diptère adorée. La mouche sans ailes Anatheranta Aptera n’est pas comme une douche sans eau, une gamme sans do ou une moule sans crème. N’en déplaise au coléoptère, elle vivra sereine et, nous l’espérons, encore longtemps.

Elle trottine à jamais dans le bestiaire des australes et vole, été comme hiver, dans nos cœurs éblouis."

Laurent Dreano. Le Gai Laboureur

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chenille de papillon et merizodus avec flèches

© L.Dreano

IMPRESSIONS du temps suspendu au bout du monde…

"A un peu plus de mi-parcours de notre voyage nous voilà repartis, en direction de notre dernière destination : l’île d’Amsterdam.
Nous avons déjà pu en prendre plein les yeux depuis notre départ de la Réunion.
L’océan Indien ou austral à perte de vue, tantôt houleux, tantôt clément, tantôt ténébreux, tantôt lumineux, le soleil ou la lune s’y reflétant et lui donnant toujours une teinte et une atmosphère unique, le redécouvrant chaque instant. Il nous accompagne, nous berce, nous secoue mais toujours magique et majestueux !

Nous avons déjà mis le pied à terre et découvert une infime partie de 2 îles des TAAF ; Crozet et Kerguelen. Mais déjà, quelles impressions différentes ! En arrivant sur Crozet, je me souviens avoir eu la réflexion suivante en découvrant la vue sur ce morceau de terre au réveil, le Marion Dufresne mouillait dans la baie du marin (BdM pour les intimes) : « Wow, les gens qui vont débarquer là vont vivre un an ici sur ce bout de caillou isolé en plein milieu de… nulle part, et finalement au cœur du monde à la fois, à une vingtaine de personnes ». Cela m’a paru envoutant ! Où encore sur Terre peut-on se retrouver dans ces conditions ? Isolés du monde mais récréant une communauté, voire une famille pour certains, dans des conditions tout de même hostiles, il faut le garder en tête, terre volcanique battue par les vents et la pluie mais aux paysages fantastiques de bout du monde. Il faut dézoomer et se rendre compte d’où nous sommes sur le globe ! Plage de sable noir sauvage et brute de la baie américaine, avec 2 petites cabanes pour rappeler la présence de l’homme, qui termine une vallée surplombée de monts enneigés (934m quand même le Pic du Mascarin) ! On se sent seul au monde avec la nature et c’est bon, (même s’il fait froid) !

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Baie américaine Crozet

© A.Dewas

L’impression à Kerguelen fut bien différente de celle de Crozet, idem, réveil dans le golfe du Morbihan avec le lever du soleil qui illumine les montagnes, dont le Mont Ross culminant à 1850m, la multitude d’îles et la base de Port-au- Français posée dans cette étendue « déserte ». On se sent moins pris, pour ma part en tout cas, par l’isolement et la solitude du lieu comme j’ai pu l’avoir pour Crozet. L’horizon est vaste, les paysages divers, la base bien plus grande, éparpillée et presque « urbanisée ». Je me suis dit « je peux comprendre tous ces explorateurs, aventuriers ou entrepreneurs qui ont cru y voir un eldorado et se sont finalement tous cassés les dents ». Ce n’est pas pour rien que les Kerguelen sont surnommées îles de la Désolation. Pourtant, lorsqu’on se fait déposer au fond d‘un bras de mer en hélico, qu’on survole cette immensité de nature intouchée, ou presque, par l’homme pour dormir une nuit dans une cabane (ces cabanes qui sont pour la plupart les lieux de vie pour les scientifiques en mission) le même sentiment d’être seuls au monde face à la nature nous submerge…

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cirque chateau Kerguelen

© A.Dewas

Nous avons également pu goûter quelques instants à la vie sur base, à Crozet, comme à Kerguelen, car oui ce voyage nous en fait prendre plein les yeux de paysages et scènes magnifiques et d’animaux sauvages marins, mais c’est également des échanges avec les gens et cela ne rend le voyage que plus riche ! Un mélange de populations et d’horizons, de motivations et d’expériences dont la découverte donne une dimension encore plus forte à ce voyage ! Ce voyage en bateau n’est qu’une parenthèse pour beaucoup, sauf pour nous touristes, pour qui il est une fin en soi, mais cela reste un moment fort et intense de relations humaines, des tranches de vie partagées… Des scientifiques, des contractuels, des militaires, du service technique, du personnel des TAAF, des touristes, des marins (…) tout ce beau monde mélangé le temps d’une rotation, celle de notre OP, l’OP2 2017." Aurore Dewas

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Jacky OP2 groupe2

© A.Dewas

Port Jeanne d’Arc ou PJdA de son nom de code TAAF.

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PJDA vue du ciel

© A.Dewas

"Même à l’autre bout du monde on peut faire de l’urbex. L’urbex c’est l’exploration de lieux abandonnés, Urban Exploration, où la nature reprend peu à peu ses droits. Mais PjdA c’est plus que ça…
PJdA autrefois village baleinier dans lequel vivaient 300 personnes exploitant la graisse des baleines pour en faire de l’huile pour allumer nos lampadaires et faire diminuer le crime dans les villes européennes et australiennes pour faire de gros raccourcis ! Une histoire peu glorieuse mais notre histoire quand même…
Cette histoire hante bien ces lieux abandonnés en 1926, classés désormais patrimoine historique, certains bâtiments ont d’ailleurs été retapés à l’identique… L’âme même de ces lieux est encore bien présente…
Balladez-vous une nuit et vous aurez peut-être la déconvenue de croiser un revenant… Celui de l’administrateur qui vous guette depuis sa chambre à l’étage. Parait-il que son lit là-haut possède encore son empreinte sur le matelas…

La petite salle derrière la cuisine vous ferait également froid dans le dos, une petite table, 2 chaises, pas grand-chose de plus mais on verrait bien un vieux couple vous poignarder du regard les dérangeant dans leur vie austère du bout du monde, amers de cette vie hostile et brutale.

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derriére la cuisine

© A.Dewas

Grincements de portes, taules rouillées, telles les complaintes de cet endroit et de la vie qui l’abandonna peu à peu. Barques désossées, cuves lacérées de rouille, chaines et piquets repartis à la mer, tous témoins de vies dures et austères quittant peu à peu ce bout de terre aux confins des océans.

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logement abandonné

© A.Dewas

Cet endroit est encore empreint de cette histoire, on se sent épié depuis les carreaux de la maison, le vent vous glace le sang mais pas uniquement de froid. Quelques tombes là-bas au loin surplombent les lieux et nous rappellent que cette terre en a anéanti plus d’un. Terre de rêves de fortune qui devint ruine et sur laquelle souffle les plaintes du vent, voix criante de ce passé poignant…" Aurore Dewas

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cimetiére

© A.Dewas

Belle Nouvelle-Amsterdam

Via l’heliport d’Amsterdam
On a pu débarquer
Hivernants, hivernés,
Touristes et passagers
Accueillis par le Disam
Ptits croissants et cafés
Trois jours à randonner
Dans les douces contrées

Dans l’île d’Amsterdam
Tout de vert revêtus
Y a des ResNat qui comptent
phylica, cirpes, feuillus
Et dans les hauts d’Amsterdam
Dans une brise légère
A la pointe Bénédicte
On y analyse l’air

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agents RN

© I.Fernandez

Dans l’île d’Amster’Dames
Y a Marnou et Marine
Audrey, Claire et Manon
Belle présence féminine
Avec tous les ptits gars
Ils veillent sur cette île
Sur les jeunes otaries
Les gorfous, les albas
Et la langouste sent bon
Depuis l’fond des cuisines
Que nos grosses faims invitent
A revenir en plus
Puis on se lève en riant
Des souvenirs plein la tête
On migre vers l’cabanon
Pour bien finir la fête

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gorfou sauteur

© I.Fernandez

Sur la DZ d’Amsterdam
On va réembarquer
Hivernants, hivernés,
Touristes et passagers
Qu’ils sont durs les adieux
De ces terres australes
Des visages radieux
Aux visages bien pâles
Et on se tord le cou
Pour un dernier sourire
Jusqu’à ce que tout à coup
L’hélico nous en prive
Alors le geste lourd
Alors le regard fier
On retourne tous à bord
Laissant des amis à terre

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groupe avec Mathias chef de district à la résidence

© I.Fernandez

De la nouvelle-Amsterdam
Y a des marins bien tristes
Et des mains qui s’agitent
Et des yeux embués
On boira à la santé
Des marins d’Amsterdam
Des femmes et du Disam
Et toutes les autres âmes
Qui lui donnent leur joli cœur
Qui lui donnent leur année
Pour une nature préservée
Pour une mer bien gardée
Et quand on l’a connue
On ne l’oublie plus
Ni gens, ni les gestes,
Ni les cœurs, ni le reste
Belle nouvelle Amsterdam
Belle nouvelle Amsterdam

Largement inspiré par J.Brel. Isabelle Fernandez

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otarie

© I.Fernandez

AmsPaul

29 août au 1er septembre 2017

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à la sieste

©M.Keriel

"Après les îles Kerguelen, nous remontons vers le nord-est en direction de St Paul et Amsterdam. Le bateau roule un peu mais les 40èmes ne rugissent pas à notre passage. Retour dans l’océan indien. Amsterdam : île volcanique où nous retrouvons odeurs de la nature, herbes et arbustes, fleurs… et celles qui nous attendrissent mais que l’on ne peut ni caresser ni adopter : les otaries qui aboient comme des chèvres. En mer ce sont des nageuses très joueuses qui nous invitent à les rejoindre et faire la planche avec elles.
Nous passons trois jours sur l’île avec deux nuits en cabanes où nous organisons un concert de ronflements improvisé. Nous croisons la route d’un gorfou sauteur perdu. Nous contribuons au repeuplement des arbres indigènes et replantons chacun un phylica arborea, dans le cadre du programme de restauration de la réserve naturelle des TAAF. Nous respirons l’air le plus pur du monde. Nous mangeons la fameuse langouste d’Amsterdam…. Et nous profitons de la douceur de l’air et du soleil. Mais St Paul nous appelle et le Marion Dufresne profite de notre sommeil pour nous y amener et nous savourons le paysage lors d’un survol de l’île en hélicoptère.
Nous sommes sur le chemin du retour vers la Réunion.
La découverte de ces espaces et espèces protégés est assez décapante. Voir flotter le drapeau français sur ces îlots du bout du monde est assez surréaliste, presque désuet.
Nous avons partagé 4 semaines avec ceux qui vont servir la France (les militaires qui assurent le fonctionnement technique des bases) avec les scientifiques qui passionnément mènent leurs recherches et observations, avec les personnels des TAAF qui une fois par an vont visiter les équipements, avec l’équipage enfin, qui est tout nouveau puisque l’armateur a changé pour cette rotation.
C’est aussi une expérience humaine intense qui se vit là à chaque rotation, avec les uns qui montent, les autres qui descendent du bateau et ceux qui y passent un mois. Personne n’est indemne à la fin. " Maryvonne KERIEL

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depuis ams

©M.Keriel

Sur le retour

Falling in love with TAAF

"As-tu vu, le vent a forci
Quand à Crozet j’ai cru laisser mon cœur,
L’as-tu su, le vent a molli
A Kerguelen l’aube était pure et belle.

Comme un albatros, le Marion Dufresne
Glisse élégamment et la mer en est ravie

Amsterdam, Saint Paul réunis
Et dans les scirpes on chantera la vie.

Comme une otarie, le Marion Dufresne
Marsouine aisément et la mer en est ravie.

Terres australes vous m’avez conquis,
Vous Habitants, d’un jour et de toujours

For we can’t help falling in love with you."

Interprétation originale le 4 sept. 2017 – Aurore Dewas & passagers touristes du Marion Dufresne OP2-17
©Laurent Dreano pour les paroles, d’après Elvis Presley – Can’t help falling in love

Un Astro et on rentre

"Pour l’avant-dernier jour de cette réjouissante « OP2 », ce 7 septembre, le Marion Dufresne rejoignait l’Astrolabe, telle une baleine son baleineau. L’Astrolabe arrivait tout droit de Bretagne, sorti des chantiers Piriou et baptisé à Concarneau le 12 juillet dernier.

Rappelons que L’Astrolabe est né de l’union du célèbre Gastrolabe, le navire logistique bien connu des estomacs secoués, affrété par les TAAF et l’IPEV, qui assurait le ravitaillement des bases antarctiques françaises en Terre Adélie, et du patrouilleur Albatros, de la Marine nationale qui menait des missions de souveraineté et de surveillance dans les mers Australes.

Pour ce rendez-vous matutinal en mer, les deux navires ont exceptionnellement cheminé de concert en un petit ballet, rythmé par les manèges de l’hélico. Ils ont consenti quelques photos communes avant que l’Astrolabe ne poursuive sa route vers la pointe des Galets, où il était accueilli par le fier Floréal. Flo n’a pas soufflé, ni donné de la nageoire caudale, Flo n’est pas une baleine, Flo est une frégate. Flo a éternué 17 coups en signe de bienvenue tandis qu’Astro faisait son entrée, à la fois dans le Port et dans la grande famille de la Marine Nationale.

Alors on a compris que le voyage touchait à sa fin et qu’il faudrait bien admettre que nous allions nous séparer. Que ceux qui avaient vécu une année hors du commun dans ces districts lointains allaient retrouver une autre vie, ou des proches à qui il serait étrange, peut-être, de raconter vraiment Qu’on allait quitter le Commandant Eyssautier, le 2nd Capitaine Bulot, le Chef Mécanicien Roquette et tous ceux de ce lumineux équipage franco-malgache qui, de la cale à la passerelle et au bar sans alcool, avaient remarquablement conduit le Marion pour cette rotation, première L.D.A., qui ajouterait encore au mythe, toujours renouvelé, des Australes." Laurent Dreano

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Astrolabe vu du MD 2

© L.Dreano

Taaf septembre

Jamais la fin d’hiver, n’avait paru si belle,
Les manchots de retour feront de beaux poussins
Partis pour une année les mammifères marins
Seront au rendez-vous des grèves du béguin.

Quel vent glacé pour murmurer ton nom
Celui que le pétrel dessine dans le ciel
Entre Crozet et Kerguelen
Berce la houle cette rengaine
Terres désolées mais sans désolation
Hommes isolés mais sans isolement…

Pourtant ce ronflement, annonce l’arrivée
D’un touriste en cabane, ou serait-ce un pacha
Revenu s’accoupler, ou bien l’Hélilagon
Ou les trois à la fois, ma foi je ne sais pas.

Quels jolis flots pour quitter son district,
Base étoilée. Ceux qui, le temps d’un an,
Auront connu mille manip’
D’un collectif bien peu classique ;
Peut-être un jour songeront-t-ils enfin
Embarquer à nouveau pour ces austraux destins.

Moi j’ai vu les labos où la mouche sans aile,
Avec ses poils aux pattes, se prend pour une artiste.
Et déjà ce matin son souvenir m’appelle,
Quand te retrouverai-je, belle Anatheranta ?

Quel souffle doux pour rentrer au pays,
Comprendront-ils, ceux qui n’auront pas su ?
Qu’entre Saint Paul et Amsterdam
On peut rêver d’une langouste.
Que le Marion emporte et puis revient,
Bel équipage au commandant serein.

Jamais la mer calmée n’aura paru si belle.
Salut à l’Astrolabe, le nouveau qu’on rejoint,
Avant tous de partir, tels les grands pétrels,
Car il faut se quitter, pourtant l’on s’aimait bien.

Laurent Dreano- d’après Septembre (Quel joli temps) Barbara – OP2 / sept. 2017

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le groupe
arc en ciel à crozet
phylica
gorfou sauteur
têtes de chat