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Journal de bord du Marion Dufresne OP4-2017 (décembre)

Un voyage à part dans nos mémoires.

Nous avons vécu des moments forts comme l’arrivée à Crozet où nous étions immédiatement entourés de manchots que la plupart d’entre nous voyait pour la première fois, le séjour à la Bay US où nous serions bien restés une nuit, le passage au sud de l’île de l’Est au soleil couchant, le survol en hélicoptère du Golfe du Morbihan pour rejoindre la cabane Laboureur, la réception par Annabelle à Port-aux-Français, l’arrêt à Saint-Paul au soleil levant, le passage devant les falaises d’Entrecasteaux et tous les départs des îles au bord de la DZ où on ressentait si fort l’émotion des hivernants, ceux qui restaient comme ceux qui partaient, etc.
Notre équipe remercie ceux qui ont fait de ce voyage une réussite :
• Le commandant Eyssautier et tout son équipage qui nous ont amenés à bon port et par la route la plus carrossable. Après avoir lu la littérature sur les îles australes on était tous dans l’appréhension de conditions de mer difficiles. Ça n’a pas été le cas et le mérite en revient au navigateur. Nous avons tous apprécié l’accueil à la passerelle et la simplicité des échanges avec chacun d’entre eux.
• Les cuisiniers et le personnel hôtelier pour leur efficacité et leur gentillesse. On leur doit quelques kg supplémentaires et on n’est pas près d’oublier la montagne de langouste du réveillon de noël.
• Alexandre l’OPEA pour son organisation et sa rigueur. Cela n’a pas dû être facile de concilier au quotidien toutes les contraintes de la mission.
• Christian, Damien et toute l’équipe d’assistance de l’hélico pour leur professionnalisme et les transferts magnifiques qu’ils nous ont offerts.
• Les scientifiques et les techniciens qui nous ont consacré du temps dans leur discipline respective et qui nous ont énormément appris à l’occasion des repas ou des conférences. Ce qui constitue la richesse de ce bateau c’est cet incroyable carrefour de métiers et de compétences
• Les accompagnants de la Réserve Naturelle qui nous ont guidés, informés et ont partagés nos séjours dans les cabanes
• Une mention spéciale pour Agathe pour son dynamisme et son enthousiasme
De la même façon que les 3 mousquetaires étaient 4 et bien les 12 voyageurs étaient 13 avec Clémence qui nous a accompagnés. Nous tenons à lui adresser nos remerciements pour sa patience et son travail.
Introduction par Francis lors de l’apéritif offert par les passagers, au nom de toute l’équipe : Axel, Christian, David, Dominique, Gérard, Jean-François, Jean-Paul, Mariig, Mickaël, Stéphanie et Thierry.

Propos qui concluront si bien aussi notre journal de bord dans les terres australes.

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fin du voyage

Journal de bord rédigé par Jean-François Hogrel et Francis Nativel avec la contribution et le soutien de Marie-Christine Nativel, Domnique Gineste ainsi que Stéphanie André et David Amberg pour les photos.

A bord du Marion-Dufresne

Mais que font-ils donc à bord du Marion-Dufresne entre leurs escales ? Comment se passe la vie quotidienne à bord finalement ?
Petit déjeuner à partir de 7 heures chaque matin, déjeuner et dîner en 2 services à 11h et 12h15 d’une part, 18 et 19h15 d’autre part, avec généralement une conférence ou un documentaire en milieu de matinée et en milieu d’après-midi, sans oublier le soir une projection.

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la vie sur le MD

© JF.Hogrel

Sur le pont, mais lequel ?

Nous autres passagers en découverte avons d’ailleurs l’avantage de loger dans des cabines situées sur le pont F, à quelques mètres de la salle de conférence, de la buanderie et le PC science dont nous profitons, sans oublier l’espace dédié à la bio-sécurité dont nous vous avons plusieurs fois parlé.
Au pont E se trouvent le « forum » avec son bar et l’espace convivial qui y est aménagé, l’espace restaurant et en sortant le bureau de l’OPEA (officier pour les expéditions australes) où sont notées toutes les animations et les plannings d’embarquement sur l’hélico, le bureau du Préfet des TAAF au cas où il joindrait l’expédition et la boutique des TAAF, etc. Du pont E, on accède directement à l’extérieur d’où on peut joindre l’avant du navire avec ces cales immenses et ses 2 grues et à la plateforme de manutention de l’arrière.
La salle de consultation des médecins (1 qui arrive et 1 qui quitte), la salle de soin et la salle de repos est localisée au pont D ainsi que des cabines différemment aménagées.
Et aux ponts A, B, C nous n’entrerons qu’une fois ce matin pour une visite des cales, de la salle des machines qui comprend 3 groupes de production d’électricité de 3000 kW qui alimentent les 2 moteurs de propulsion à courant continu, de la gestion des utilités du navire, etc.
Tout aussi dessus de nous, au pont G, cabines et bureaux des officiers. C’est de là que nous accédons à la plateforme hélico pour les transferts.
Enfin au pont H, c’est la passerelle du bateau avec sa vaste façade vers l’océan et tous les postes de supervision et de commande indispensables par tous temps. C’est sur ce pont aussi, qu’on trouve la bibliothèque avec deux ordinateurs en libre-service et de quoi faire un peu de « sport en salle » !
Ces ponts sont reliés à l’intérieur par deux cages de deux escaliers où l’on se voit sans se rencontrer et à l’extérieur par un ensemble d’escaliers et de passerelles qui communiquent différemment à bâbord ou à tribord. C’est par elles que l’on accède tout en haut du bateau sur la plateforme panoramique située au-dessus de la timonerie.
Voilà tout de même de quoi s’occuper, admirer la mer, profiter de l’approche des îles ; voilà qui favorise les échanges de toutes sortes, sans oublier ce « journal de bord » qui reçoit de plus en plus de contributions !

Et au-delà de ce quotidien

La vie à bord, ce sont aussi tous ces moments conviviaux qui s’y succèdent au fil de la rotation, auxquels participent tous ceux qui sont là, passagers, scientifiques, équipage et marins disponibles, les pots d’accueil, les nouveaux arrivés lors des escales, les tampons sur les courriers partant avant chaque escale, le réveillon de noël, le barbecue du retour sur la DZ, etc. Nous-mêmes, notre groupe de passagers en simple mission de découverte, avons participé à cette animation le 27 décembre au soir. le pot des passagers. Quelques images de ce maelström :

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buffet de noël
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vie au forum
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BBQ sur la DZ
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au forum

© JF.Hogrem

Portrait : Alexandre Trouvilliez- L’OPEA

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Alexandre OPEA

Alexandre a eu la gentillesse de trouver un créneau dans son emploi du temps serré pour présenter son rôle sur le Marion-Dufresne.
« A bord, il assure la fonction très particulière sur le bateau d’OPEA (officier Portuaire de l’Expédition Australe) qui regroupe différentes missions.
Il établit les priorités suivant les besoins exprimés par les différents services des TAAF et par leurs partenaires, validées par le Préfet Administrateur des TAAF pour chaque escale.
En fonction de ces priorités, il donne les instructions à :
• L’équipage du Commandant Eyssautier
• L’hélicoptère embarqué (Christian le pilote et Damien le mécanicien)
• L’accompagnante touristique Clémence
• L’ensemble des passagers
En inter-escales, il établit le programme de la journée qui consiste en :
• Différentes formations à la sécurité sur le bateau, sécurité hélicoptère et à la bio-sécurité
• Propositions de conférences après avoir sollicité divers passagers du bord : scientifiques, sociologue, contrôleuse des pêches, archéologue et documentariste, plongeurs…
Pendant toute l’OP, il établit un dialogue permanent avec les trois chefs de district dénommés Discro (Crozet), Disker (Kerguelen) et Disams (Amsterdam). En fonction des disponibilités et des contraintes de chaque partie (équipage, districts, missions embarquées…) et de la météorologie, il établit le déroulé prévisionnel des opérations qu’il dirige et adapte de manière permanente sur chaque district.
Après chaque escale, il rédige un compte-rendu adressé aux TAAF et à aux différents partenaires.
C’est la quatrième rotation d’Alexandre sur le Marion Dufresne, sa première en tant qu’OPEA. Avant de prendre cette fonction, il a participé à deux rotations, l’une dans les Iles Australes, l’autre sur les Iles Eparses en tant qu’OPEA en formation. Cette fonction exige une grande disponibilité ainsi qu’une bonne compréhension des problématiques de chaque partie concernée. Et pour que tout se passe bien, sa mission numéro un est d’assurer la sécurité des personnes et des opérations et pour cela, il se doit de faire connaître les règles de sécurité à bord et sur les districts et de les rappeler le cas échéant afin que tous soient déposés et récupérés sains et saufs.
Nous en profitons pour remercier Alexandre pour son attention au bon déroulement du voyage. »

Informations recueillies par Dominique Gineste

Le programme d’éradication des espèces introduites sur l’île d’Amsterdam

Comme annoncé précédemment, nous avons demandé aux scientifiques en charge du programme d’éradication de nous faire une présentation de leurs travaux. Le texte ci-dessous a été préparé par Baudouin des Monstiers hivernant sur Amsterdam depuis 13 mois et présent avec nous sur le bateau Il est remplacé pour la poursuite du programme sur l’île par Lorien Boujot.

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Détection photographique des chats

© J.F Hogrel

« Une campagne d’été ‘Mamintro’ par la Réserve Naturelle à Amsterdam :
Les espèces animales introduites dans les milieux insulaires sont aujourd’hui considérées comme le principal facteur d’érosion de la biodiversité et de disparition des espèces animales. Dans le cadre de sa stratégie de gestion des espèces animales introduites, la réserve naturelle des Terres Australes Française vient d’inscrire au sein de son nouveau plan de gestion une action ambitieuse de gestion de ces espèces au sein de l’île d’Amsterdam intitulée : Éradication simultanée du chat haret*, du rat surmulot et de la souris domestique de l’île d’Amsterdam.
Une telle action ne pourra se faire sans mener d’importantes études préliminaires notamment sur la faisabilité opérationnelle/technique et scientifique du projet. Un préalable indispensable est donc dans un premier temps d’acquérir des connaissances sur la répartition et l’abondance de ces espèces au sein de l’île mais également de pouvoir être en mesure de cibler les différentes difficultés faisant face à la planification d’un tel programme de restauration écologique. La campagne d’été 2017/2018 vient de lancer les débuts de ses investigations avec une équipe de la réserve naturelle en charge de cette thématique détachée sur le terrain et le maintien sur place d’un agent à l’année. Les principales missions étaient entre autre :

1) De disposer sur 5 nuits successives des lignes de piégeage permettant de calculer un indice d’abondance du rat surmulot sur l’ensemble des habitats de l’île (zones humides, différentes altitudes, colonies d’oiseaux, zone de végétation spécifique,
etc..) mais aussi de connaitre la variation annuelle de ces tailles de populations.

2) De déployer un protocole de CMR (Capture Marquage Recapture) permettant de calculer de manière plus fine la densité en rat sur un site donné. Cette méthode basée sur des calculs probabilistiques de recapture d’individus déjà capturés a nécessité le déploiement de 36 cages sur une surface d’un hectare au sein de la Base Martin de Viviès et des falaises d’Entrecasteaux.

3) D’estimer l’abondance relative en chat haret grâce au déploiement d’un protocole faisant appel à l’utilisation de pièges photographiques sur de longues périodes.
4)D’apporter une expertise sur la présence d’espèces animales exotiques au sein des zones moins connues de ce territoire.

5)Mais également en collaboration avec le programme 1151 de l’IPEV d’investiguer le rôle que pourrait avoir les rongeurs dans le maintien et la transmission du cholera aviaire au sein des colonies d’albatros à bec jaune essuyant un inquiétant déclin de leurs effectifs à cause de cette épidémie.

Ces importants efforts vont être maintenus dans l’avenir mais également nécessiter une synergie avec de nouvelles expertises quelles soient techniques ou scientifiques pour assurer la réussite future de ce projet de restauration de l’île d’Amsterdam mené par les TAAF »

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piége à rats

JF.Hogrel

*Chat domestique revenu à un état sauvage


La Nouvelle Amsterdam

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carte

Arrivant par le sud et contournant l’île par l’est, ce sont d’abord les falaises d’Entrecasteaux, hautes jusqu’à 700 m au-dessus du niveau de la mer qui qui abritent une grande colonie d’albatros à bec jaune et nous révèlent une face cachée et sauvage d’Amsterdam. Mais dès l’approche de la base Martin de Viviès, plus abritée des vents dominants, quelles suprises : des arbres, des cyprès, les premiers vus depuis notre départ de La Réunion, des graminées hautes de près d’un mètre, les tâches plus sombres des scirpes, …et même, une fois débarqués, quelques allergies au rhume des foins parmi nous.

Amsterdam, c’est aussi l’île des otaries ; du phylica arborea, le seul arbre endémique autrefois largement étendu sur la façade orientale et qui avait presque disparu au début du siècle ; d’une tentative d’élevage de bovins à la fin du 19ème siècle, vite abandonné comme les quelques vaches et taureaux importés qui ont proliféré par la suite jusqu’à 3000 têtes jusqu’à leur éradication totale vers 2010 ; des nuisibles, rats, souris, chats qui ont accompagné échouages et tentatives de colonisation humaines. C’est enfin un point de référence majeur pour la mesure du CO2, en particulier, un des points les plus éloignés des activités humaines dans l’hémisphère sud, où se mesure l’augmentation rapide et dangereuse du CO2 et du méthane sur la planète, couplée à d’autres observations sur la qualité de l’air.

Nous allons donc découvrir tout cela au cours de nos parcours autour de la base, ou vers BMG (initiales de 3 prénoms dont l’origine paraît mal connue aujourd’hui), visites à la Pointe Bénédicte, et nuits dans les cabanes Antonelli et Ribault, sans oublier le chaleureux accueil sur la base où les uns ou les autres ont même pu visité la centrale électrique, l’hôpital, un autre accompagner le groupe de la DACOI en mission, d’autres assister à un office catholique la veille de Noël, un dominicain accompagnant notre rotation dans un cadre convention entre les TAAF et l’aumônerie aux armées.

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arrivée

© JF. Hogrel

Premiers moments sur l’île

Nous atteignons à 11h40 le mouillage de la base Martin de Viviès au nord de l’île d’Amsterdam.
Conformément à la tradition, nous sommes accueillis par Matthias Régnier le Disam, qui dans son discours de bienvenu souligne les risques que présentent les otaries et les incendies. En effet, il fait déjà chaud et sec pour la saison. Contrairement aux Kerguelen et à l’île de la Possession, Amsterdam n’a ni ruisseaux et ni rivières. Les besoins en eau des résidents sont assurés par l’eau de pluie recueillie par les 1500 m² de toiture et traitée de façon appropriée.

Nous sommes accompagnés au cours de notre visite par Clémence ainsi que Dominique, Gabriel et Lorien de la Réserve Naturelle. Nous allons passer 2 nuits en cabane, séparés en 2 groupes : la cabane Ribault située en bord de mer à proximité d’une colonie d’otaries à 20 minutes de marche de la base et la cabane Antonelli située sur les bords d’un petit cratère à 1 heure de marche de la base. A la différence des Kerguelen et de l’île de la Possession, des sentiers bien identifiés existent dans les zones accessibles de l’île.

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OP ams

© S.André

Les otaries

Les otaries d’Amsterdam appartiennent une espèce spécifique d’otaries à fourrure subantarctique. Elles sont très présentes sur l’île et pas seulement en bord de mer. Elles se font remarquées par leur cri incessant et leur odeur prégnante. Notre première visite est pour la MAE (mare aux éléphants !) une plage de rochers noirs qui abrite une forte colonie d’otaries. Nous sommes accompagnés par Chloé de la Réserve Naturelle.
Les femelles reviennent en décembre pour mettre bas. Elles sont rapidement fécondables. Elles allaitent leur petit (nommé du mot anglais poups) pendant 11 mois en alternant des périodes à terre et des périodes en mer de plus longue au fur et à mesure que leur pup grandit. La gestation est de 9 mois ce qui signifie que la femelle peut allaiter 2 poups à la fois.
Les otaries présentent un fort dimorphisme sexuel en particulier en ce qui concerne la taille. La femelle est fidèle au mâle dominant qui va bien défendre son poups. Un mâle dominant peut se constituer un harem de 5 à 15 femelles. La reconnaissance entre la femelle et son poup se fait par le cri. La longévité des otaries est de 10 à 15 ans maximum. Elles grandissent toute leur vie et se nourrissent de poissons, de céphalopodes et de krill.
Nous retrouverons les otaries un long moment près de la cabane Ribault où nous passerons chacun au moins une nuit.

Vidéo à venir prochainement

Les traces de nos prédécesseurs en ces lieux

Le 23 décembre, en début de matinée, un des membres de notre groupe passionné d’histoire, David Amberg, a eu le privilège d’accompagner l’équipe d’archéologues de la DACOI sous la direction de Virgine Motte, conservatrice régionale de l’archéologie de l’Océan Indien. Il s’agissait de faire un constat de l’état de toutes les pierres gravées de l’ile d’Amsterdam qui avaient été recensées par Jean-François Le Mouël, premier archéologue à entreprendre ce recensement.
Ces pierres avaient été pour la plupart gravées par des naufragés ou des navigateurs au XIXème siècle. Ce sont des témoignages précieux des hommes qui nous ont précédés ici.

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bienvenue

© D.Amberg

Le travail de cette journée consistait à retrouver cet ensemble des pierres ; malheureusement toutes ne l’ont pas été, celles-ci étant recouvertes de végétation ou les inscriptions ayant subi une altération dues aux conditions climatiques.

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pierre gravee

© D.Amberg

Par ailleurs, on vous a déjà indiqué que les cabanes où nous avons couché portent les noms de Ribault et Antonelli. David a repéré pour nous le signalement de ces 2 personnes décédées ici lors des toutes premières missions de la décennie 1950 :

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plaques commemoratives

© D.Amberg

Les bovins

Nous prévoyons de revenir ultérieurement sur cette tentative d’introduction de bovins à la fin du XIXème siècle. L’éloignement de l’île de tout circuit de commercialisation a très rapidement conduit a l’abandon du projet, mais les bovins abandonnés y ont prospéré, chamboulant l’écologie du territoire. Les bovins sont aujourd’hui tous éradiqués.

Des chats, des rats… et de souris !

Menaces pour les oiseaux, ceux qui nichent à terre en particulier, leurs œufs et leurs petits, vecteurs aussi de maladies, ces animaux venus avec l’exploitation bovine, les naufrages ou d’autres explorations font l’objet de nombreuses évaluations (de leur démographie, de leurs trajets, etc.) pour évaluer les déséquilibres qu’ils imposent au milieu. Nous comptons également revenir sur cet enjeu avec des contributions éclairées que nous avons sollicitées sur le bateau.

Le phyllica arborea

Arbre endémique, il ne restait que quelques spécimens au début du XXIème siècle. Des mesures drastiques permettent aujourd’hui sa réapparition lente sur ses aires anciennes de peuplement. Une pépinière a été installée et nous-même avons été symboliquement invités à planter notre arbre. Nous prévoyons de revenir ultérieurement sur cet enjeu.

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phylica

© JF.Hogrel

La vigie du dérèglement climatique

Au programme de la visite, le laboratoire de la pointe Bénédicte opéré par l’IGE (Institut de Géoscience de l’Environnement) de Grenoble) et le LSCE (Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement) d’Orsay. La visite comprend 2 parties : la mesure en continu du radon et des gaz à effet de serre (CO2 et CH4) faite par Léa et la mesure du mercure faite par Yann. Merci à Pierre-Yves qui a passé 13 mois sur le site pour ses explications supplémentaires.

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laboratoire pointe B

© Pierre-Yves Quehe

Le site d’Amsterdam a été choisi parce qu’il est le plus isolé des continents. Le laboratoire en opération depuis 35 ans constitue un des plus anciens au monde.
Le radon est mesuré parce que c’est un traceur des masses d’air venant naturellement des plaques continentales et des zones à forte activité humaine. Pendant une partie de l’année, des masses d’air venant d’Afrique australe influencent les mesures. Ils constituent des « orages radoniques » facilement identifiés qui servent de traceurs.
En haut à gauche, mesure du CO2 lors de notre visite Pointe Bénédicte

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mesure d air

© JF.Hogrel

La mesure des gaz à effet de serre s’effectue sur l’air ambiant et sur l’air sec. Cette dernière mesure constitue la référence et permet de comparer les résultats quel que soit la teneur en humidité de l’atmosphère. Le jour de notre visite la concentration en CO2 est d’environ 402 ppm et celle de méthane de 1.8 ppm avant correction apportée par la calibration des instruments. Elle était de 340 ppm en 1982. L’année 2016 a été marquée par le franchissement de la barre des 400 ppm de CO2 à Amsterdam et du taux de croissance de 3 ppm par an. Des prélèvements sont également réalisés toutes les semaines dans des flacons envoyés à chaque passage du Marion Dufresne au laboratoire d’Orsay. Les analyses effectuées sur ces prélèvements permettent en plus de mesurer tous les contaminants de l’atmosphère.
La mesure du mercure atmosphérique est constante à environ 1 ppb à Amsterdam alors qu’il est de l’ordre de 2 à 3 ppb à Grenoble par exemple. La mesure du mercure dans l’atmosphère est en dessous du seuil considéré comme dangereux pour la santé humaine mais il est suivi à cause de son introduction dans la chaîne alimentaire depuis l’eau de pluie jusqu’aux poissons par l’intermédiaire du plancton. Le thon par exemple en contient de plus en plus.

Les jardins

Lors des éruptions passées de nombreuses coulées de lave se sont solidifiées en se refroidissant en surface donnant naissance à de nombreux tunnels où la lave s’écoulait encore. Ça et là des effondrements constituent des voies d’accès ou des zones protégées du vent tout particulièrement, agréables à fréquenter mais aussi, fertiles et peu propices à la dissémination de graines et de pollens. Des jardins y étaient même aménagés par le passé par les hivernants. La mise en place de la réserve naturelle, plus particulièrement le souci de favoriser les plantes locales, a pu conduit à l’abandon de certains. Un seul reste en exploitation avec 8 légumes autorisés ainsi que des pommiers et des pruniers.

Le 24 décembre, veille de Noël

2 événements ce soir-là : une célébration catholique de Noël dans la chapelle de la base et un réveillon sur le bateau. Mais nous reviendrons demain sur la vie à bord. Restons donc encore sur l’île pour illustrer ce premier moment signalé par un des participants.

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célébration

© D.Amberg

Départ pour l’île Maurice, le 24 décembre à 17h : A suivre…


Séjour dans le District de Saint Paul et d’Amsterdam

Les îles de Saint Paul et d’Amsterdam séparées de 100 km, font partie du même district. Le Marion Dufresne est arrivé à Saint Paul à l’aube du 22 décembre et a mouillé à l’est du côté de la partie du cratère qui s’est effondrée dans la mer. L’escale sera courte mais d’une activité frénétique. Nous quittons Saint Paul à 7h30 pour Amsterdam avec l’impression d’avoir d’y avoir passé une journée complète.

Escale à Saint-Paul

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Saint Paul

Le paysage est grandiose et les couleurs sont magnifiées par le soleil levant. L’île Saint Paul est une réserve intégrale où le débarquement est strictement limité. L’escale du Marion Dufresne destinée à déposer 4 ornithologues de l’IPEV pour 2 jours (ils ont été récupérés le 24 au matin par le bateau qui a fait un aller-retour pendant que nous étions à Amsterdam).

Nous ne sommes pas le seul bateau au mouillage. Il y a également l’Austral appartenant à un armement réunionnais. Il s’agit d’un bateau usine spécialisé dans la pêche à la langouste qui occupe une cinquantaine de personnes et qui est le seul autorisé par les autorités françaises. La compagne de pêche dure 4 mois. La langouste se pêche avec des casiers qui sont opérés par une flottille de doris venant de l’Austral.

Les médecins du Marion Dufresne vont rendre visite à l’Austral qui a réclamé une assistance médicale. Il a également transporté du matériel qui est transbordé dans le semi-rigide de l’Austral. En échange remerciement, l’Austral fournit des paniers de langoustes qui seront servis au réveillon de noël.

Pendant l’escale, les marins du Marion Dufresne lancent des lignes à l’eau et ramènent en très peu de temps de nombreux poissons qui seront consommés ou qui serviront d’appâts pour les casiers du Marion Dufresne qui seront posés plus tard à Amsterdam.

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en pleine pêche
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Pêche du jour


La faune de Saint Paul

La faune est très abondante sur Saint Paul. A peine arrivé, le bateau est entouré d’otaries dont on peut voir la colonie sur les rochers qui ferment l’entrée du cratère. On distingue également des pétrels assez haut et sur le bord du volcan une colonie importante de gorfous sauteurs. Leurs allers et retours jusqu’à la mer trace une ligne blanche presque continue visible depuis le bateau. Les gorfous qui servaient d’appâts pour la pêche à la langouste se sont réinstallés. Les pétrels dont les poussins étaient décimés par les rats avaient disparu à l’exception d’une petite colonie réfugiée sur la Quille, un îlot rocheux inaccessible situé à proximité. Depuis la dératisation totale de l’île, cette colonie a réinvesti le cratère avec succès.


Les oubliés de Saint-Paul

L’intérieur du cratère a abrité une base pour la pêche à la langouste dont les frères Bossière du Havre avaient obtenu une concession au début du XXème siècle. En 1928, ils fondent « la langouste française ». Ici, l’abondance de langoustes était telle qu’au début l’été austral 1928 une trentaine de bretons de la région de Concarneau débarquent d’un navire déjà nommé « l’Austral », installent une conserverie en un temps record en début d’été dont l’exploitation démarre immédiatement, progressivement renforcés de pêcheurs malgaches. Après cette première campagne réussie, une centaine de personnes seront rapatriées en mars 1929.

Il fut auparavant fait appel à sept volontaires, 6 hommes et une femme enceinte, pour la maintenance du site l’hiver suivant avec promesse du passage d’un navire de ravitaillement dans les 3 moins suivants.

Mais c’est seulement en décembre 1930 que « L’Ile de St-Paul » rejoindra ces « isolés de Saint-Paul ». Quatre d’entre eux seront mort du scorbut, ainsi que la petite fille née quelques semaines après le départ de « l’Austral ». La banque des Bossière aurait-elle prioriser d’autres objectifs, notamment de pêche à la baleine aux Kerguelen ? Toujours est-il que les armateurs seront condamnés quelques années plus tard. Le souvenir de ces « oubliés » n’aura été ravivé en 1991 par le documentaire qui nous a été présenté et n’aura fait l’objet d’une commémoration qu’en 2015.


A bord, le 21 décembre 2017

Le temps se gâte, notre première tempête

Revenant de la passerelle vers 8h, Gérard nous signale :

" Le soleil n’est plus au rendez-vous et la mer plus agitée. Le commandant, charmant comme à son habitude, annonce 40 à 50 nœuds de vent quasi de face (état de la mer, échelle Beaufort : 7). Cela complique ses prévisions, réduit notre progression et coûte plus cher en carburant.

Nous en profitons pour lui demander quand nous passerons la zone de convergence (océans indien et austral). Surprise nous l’avons passé cette nuit. Par temps agité elle est cependant très imprécise.

Force est de constater que la température s’est nettement améliorée : eau : 12°C, air : 16°C

… mais pas de quoi se baigner et se dorer au soleil ! "

Annonce sur le bateau vers 10h30 : le vent forcit (rafales jusqu’à 60 nœuds), sorties à l’extérieur interdites jusqu’à nouvel ordre.

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tempête

© J.F Hogrel

Amsterdam annoncée

Réunion de notre groupe à 11heures en salle de conférence pour préparer notre séjour à terre.

Dès 4 heures nous serons en face de St-Paul ; une mission scientifique IPEV y débarquera en zodiac pour 2 jours

Vers 6 heures, appareillage prévu vers Amsterdam. Entre temps un survol touristique en hélico de St-Paul est possible (supplément 57,20€ par mn de vol).

Vers 14 heures le Marion-Dufresne ralentira à l’approche des falaises d’Entrecasteaux (dont l’arche remarquable s’est effondrée il y a quelques années.

Nous passerons les 2 nuits à venir en cabane sur l’île.

Le 3ème jour : accueil sur base et départ prévu vers 16h.

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programme

Sans oublier pour vous

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bonne année

© J.F Hogrel


A bord le 20 décembre 2017

La journée d’hier a donné lieu à une conférence sur les albatros présentée par Henri Weimerskirch, un documentaire sur la tragédie des Oubliés de Saint-Paul et en soirée sur les recherches effectuées par les archéologues sur le marronnage à la Réunion.

Écologie et conservation des albatros

L’étude sur les albatros bénéficie d’observations sur une longue période (programme lancé en 1959).

Les capacités de vol au long cours des albatros sont connues depuis longtemps et sont illustrées par le récit des naufragés du Tamaris en 1807. A la suite du naufrage de ce bateau, les rescapés se réfugient d’abord sur l’île des Pingouins puis rejoignent l’île aux Cochons dans l’archipel de Crozet. De là, ils ont pris l’initiative d’accrocher un message au cou d’un jeune albatros. L’albatros et le message ont été trouvés par des habitants de la ville de Perth en Australie à des milliers de kilomètres de là. Le message a été envoyé en France dont les autorités ont organisé une expédition pour récupérer les naufragés. L’histoire malheureusement se termine tragiquement. Quand les membres de l’expédition sont arrivés, ils ont trouvé un message des naufragés disant qu’ils partaient pour essayer de rejoindre l’île de la Possession où ils espéraient trouver des chasseurs de phoques. Ils n’y sont pas parvenus et ont disparu en mer.

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albatros à sourcils noir

© S.André

Il existe 22 espèces d’albatros dont 18 dans les îles australes. Les albatros vivent dans les zones très ventées. Ils se servent du vent pour voler, prennent de l’altitude face au vent et se laissent planer en économisant au maximum leur énergie.

Le grand albatros adulte peut mesurer jusqu’à 3.5 m d’envergure et les mâles jusqu’à 12 kg. Les albatros nichent sur des terrains plats ou en pente douce et les nids sont très dispersés. Leur cycle de reproduction dure 2 ans. Le mâle arrive en décembre et parade à l’arrivée de la femelle. L’éclosion a lieu en avril et l’envol du juvénile, en novembre. Il restera 5 à 8 ans en mer avant de commencer à se reproduire.

Les albatros conservent le même partenaire pendant toute leur vie qui peut durer jusqu’à 60 à 70 ans. Ils passent 95% de leur vie en mer. Qu’y font-ils ? A partir de 1989, des balises ont été posées sur les albatros de Crozet pendant la couvaison et le nourrissage. Les résultats sont surprenants. Les parents partent très loin : les femelles vers le nord, les mâles dans la zone subantarctique. Ils parcourent jusqu’à 15000 km au cours de chacun de ces cycles qui durent une quinzaine de jours.

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albatros à sourcils noir 2

© S.André

L’albatros se reproduit tous les 2 ans. Que font-ils pendant l’année sabbatique ? Des albatros bagués à Kerguelen ont été repérés au Chili où ils restent un peu avant de revenir en faisant le tour du continent antarctique.

Vers 2000, des capteurs GLS qui enregistrent la lumière ont été fixés sur des albatros (les heures de lever et de coucher du soleil permettent de déduire la position). Il a été remarqué que les albatros parcouraient 10 millions de km pendant leur vie, qu’ils restaient fidèles à leur zone de nidification et à celle de l’endroit où ils passaient leur année sabbatique.

Il se nourrit à 95% de calmars. Des capteurs de températures, placés dans les estomacs, permettent de comprendre que l’albatros prend en moyenne une proie tous les 60 km de manière régulière et espacée.

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grand albatros

© J.F Hogrel

Une chute importante de la population a été constatée depuis les années 80 malgré la protection de l’espèce. Les raisons sont variées : l’ingestion de plastique, les mammifères introduits comme le chat et la souris qui s’attaquent aux poussins, mais la première cause de mortalité provient des palangriers et des thoniers (40 000 oiseaux étaient tués rien que par la pêche française). Des solutions ont été proposées pour réduire ces pertes (moyens d’effarouchement, lignes plombées, pêche de nuit, ..). Avec ces mesures, pour la pêche française, la mortalité est tombée à 40 oiseaux par an. Ces sujets sont débattus au niveau des organismes internationaux.

Commémoration de l’abolition de l’esclavage à la Réunion

Une cérémonie avec un discours de l’OPEA (Officier Pour les Expéditions Australes), Alexandre, et un pot accompagné de musique créole a eu lieu en fin de journée pour commémorer la fin de l’esclavage à la Réunion, suite de l’abolition proclamée en 1848 proposée par Victor Schœlcher. Le 20 décembre est une journée chaumée à la Réunion.

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OPEA

© C. Tschantré

Le documentaire de la soirée portait sur les recherches archéologiques conduites par la DACOI sur les traces laissées par le marronnage au cours des siècles d’esclavage. Les habitats sont situés dans des sites très discrets et difficiles d’accès ce qui rend le travail de documentation très compliqué.


19 décembre - Port aux Français

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2017 12 19 Journal de bord OP4 html fb27ef88fecb0e3d

© S.André

La journée du 19 décembre est consacrée à la visite de PAF. L’hélico alterne le transfert de passagers et de charge entre le MD et les différentes DZ à terre (une pour les passagers, une pour les produits frais, une dernière pour les autres charges). Dès 7h00 la manche à gasoil équipée de flotteurs a été mise en place entre le MD et le terminal pétrolier de PAF. Elle sera en fonctionnement toute la journée et permettra de transférer sur l’île 500 m³

La visite commence par la coopérative, puis la poste et le bâtiment de la Réserve Naturelle qui emploie entre 2 et 10 personnes suivant les hivernages. C’est l’occasion pour Benoît l’ornithologue de nous présenter le chant des oiseaux dont le lecteur pourra goûter quelques exemples en ce lien.

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2017 12 19 chants des oiseaux benoit

Après le repas et le café dans l’incontournable bar « Totoche », lieu de rassemblement des hivernants, visite de l’entrepôt qui abrite les chambres froides et où a lieu la cérémonie de la « chasse aux aliens » qui consiste à examiner les produits frais venant de débarquer pour établir s’ils portent des insectes. Si c’est le cas, ils sont recueillis pour identification et destruction. L’examen se fait sur une partie représentative de la cargaison.

Le séjour sur PAF se poursuit par la visite de la bibliothèque qui occupe l’ancien bâtiment de la météorologie. Il est situé dans l’axe de la rue principale qu’il sépare en deux. Il est entièrement lambrissé à l’intérieur et abrite de très nombreux ouvrages.

Nous sommes enfin reçus par Annabelle la Disker (Chef du District de Kerguelen). Elle occupe un grand logement qui abrite également son bureau. Elle nous présente son travail dans son salon qui ouvre sur la mer. Ce logement rassemble beaucoup de souvenirs des Diskers qui se sont succédés depuis 1955. Annabelle est arrivée à l’OP2 comme l’ensemble du personnel administratif. Elle restera en poste 13 mois. Avant de rejoindre les TAAF, elle a travaillé pour des ONG spécialisés dans les interventions médicales. Elle nous fait partager son engagement avec beaucoup d’enthousiasme.

Il est temps de partir. Nous rejoignons la DZ où nous retrouvent les hivernants qui partent et ceux qui restante pour des au-revoir pleins d’émotion.

Le MD lève l’ancre à 21h et contourne la presqu’île du Prince de Galles pour rejoindre vers le nord notre prochaine destination : l’île Saint-Paul. Nous entamons le voyage du retour !

Jean-François Hogrel et Francis Nativel

Séjour aux Kerguelen du 15 au 19 décembre - Les cabanes

Le Marion Dufresne a mouillé à l’aube du 15 décembre dans le Golfe du Morbihan à proximité de la base de Port-aux-Français pour l’ensemble des opérations concernant les hivernants et le ravitaillement de l’île. Nous avons pu bénéficier de ces opérations devant durer 3 jours pour passer du temps à terre.

Nous sommes en 2 groupes avec deux accompagnateurs de la Réserve Naturelle : Raphaëlle et Jean-Charles pour le Groupe 1, Benoît et Antoine puis Isabelle et Antoine pour le Groupe 2.

Nous allons alternativement séjourné dans la cabane Jacky dans le Val Stùder à proximité de la rivière du Sud et dans la cabane Laboureur située au bord du Bras Jules Laboureur. Ces sites sont localisés dans le Golfe du Morbihan au sud de Port aux Français. Ce golfe dont les glaciers ont dessiné le paysage, abrite une vaste plaine au nord, des fjords profonds à l’ouest et d’innombrables îles.

La carte ci-dessous situant les cabanes montre l’extraordinaire découpage des côtes de ce territoire !

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carte

Les conditions météo ont largement conditionné le programme des 2 groupes ce qui a permis de dire que notre programme était à tout instant « météo dépendant ».

Récit du Groupe 1 composé de David, Francis, Jean-François, Mariig, Mikhail et Stéphanie

Vendredi 15 vers 9h45  : Les opérations d’héliportage commencent pour nous le. Une fois déposé à proximité de la cabane Jacky par l’hélico, nous sommes montés sur les reliefs pour avoir une vue sur le Val Stùder. Pris par le vent violent et la pluie qui commençait à tomber, nous redescendons pour être moins exposés et traversons la rivière du Sud pour tenter de rejoindre une cascade remarquable que certains d’entre nous ont pu atteindre. Les conditions sont telles que le retour à la cabane s’impose au prix d’une nouvelle traversée de la rivière assez mouvementée.

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groupe 1

Il faut noter au passage une particularité de Kerguelen. Il n’existe pour ainsi dire pas de sentier ce qui a deux conséquences : Il faut une bonne connaissance du terrain pour ne pas se perdre et les temps de trajet sont longs. Pour ceux qui sont habitués à la randonnée dans nos contrées, c’est assez nouveau.

Le lendemain 16 décembre, réveil à l’aube (le jour se lève à 4h00) en attente des instructions concernant le transfert vers la cabane Laboureur. La météo s’est largement améliorée et le soleil brille. Le feu vert est donné par le BCR (Bureau Central Radio) qui gère toutes les opérations logistiques. On embarque dans l’hélico mais cette fois à destination de Port-aux-Français pour un passage à la bio-sécurité avant d’être transférés à la cabane Laboureur. Nous croisons en coup de vent le groupe 2 faisant le parcours inverse.

Elise de la Réserve Naturelle se joint à nous. La cabane Laboureur est située à côté d’un ruisseau et en bord de mer au fond d’un fjord magnifique. A peine arrivés nous partons randonner à la recherche des colonies de gorfous sauteurs et des truites. Nous allons rencontrer les premiers nichant dans des anfractuosités de rochers où ils illustrent parfaitement leur qualificatif de sauteurs. Le spectacle de ces animaux protégeant leurs nids et bondissant de rochers en rochers est attendrissant.

La randonnée se poursuit vers le Bras Baudissin dans lequel se jette une rivière où on serait susceptible de pêcher les fameuses truites de Kerguelen. C’est peu de dire que peu d’entre nous y croient sauf Jean-Charles qui s’est muni de sa canne à pêche. L’initiative est heureuse : quelques temps après, en voici une une d’environ 75 cm et 2,5 kg qui va fait notre régal au repas ce soir.

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Jean Charles à la pêche

Et voilà que le BCR nous prévient que le retour sur le Marion Dufresne est reporté au lundi à cause du vent trop fort qui interdit les manœuvres de l’hélico. La beauté du site, le confort de la cabane et l’excellente ambiance qui règne ne suscitent aucun regrets.

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cabane Laboureur

Et, cerise sur le gâteau, le lendemain dimanche, devant la cabane, nous avons la visite d’une famille de dauphins de Commerson venus longuement jouer avec nous. Il s’agit d’une espèce endémique à la Géorgie du Sud et aux Kerguelen.

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Dauphin de Commerson

A peine ceux-ci partis qu’un éléphant de mer « montre le bout de son nez » !

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elephant de mer

Lundi matin, le vent s’est un peu calmé (mais tout de même à 40 nœuds), l’hélico vient nous chercher et nous ramène sur le Marion Dufresne qui entre-temps s’est pour des opérations d’héliportage de matériel aux cabanes de Sourcil Noir et du Trièdre. Retour au mouillage à PAF en fin de journée.

Récit du Groupe 2 : Axel, Christian, Dominique, Gérard, Jean-Paul, Thierry et Clémence


La journée du 15
démarre de façon émouvante pour Dominique et Jean-Paul qui retrouvent sur la DZ du MD leur fils Benoît en hivernage aux Kerguelen depuis 13 mois.

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Laboureur groupe 2

Les conditions météo limitent la randonnée, mais nous découvrons des colonies de gorfous et un grand troupeau d’environ 200 têtes de rennes. Cet animal avait été introduit dans les années 50 à des fins de chasse récréative, il n’est plus chassé mais ne se développe pas à cause des conditions difficiles et de la pauvreté des pâturages.

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gorfou sauteur

Le 16 matin, réveil de bonne heure puis embarquement dans l’hélico mais cette fois à destination de PAF pour la bio-sécurité avant de reprendre l’hélico pour être transférés à la cabane Jacky.

Le programme est le même que celui du groupe 1 mais l’élévation du niveau de la rivière ne permet pas de voir la cascade.

On se rattrape le lendemain dimanche 17, sur les croissants aux amandes préparés par la pâtissière de PAF surnommée « la pâteuse ». Pour les raisons de météo évoquées ci-dessus, la décision est prise de passer une 3ème nuit en cabane et de ne rentrer que lundi matin où la météo lors d’une accalmie du vent : Le retour à pied à PAF serait faisable depuis Jacky mais n’est pas envisageable parce que les capacités d’hébergement de la base sont saturées. Antoine nous montre un chat haret. Ces chats introduits à l’origine comme animaux de compagnie et pour chasser rats et souris sont devenus nuisibles pour la faune sauvage en s’attaquant en particulier aux œufs et aux poussins des oiseaux. Antoine sera le seul cet hiver à pouvoir utiliser une arme à feu pour chasser les chats.

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Marion Dufresne


Lundi 18
 : Réveil à 3h00 du matin et départ à 4h00 d’une partie de l’équipe à pied pour PAF. On croise des éléphants de mer de quelques mois, puis un jeune mâle mort dépecé par des pétrels tenant en respect des skuas et des goélands à l’affût. Arrivée à PAF vers 6h45 puis transfert sur le Marion Dufresne à 8h30. Pour rejoindre la Baie de l’Observatoire, le bateau croise des paysages magnifiques. Le temps très venté mais ensoleillé permet de voir depuis la passerelle le mont Ross, sommet des Kerguelen avec ses 1850 m d’altitude.


Les vacations radio

La sécurité sur Kerguelen est une préoccupation permanente et la radio joue un rôle indispensable compte tenu des difficultés de déplacement, des conditions météo et des moyens de locomotion limité. La vielle est assurée par le BCR de 8h00 à 8h30, de 12h00 à 12h30 et à 17h30. Chaque équipe sur le terrain se manifeste pour faire un état de la situation, prendre les consignes et la météo.

En plus des vacations pré-citées, au début de chaque transit sur le terrain, l’équipe doit signaler la destination, le trajet et le nombre de personnes concernées.

Francis Nativel, Jean-François Hogrel et Thierry de Lobel-Mahy
photos S.André et J.F Hogrel

Archéologie dans les terres australes Rencontres improbables !

Que fait sur cette rotation du Marion-Dufresne 2017 une équipe de la Direction des Affaires Culturelles pour l’Océan Indien (autrement dit DACOI), en mission pour la sauvegarde du patrimoine archéologique de ces îles, désertes au moment de leur découverte il n’y a que quelques siècles et si peu fréquentées depuis ?

Nous avons voulu en savoir plus et les interroger et volà que cette équipe nous a préparé une synthèse de leurs travaux que nous souhaitons à notre tour vous faire partager chers lecteurs !

Car c’est cela aussi la magie du Marion-Dufresne : des rencontres improbables, l’occasion d’échanger avec des gens qui auraient peu de chances de se croiser ailleurs et entre eux ou avec nous dans une période si courte et si dense.

Merci à tous pour ces échanges et dès maintenant à l’équipe de la mission patrimoine OP4-2017 et de l’éclairage qu’elle nous apporte ici.

Présentation de la mission patrimoine OP4-2017

« L’équipe de la mission patrimoine OP4 – 2017 s’inscrit dans la continuité des missions patrimoine conduites sur le territoire depuis les années 1990, dans les pas de Jean-François LE MOUEL, premier archéologue subantarctique, Jacques REBIERE et Edouard JACQUOT. Coordonnée par Virginie MOTTE (conservateur régional de l’archéologie, direction des affaires culturelles océan Indien), elle comprend Pierre BRIAL (géomètre-expert), Lauren RANSAN (réalisatrice, cadreuse et monteuse) et Abel VACCARO (chef opérateur images, pilote drone). Sur chaque île des missions les attendent.

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Sur un site de phoquiers en Baie Américaine en 2006

© JF. Le Mouël, 2006.

À Crozet, sur l’ïle de La Possession, la gestion des biens archéologiques mobiliers sur la base Paul Alfred et l’expertise d’un site de phoquiers du XIXe siècle en Baie Américaine, en vue d’une prochaine opération archéologique et du remontage du fondoir à graisse démonté en 2006 sont leurs objectifs.

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fondoir à graisse démonté en 2006

© J.Rabière, 2014.

À Kerguelen, leur travail principal consiste à relever en topographie et photogrammétrie les « Fillod », premiers bâtiments de la base Port-aux-Français et témoignages importants des premières missions scientifiques sur les districts austraux. Pour la plupart abandonnées depuis de nombreuses années, ces structures sont fortement dégradées par le vent et la corrosion, et ne sont plus utilisées pour des raisons de sécurité. La réhabilitation de ces bâtiments nécessite des moyens lourds (notamment en raison de la présence importante d’amiante). La campagne de numérisation 2017 a pour objectif la sauvegarde par l’étude de ces bâtiments patrimoniaux. Une autre mission sur base consiste à expertiser différents bâtiments en vue de la création d’un centre de conservation et d’études du mobilier archéologique.

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Baraque fillod, Port-aux-français.

© O.Harant, 2006.

À Amsterdam enfin, le contrôle des inventaires du mobilier, des artefacts et des archives stockés sur la base de Martin-de-Viviès et la définition des besoins pour une gestion durable de ces biens sont à réaliser.

Pendant la traversée et à chaque escale, des rencontres avec les passagers et les agents de la base sont organisées dans le but de sensibiliser au patrimoine archéologique des TAAF, récent, fragile et non renouvelable. Ces rencontres sont l’occasion de diffuser le film de Lauren Ransan sur l’histoire des îles subantarctiques françaises : « Murmures dans les rugissants », réalisé en 2015, à l’occasion des 60 ans des TAAF.

Chaque minute depuis le départ de la Pointe des Galets est un pur régal ! M’inscrire dans les pas de mes prédécesseurs et travailler à l’étude, la conservation et la mise en valeur de ce patrimoine taafien, tout à fait unique, à l’autre bout du monde, dans l’intérêt de tous, est un honneur et une joie incommensurable. Je profite aussi du Marion Dufresne, des collègues scientifiques à bord, de leurs expériences, de leurs compétences et j’avoue vivre des moments d’une grande richesse. J’adore aussi discuter avec les passagers, si curieux, si désireux d’apprendre, venus dans ces terres subantarctiques pour vivre intensément et partager des moments d’exception. Je suis heureuse et garderai un souvenir tout à fait émouvant de cette OP4 – 2017.

Virginie, dans les HS (pour R.)…

Un voyage initiatique à bien des égards, jusqu’à présent les éléments ont été avec nous, un temps magnifique sur Crozet, avec très peu de vent, les images drones dépassent toutes nos espérances, les timelapse du lever de soleil aussi. Malgré le mal de mer, les échanges et les rencontres sont fantastiques, il faut bien avouer que le Marion Dufresne est très convivial, les bons moment se succèdent entre deux siestes forcées… (Le plus dur doit être là 17h de sommeil par jour, c’est épuisant :)

Au plaisir de vous lire,à très vite,

Abel.

Quelle chance de pouvoir vivre une seconde fois cette traversée hors du commun ! Tant sur le bateau que sur les districts austraux, chaque rencontre est unique et enrichissante… Puisque toute personne sur ce navire n’est pas là par hasard, chaque mot échangé, chaque repas partagé, chaque expérience vécue ensemble sont des instants sacrés ! Nous sommes aujourd’hui en approche de Kerguelen avec, je le sais, encore tant de chose à vivre, mais l’escale sur Crozet et ces quelques jours de vie sur le bateau me laissent déjà le goût des souvenirs extraordinaires qu’on se remémore durant de très longues années.

Lauren (bientôt) aux Kerguelen !

Le bateau roule toujours à l’approche de Kerguelen, mais nous n’en avons cure, nous sommes tous désormais des presque vieux marins. Quelle émotion d’avoir retrouvé sur La Possession les traces de ces hommes rudes qui vivaient là au XIXème siècle, et d’avoir vu ces morceaux d’épaves, en cuivre et bois, probablement plus anciens.

Nous trouverons demain sur la grande île en bas du monde un sol anormalement stable, et de nouvelles découvertes.

Pierre

Cette mission patrimoine est une initiative de Madame Cécile Pozzo di Borgo, Préfète des TAAF et administratrice supérieure, qu’elle en soit vivement remerciée, de même que Monsieur
Marc Nouschi, Directeur des affaires culturelles de l’océan Indien, toujours soucieux de travailler main dans la main avec les TAAF. Elle est cofinancée par les TAAF et la DACOI. Un merci particulier à Anne Tagand, Olivia Hoarau, Claire Bergé, Etienne Barbot, Alexandre Trouvilliez, Elise Boucly, Adrien Chaigne, Edouard Jacquot, Sylvie Garrec, Raymonde Terrillon et à nos familles. »


Jeudi 14 Décembre

Programme du jour

Nous avons pu assister aujourd’hui à 2 conférences scientifiques au sujet de Kerguelen. La première à 10h00 sur le programme de recherche en géologie par Damien Guillaume et la deuxième à 15h00, sur les particularités du glacier de l’île par Vincent Jomelli.

En résumé, ce que nous avons retenu de la première présentation c’est que l’archipel des Kerguelen est d’origine volcanique mais pas n’est situé sur une zone de contact entre 2 plaques. Les géologues étudient les remontées du manteau qui forment des roches granitiques. Ce phénomène pourrait constituer un modèle de formation des continents. L’épaisseur de la lithosphère sur la zone des Kerguelen est anormalement épaisse (70 km).

Pour la deuxième présentation, nous avons retenu que la calotte de Cook (mont Ross) constituait le plus grand glacier français. Il est étudié depuis de nombreuses années et fait partie des 10 glaciers seulement qui font l’objet d’un suivi prolongé dans le monde. C’est le seul dans l’hémisphère sud.

Les chercheurs étudient en particulier les signes d’avancée et de recul du glacier Ampère et analysent les différents facteurs qui expliqueraient ces phénomènes. La pluviométrie joue un rôle prépondérant dans le recul actuel de ce glacier qui détient le record du monde de fonte.

A 14h00, deuxième séance de philatélie dans le PC Science. Il concernait le courrier qui sera composté à Port aux Français. Le volume de courrier à tamponner était beaucoup plus important que pour Crozet.

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séance de tamponnage

© F.Nativel

Kerguelen nous voilà

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2017 12 15 programme Ker

Plus vite que prévu, nous allons arriver sur l’archipel et nous envoler dès demain 15 décembre pour 2 nuits en cabane par groupes de 6.

Tout est détaillé dans le diaporama qui suit et défile à raison d’une image toutes les 10 secondes.

D’autres nouvelles à notre retour sur le Marion, dans quelques jours.

Francis Nativel et Jean-François Hogrel

Mercredi 13 Décembre

Après notre départ de Crozet le 12 en soirée nous avons longé l’Ile de l’Est par le sud au couchant, froid, vent mais plaisir des yeux aussi.

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Ile de l Est

© J.F.Hogrel

Changement d’heure dans la nuit du 13 au 14 : nous nous éloignons vers l’est et donc encore d’une heure par rapport à la Métropole (avec 4 heures d’avance) !

Le 13 décembre, la vie a repris plus tranquillement sur le bateau, avec quand même un film scientifique à 10h, une conférence à 15h et un film en soirée.

Le sujet traité par le premier film portait sur la signature vocale des manchots, la conférence était prononcée par Philippe Gaudin présent sur le bateau sur les truites sur Kerguelen enfin le dernier film enfin retraçait la carrière du glaciologue Claude Lorius.

Le langage des manchots royaux

Comment diable les couples se retrouvent-il dans le brouhaha de la manchottière, qui peut être comparable à l’intensité du périphérique de Paris, parfois après un long séjour dans l’eau à la recherche de nourriture, sur plusieurs jours et jusqu’à 500 km de sa colonie ? D’autant que chaque adulte couve l’œuf à tour de rôle, le temps que chacun parte en mer pour se nourrir. Et quand le petit est là, il faut également lui apporter sa nourriture tant qu’il n’a pas fait sa mue ! pas de nid non plus pour se repérer dans l’espace de la colonie !

Tout passe par l’ouïe et leur capacité à émettre simultanément 2 séquences sonores, dues à une particularité physiologique : les manchots royaux disposent d’un organe vocal dans chaque bronche. Ces 2 fréquences sonores proches se combinent en une signature modulée en fréquence et répétée plusieurs fois pendant environ 5 secondes. Chaque adulte et le poussin du couple se reconnaissent ainsi. L’amplitude de l’émission sert à se faire entendre dans le brouhaha. Pour bien le comprendre les scientifiques ont dû utiliser toute sorte de leurres, avec diverses altérations, pour attirer les uns ou les autres et l’on voit les poussins bernés se déplacer ou non par exemple. Le manchot empereur dispose du même système alors que le manchot papou et le gorfou ont un système moins complexe parce qu’ils ont un nid qui permet d’abord une reconnaissance géographique bien que le son reste toutefois important pour la reconnaissance du poussin par les parents.

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Manchots et Elephants de mer

© J.F Hogrel

Les truites à Kerguelen

Ah qu’il est plaisant de pêcher la truite dans les eaux de Kerguelen, quand on doit y résider de longs mois ou plus !

Ainsi de 1952 à 1992, plusieurs espèces de salmonidés ont été introduites avec plus ou moins de succès dans les rivières de ces îles à l’origine vierges de poissons. Au départ l’idée était de rendre plus hospitalières ces terres vierges. L’opération a été massive : 22 importations, 2 millions d’œufs, et 8 espèces sur 23 bassins versants. Sur le tard, c’est plus que discutable ! En 2016, 34 bassins versants ont été colonisés par les différentes espèces de truites alors que les saumons ne subsistent plus que dans une rivière et ne retournent plus en mer.

La "truite commune" en particulier s’est bien adaptée avec deux scénarios, l’un en rivière, l’autre avec un passage par l’océan, plus riche pour son alimentation. L’aptitude à passer de l’eau douce au milieu salin pour revenir se reproduire ensuite conduit à distinguer les individus et leurs morphologies, remarquables pour ceux qui affrontent l’océan. Eau douce ou saline, les branchies s’adaptent, la quantité d’eau à absorber et à rejeter est très différente, la nourriture est peu ou très abondante, bref le cycle de vie transforme les individus !

Diverses méthodes et observations, notamment des otolithes (constituant de l’oreille interne) de ces poissons permettent de distinguer leur passage ou non en mer, y compris d’évaluer cette durée.

Des études portent maintenant sur la façon dont les truites utilisent les milieux marins. Leur suivi par "pistage acoustique", avec pose d’un petit émetteur sur certaines prises et détection du signal de leur passage sur leurs points de transit par des hydrophones. "les poissons reconnaissent l’odeur de la rivière" ; par ex. les truites d’eau douce urinent énormément et "colorent" olfactivement la rivière pour leurs congénères qui remontent en général les mêmes rivières. Comprendre aussi pourquoi quelques individus de-ci, de-là, des originaux peu nombreux certes, migrent et peuvent initier la colonisation d’autres sites est important.

L’équipe de 3 scientifiques présente à bord va aller documenter un "front de colonisation" vers la partie nord de l’île qui n’est pas encore colonisée et poser des sondes en milieu marin.

On ne retournera donc jamais à la situation originelle de l’Ile, avant l’arrivée des humains, même si beaucoup d’effort sont fait aujourd’hui en matière de bio-sécurité comme déjà dit ici.

Le classement des îles en réserve permet maintenant d’étudier au mieux les mécanismes de colonisation et d’évolution des espèces introduites dans un milieu où faune et flore sont sans exubérance (!), de mieux en mieux documentées, d’étudier aussi l’influence de ces colonisations sur ces milieux.

« La glace et le ciel » à propos de Claude Lorius

En soirée, projection du film de Luc Jacquet sur Claude Lorius avec beaucoup d’images d’archive ce qui le rend très intéressant. Claude Lorius a commencé sa carrière dans l’antarctique à 23 ans en 1956 à l’occasion de l’année Géophysique Internationale qui est à la naissance d’une coopération scientifique internationale remarquable sur ce continent. Claude Lorius qui a reçu la médaille d’or du CNRS est à l’origine de la technique permettant de remonter le temps en analysant le gaz piégé dans la glace. Des carottages ont permis de remonter jusqu’à 800000 ans. Cette découverte a eu 2 conséquences majeures : l’arrêt des essais nucléaires atmosphériques (on retrouvait la trace de tous les essais dans la glace) et la mise en évidence de l’impact des activités humaines sur le climat.

Francis Nativel et Jean-François Hogrel

Présentation des principales espèces natives de Crozet

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chou de kerguelen

Lors de notre passage à Crozet, le 11 décembre dernier, Cassandra notre guide de la Réserve Naturelle nous a laissé un document descriptif de la flore locale. Nous l’en remercions.
Une vingtaine d’espèces, finalement un tout petit nombre, a été identifiée sur l’Ile de la Possession que nous avons parcourue.
Plus généralement on estime à 67 le nombre d’espèces végétales introduites à Crozet pour 18 autochtones, 78 introduites pour 22 autochtones à Kerguelen et 85 espèces introduites à Amsterdam pour 17 autochtones.
Mais cet ensemble limité sur un territoire assez bien isolé en fait aussi un laboratoire à ciel ouvert pour étudier les mécanismes de colonisation ou d’invasion d’autres espèces exogènes d’une part, l’influence des espèces exogènes ou même de la faune, notamment herbivore, introduites depuis quelques siècles au plus. Les premières ne sont pas adaptées à y résister pour se maintenir.
Ainsi nous-mêmes, avons trouvé plus facilement des choux de Kerguelen à Crozet qu’àux Kerguelen même où les lapins, rennes, etc.. les ont broutés si facilement.
Il s’agit aussi que nous autres visiteurs, scientifiques, résidents temporaires de ces sites ne contribuions pas non plus à la dissémination et à de nouvelles colonisations menaçantes pour la flore locale. Nous ne foulerons donc ces sols qu’après avoir respecté les procédures de biosécurité appropriées.

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Plantes TAAF

Lundi 11 et mardi 12 décembre sur l’île de la Possession

Nous voici donc face à sur l’île de la Possession dans l’archipel de Crozet. Cet archipel est composé de 5 îles dont quatre en réserve intégrale. Derrière nous, à moins de 20 km, l’île de l’Est, plus étendue que La Possession, plus haute aussi dont les sommets sont la plupart du temps dans les nuages, dont le sol a été foulé la dernière fois au début des années 1980 ; île mystérieuse qui fascine donc depuis. Une mission pourrait y être menée d’ici 2 ans. Sur le bateau nous a rejoint l’un des tous derniers visiteurs qui espère cette nouvelle mission et en être bien sûr ! Nous en reparlerons sans doute à bord.

Dans ce vaste archipel protégé, on n’aborde donc que sur l’île de la Possession, ainsi nommée puisque c’est là que Julien Crozet en a pris possession au nom du roi de France en 1772.

Deux journées chargées nous attendent sur l’île de la Possession d’abord sur la base Alfred Faure puis dans la Baie Américaine.

Arrivée au mouillage

Nous sommes arrivés le 11 décembre devant la Baie du Marin (BDM) vers 5h00 où le MD a mouillé. Le soleil levant éclaire l’île de l’Est. Nous sommes accueillis par les manchots qui viennent jouer autour du bateau. Le spectacle est magique. Sur l’île de la Possession, on distingue nettement depuis le bateau et de droite à gauche, la Grande Manchotière dans le fond de la vallée du Camp, la base Alfred Faure qui occupe le sommet du plateau et le Bollard où nichent les albatros.

Premiers pas : Base Alfred Faure

Le ballet de l’hélicoptère a commencé à 6h30 par le transport des officiels, des techniciens en charge des réparations, des personnes qui vont demeurer sur l’île puis par celui des caisses. A partir de 8h00, nous commençons les transferts.

Nous sommes accueillis à notre descente de l’hélico par le Chef du District (le Discro en langage des TAAF), Christophe Alquier ceint de l’écharpe tricolore.

Jean-François a tout de suite repéré le panneau "Villefontaine" installé 11 ans plus tôt par sa fille Leïla, qui a séjourné ici de fin novembre 2005 à début décembre 2006 !

Christophe est un ancien chef d’entreprise qui a décidé de faire une pause dans sa carrière pour vivre cette aventure. Il est arrivé avec l’OP2 en juillet. Il a autorité sur tout le personnel de la base, militaire comme civil. Une fois tous débarqués, nous avons droit à un pot d’accueil très chaleureux par le Discro dans le Cronibar : ne sont pas oubliés non plus sécurité et respect des règles de protection de la flore et de la faune en particulier ; après tout, n’est pas nous qui sommes leurs invités ?

Ensuite Cassandra de la Réserve Naturelle et spécialiste de la flore et des habitats, nous accompagnera pendant tous nos déplacements : visite de la manchotière de Port Alfred et ses milliers de manchots royaux (25000 couples), ses éléphants de mer, etc. Nous sommes également accompagnés par Rebecca, Caroline, Luca et Tanguy de l’IPEV et spécialistes des manchots. Le cycle de reproduction des manchots royaux estt étendu sur 3 ans ; on peut voir simultanément des adultes qui couvent, des adultes qui paradent, de jeunes manchots qui muent et de gros poussins reconnaissables à leur épaisse toison de plumes brunes. Au milieu de ce spectacle, on trouve de jeunes éléphants de mer et des oiseaux rapaces comme le pétrel et le chionis à la recherche d’œufs ou de proies dans la colonie de manchots.

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Crozet

© J.F Hogrel

Retour sur base pour midi et un plantureux buffet partagé avec les résidents temporaires, 2 qui arrivent avec nous pour quelques mois (un technicien pour les installations et Pome qui restera 3 mois en résidence et qui nous a laissé un souvenir à elle et dont nous reparlerons ultérieurement) et une dizaine qui embarqueront avec nous pour le retour. A notre table vient s’attabler un résident qui est pour aujourd’hui, « petite Marie », c’est-à-dire plus particulièrement en charge de débarrasser, remplir le lave-vaisselle et nettoyer. Autant dire qu’il y a du travail après notre passage, mais en fait, il est loin d’être seul. Ici la solidarité spontanée semble être la règle.

L’après-midi, balade au Bollard sur les crêtes où nous nous suivons sur des caillebotis pour ne pas endommager la végétation pour observer les oiseaux : grand albatros, albatros fuligineux, skuas, chionis, pétrels, etc. On peut voir en particulier des nids de grand albatros hurleur dispersés sur la crête et nous avons la surprise de voir un juvénile au plumage encore brun qui sort maladroitement du nid et déploie ses ailes pour essayer de s’envoler. Cassandra nous présente la flore native et également la flore introduite. Cette présentation fera l’objet d’une rubrique séparée.

Au retour sur la base, nous allons visiter le bâtiment qui abrite le laboratoire de recherche nommé Biomar. Nous avons eu droit à des présentations de scientifiques présents : Thierry spécialiste des pathogènes véhiculés par les oiseaux, Célia ornithologue, Melissa entomologiste qui va remplacer Benjamin qui repart avec nous et Henri qui a en particulier mis au point des balises qui recueillent et émettent des informations permettant entre autres de suivre certaines espèces d’oiseaux et de mammifères marins. Certaines balises sont équipées de panneaux solaires leur assurant une large autonomie.

Le Discro a, suivant la tradition, tamponné les passeports de tous ceux qui ont débarqué nous fait l’honneur de la visite de sa résidence. Puis à partir de 16h30, c’est le retour au bateau en hélico et passage au local "bio-sécurité" pour préparer le retour sur l’île le lendemain et éviter les contaminations d’un site à l’autre.

Ce soir, à cause de la population réduite à bord du bateau, un seul service à bord et une consigne : fermer les rideaux de cabines pour éviter que les oiseaux attirés par la lumière ne viennent percuter les hublots.

Suite du périple : Baie Américaine

Le lendemain donc, héliportage à partir de 9h00 pour la "Baie Américaine" ou BUS depuis le Marion Dufresne qui s’est déplacé à proximité. Découverte de nouveaux paysages très sauvages avec en particulier du nord vers le sud, la Vallée des Branloires dans laquelle coule la rivière Moby Dick, le Morne Rouge, dernier volcan de l’île, éteint il y a environ 10000 ans et la Petite Manchotière, le tout agrémenté de nombreuses cascades qui tombent dans la mer.

L’hélico nous pose directement sur la plage occupée surtout par des manchots, des éléphants de mer, quelques otaries au comportement plus agressif, des pétrels et des chionis. Ces manchots en échec de reproduction, ne vivent pas dans les colonies. Ils sont d’une grande curiosité et s’approchent de nous sans aucune crainte mais en gardant leur distance de confort. La plage est occupée du côté nord une cabane qui sert de logements aux scientifiques à l’occasion de leurs « manips ». Elle comprend deux petits bâtiments, l’un a le dortoir et le nécessaire de cuisine, l’autre, les réserves. Elles sont équipées de gaz pour la cuisine et le chauffage et d’un groupe électrogène. A noter également des « touques », sortes de fûts étanches, disposées à l’extérieur qui contiennent surtout des réserves alimentaires.

Le Marion Dufresne est reparti mouiller dans la Baie du Marin. Nous ferons tout le retour en hélico.

Nous avons la chance de randonner jusqu’à la petite Manchotière accompagnés par Clémence et Cassandra en suivant toujours de strictes consignes destinées à protéger la végétation. Elle sera l’occasion de suivre un sentier magnifique, de passer derrière le Morne Rouge, de longer le Lac Sans Nom et de croiser en particulier un Gorfou sauteur, un gorfou macaroni, des cormorans, des albatros hurleurs et des albatros fuligineux.

Pique-nique le midi en surplomb de la Petite Manchotière avec sandwichs sous cellophane préparés par les cuisines du Marion.

Le clou de l’après-midi : "Orques en scène"

A peine revenions-nous sur nos pas, que nous avons aperçus d’abord un, deux, puis quatre, puis peut-être une douzaine d’orques, dont deux ou trois gros mâles avec leurs dorsales remarquables. Spectacle fascinant que nous n’arrivons pas à quitter.

Tout de même nous voici de retour bien en avance sur la plage où nous devons attendre l’hélicoptère qui commencera ses rotations à partir de 16h30. Entre temps, Cassandra et Clémence nous emmènent rendre visite à l’équipe qui travaille pour la DACOI (Direction des Affaires Culturelles de l’Océan Indien) sur un site de chasseurs de phoques et de baleines présents sur l’île jusqu’au début du 20ème siècle.

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illustration Christophe Rozier

Départ vers 18 heures pour « Ker »

Le temps presse car nous naviguons entre deux tempêtes, celle qui nous suit devrait nous rejoindre lors de notre mouillage en baie du Morbihan (Kerguelen bien sûr !). Le départ de Crozet a donc été calé en conséquence.

Peu après le départ, nous longeons par le sud l’île de l’Est sous le soleil couchant ce qui donne lieu à un spectacle magnifique.

Le temps de dépouiller toutes ces informations rapportées, le temps aussi de nouvelles rencontres à rapporter ici.

A suivre

Francis Nativel et Jean-François Hogrel
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crozet suite

© S.André


Interlude

En attendant les nouvelles des blogueurs de l’OP4 2017, voici un dessin de Pome Bernos, lauréate de la quatrième édition de "L’Atelier des ailleurs" qui séjournera à Crozet pour la préparation d’un roman graphique.

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dessin Pome Bernos
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grand format

A bord du Marion-Dufresne, le 10 décembre 2017

Bientôt notre première escale : L’île de la Possession, dans l’archipel de Crozet.

Rendez-vous à 10 heures ce matin pour une réunion d’information conduite par Clémence sur notre première escale avec une présentation que nous reprenons dans l’animation qui suit :

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présentation

Nous devrions arriver vers 5h00 du matin lundi. Le premier jour, le MD mouillera dans la baie du Marin à proximité de la base Alfred Faure. Retenons que l’hélicoptère commencera ses rotations vers 7h avec les 2 personnes qui débarquent pour quelques mois sur l’île (dont Pome, une des deux personnes dont le projet artistique a été retenu par les TAAF et qui restera en résidence ici jusqu’en avril). La place dans l’hélico étant limitée, leurs bagages seront héliportés à part, dans une nacelle.

La base dispose de 3 DZ (Dropping Zone) différentes : Une pour les passagers, une pour la nourriture et une pour le matériel.

Avec les autres passagers venus passés la journée à terre, nous serons héliportés par groupe de 5, toutes les 5 mn un peu plus tard, selon le planning affiché à la porte de l’OPEA. Nous avons rendez-vous sur le pont G avec instruction d’arriver 15 minutes avant l’heure d’embarquement. Pour beaucoup d’entre nous ce sera une grande première !

Rendez-vous sur la DZ pour le retour à partir de 16h30. En effet, comme indiqué dans la présentation ci-dessus, nous ne coucherons pas sur l’île mais sur le bateau. Nous retournerons mardi sur l’île pour une deuxième journée de randonnée mais dans la Baie Américaine devant laquelle viendra mouiller le Marion Dufresne.

A 15 heures, projection de « murmures dans les rugissants »

Il s’agit d’un magnifique documentaire de Lauren Ransan, réalisé en 2015 par la DACOI (Direction des Affaires Culturelles de l’Océan Indien) à l’occasion du 60ème anniversaire des TAAF. Il retrace l’histoire de ces îles depuis leur découverte aux 16ème et 18ème siècle jusqu’à leur occupation permanente en 1955 pour marquer leur appartenance à la France. Il insiste sur les traces archéologiques laissées par les différentes occupations humaines qui se sont souvent terminées de façon tragique.

Ce film constitue une bonne introduction à notre programme des deux jours qui viennent.

Note gastronomique et ambiance des repas

On ne peut pas passer sous silence les repas pris en ce qui nous concerne aux 2ième services avec l’état-major du bateau à 12h15 et 19h15. La cuisine placée sous la responsabilité de Roger, chef malgache est aussi appréciée que variée. Par exemple jeudi : magret sauce poivre et omelette norvégienne, vendredi : poulet coco et fraises à la crème, samedi : gratin de chou-fleur et letchis et dimanche : daube de cerf et crumble d’ananas.

Les repas sont aussi l’occasion de discuter avec les nombreux scientifiques et personnes impliquées dans la gestion de l’OP qui nous expliquent leur travail avec passion.

Interruption momentanée de la mise à jour du blog

Pour cause d’expédition à terre lundi 11 et mardi 12 nous ne serons pas en mesure de mettre à jour le blog. Rendez-vous au mercredi 13 pour la suite de nos aventures."

Jean-François Hogrel

A bord du Marion-Dufresne, le 9 décembre 2017

Bio-sécurité

"Vers 9 heures ce matin, ma journée commence par la préparation des affaires personnelles que je vais utiliser à terre lors de l’escale de Crozet prévue pour lundi 11 décembre : nettoyage de tous les vêtements et objets qui ne sont ni tout à fait propres, ni neufs. Trois bons 1/4 heure pour traiter le sac à dos et toutes ses poches si pratiques habituellement, la polaire, la cape de pluie, etc. à l’aspirateur et même les bâtons de marche. Comme nous l’avons déjà vu aucune pollution n’est permise ! Heureusement mes bottes de marche sont neuves et nous ne pouvons pas coucher sur l’île. Les cabanes dépendent de l’IPEV et ne sont pas disponibles. Pour le duvet et les chaussures de marche c’est partie remise ! Avant de quitter la zone de bio-sécurisation, chacun signe pour attester de ce travail. L’ensemble des passagers, scientifiques, etc. qui débarqueront à Crozet se succèdent dorénavant sur les 2 postes disponibles simultanément."

Philatélie

Vers 10 heures, présentation de la philatélie par Clémence dans la salle de conférence

"La présentation comprend une série de diapositives qui retracent l’histoire de la philatélie dans les TAAF et un film qui illustre les différentes opérations sur le district de Crozet.

La philatélie représente une source de revenue significative pour les TAAF et génère avec la marcophilie, une activité importante.

La philatélie trouve son origine aux Kerguelen en 1896 avec René Boissière mais son histoire commence véritablement en 1955 date à laquelle les TAAF émettent leurs propres timbres, illustrant les îles australes et l’Antarctique, puis depuis 2007, les îles Éparses. Les timbres sont gravés en « taille douce » ou imprimés en offset. Des artistes et maîtres graveurs réputés y concourent.

Une gérance postale est installée dans chaque district. Le gérant traite le courrier de la base et appose un cachet postal d’oblitération sur l’ensemble du courrier au départ du district.

Il est possible de préparer son courrier sur le Marion Dufresne, avant chaque escale. Chacun peut y acheter cartes postales, enveloppes et timbres. Mais en majorité le courrier provient du monde entier. Il a été adressé avant le départ aux TAAF et au commandant par des passionnés de philatélie. Certaines enveloppes peuvent porter au crayon des demandes précises comme par exemple être postées depuis Crozet ou recevoir un tampon spécifique.

Chaque mission scientifique, chaque expédition polaire, la compagnie Hélilagon qui opère l’hélicoptère, la médecin du bord Agath, la boutiquaire Mickaëlle, l’OPEA Alexandre, notre accompagnatrice Clémence possèdent par exemple un tampon original.

Le courrier, cartes postales et enveloppes, reçoit alors tous les tampons disponibles mais en suivant des règles précises : 4 tampons obligatoires, sur la face timbrée avec en premier lieu ceux du commandant incluant sa signature, mais sans toucher les timbres et en laissant libre le coin en bas à gauche. Heureusement le dos des lettres peut également être utilisé. Faute de place, les cartes postales suivent un circuit raccourci.

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Le commandant Eyssautier à la séance de tamponnage

© S.André

A partir de 14 heures, en compagnie du commandant, les volontaires sont invités à estampiller ce courrier sur la grande table du PC scientifique à l’avant du navire. Nous nous sommes livrés volontiers à cet exercice cet après-midi. Il a réuni en plus des préposés aux tampons (une bonne dizaine qui se passe le courrier) une foule de curieux venant assister à la cérémonie. La salle est à peine assez grande pour accueillir tout le monde. Un instant émouvant est venu animer la cérémonie : Un jeune scientifique a sorti un tampon représentant un petit manchot qu’il a fait réaliser en hommage à son grand-père qui était mécanicien sur le Marion-Dufresne I dans les années 70 et qui est décédé l’été dernier au moment où son petit-fils apprenait que sa candidature était retenue pour l’OP4.

Les timbres eux-mêmes ne seront oblitérés que par le gérant postal sur base. Et comme le Marion est le seul moyen d’acheminer les envois postaux, tout le courrier qu’il provienne du bateau ou de la base, est rembarqué sous scellés pour être remis à l’arrivée à la poste de la Réunion. Conformément à la tradition le courrier fera partie du premier voyage de l’hélico vers l’île de la Possession."

Des oiseaux et une bouée dans le sillage

"La plage arrière du Marion Dufresne était très occupée aujourd’hui non seulement parce qu’on y était à l’abri du vent mais surtout parce que nous pouvions suivre le ballet des pétrels à menton blanc, d’un pétrel soyeux et de notre premier albatros qui mettra la journée à s’approcher du navire. Merci aux ornithologues en mission qui nous ont fait profiter de leur connaissance.

Vers 11h00 une des bouées météo que nous avons parlées hier a été larguée dans le sillage par le 2nd capitaine. "

Jean-François Hogrel et Francis Nativel
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2017 12 09

© JF.Hogrel


A bord du Marion-Dufresne, le 8 décembre 2017

Bio-sécurité

1er rendez-vous de la journée avec une présentation détaillée sur la bio-sécurité (obligatoire), à 10h par Elise Boucly.

Petit rappel sur la réserve naturelle :

  • Terrestre et maritime, depuis 2016 elle couvre l’ensemble de la zone économique exclusive française avec 3 niveaux de protection différentiés, normal, renforcé et intégrale, interdite de fréquentation dans ce dernier cas.
  • Eco-systèmes très sensibles à l’introduction d’espèces exogènes : peu de prédateurs et d’herbivores initialement. Or dans le passé, moutons, rennes, bovins, lapins, chats, rats, souris, insectes ou plantes ont été introduits volontairement pour les premiers cités ou involontairement, sans oublier graminées ou pissenlits qui colonisent rapidement les biotopes des espèces autochtones. Aujourd’hui on y trouve jusqu’à 4 fois plus d’espèces introduites qu’endémiques sur les 3 districts !

En 2006, une étude a porté sur les graines et les insectes que pouvaient apporter les visiteurs. 853 d’entre eux étaient porteurs de 2686 graines représentant 300 espèces différentes ! La cartographie des espèces introduites sur l’île de la Possession montre par exemple qu’elles se sont développées sur les zones occupées par l’homme et à proximité des chemins.

Donc aujourd’hui, « décontamination » de tous avant de débarquer : La conférence se termine par une visite de la salle de bio-sécurité installée sur le pont F à l’avant du navire. Elle comprend des aspirateurs, des brosses pour le nettoyage à l’eau, des paillasses et des dispositifs pour sécher le matériel. Ce nettoyage devra être effectué avant chaque débarquement. Un émargement est prévu pour chaque personne dans la salle. Si vous n’avez pas signé, vous ne débarquez pas ! Il faut débarquer avec tenue, chaussures et sac neufs ou propres ! Les procédures vont loin. A titre d’exemple, les résidus de nettoyage sont conservés et rapatriés à La Réunion.

Il est intéressant de noter également que sur bases un tel dispositif de bio-sécurité est en place pour les déplacements inter-zones des personnels. De fait les zones entourant les bases et les cheminements même strictement balisés sont les plus « contaminées » aujourd’hui sur chaque zone et il n’est pas question de contribuer à son extension à l’occasion des déplacements !

Même l’hélico fait l’objet d’un bon nettoyage qui consiste à passer l’aspirateur dans la cabine avant chaque escale ! Il est également prévu de passer sur un tapis spécial avant de prendre l’hélico pour revenir à bord.

Et sur bases contrôles drastiques des marchandises importées : la salade verte est supprimée, car trop difficile à traiter !!

Bon il va falloir être bien conseillé pour les premiers travaux pratiques !

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La biosécurité vu par Christophe Rozier

Visite de la passerelle à 15h30

Commandant nous voilà ! La visite est dirigée par le commandant Adrien Eyssautier en personne. Il en est à sa troisième OP. On commence par une présentation générale des fonctions de la passerelle : manœuvre, sécurité, navigation et communication.

La visite se poursuit avec la partie timonerie où on cherche en vain la traditionnelle barre (il s’agit maintenant d’un joy-stick qui agit sur les 2 safrans), la commande des moteurs électriques des 2 hélices à pas fixe, la commande des hélices d’étrave, les radars, le GPS et à côté, la traditionnelle table à carte nécessaire pour assurer une redondance en cas de défaut des équipements électroniques. Plus loin la partie communication, puis en porte-à-faux sur tribord un pupitre de commande complet pour les manœuvres d’accostage. Ce poste dispose d’une vue panoramique sur les 3 côtés et même sur la mer en dessous. Le même dispositif existe sur l’aileron bâbord mais à l’extérieur de la passerelle. A noter que le MD dispose d’un dispositif de positionnement dynamique automatique qui contrôle les moteurs et les safrans.

Le commandant nous apprend que le MD assure une mission auprès de Météo-France qui consiste à transmettre périodiquement des relevés sur la nébulosité et l’état de la mer et aussi à larguer des bouées instrumentées le long du parcours. Sur l’OP4, 4 bouées de ce type vont être mises à l’eau.

Une veille visuelle permanente est assurée depuis la passerelle, le personnel hors-quart pouvant être appelé à tout moment si nécessaire.

Pendant notre séjour sur la passerelle, nous naviguions à 12 nœuds au cap 182 (plein sud).

Le commandant nous informe que nous pourrons revenir sur la passerelle en dehors des périodes de manœuvre et à condition de rester du côté bâbord et d’être discret. Merci commandant !
Séance cinéma à 20h45

Une séance cinéma est organisée chaque soir par l’OPEA dans la salle de conférence située sur le pont F à l’avant du navire. Ce soir, il s’agissait d’Adama un long métrage d’animation produit entièrement à la réunion et réalisé par Simon Rouby, présent sur le bateau. Simon débarquera aux Kergelen pour réaliser un nouveau film d’animation. Il repartira avec l’OP1 2018.

Jean-François Hogrel et Francis Nativel
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2017 12 08

© J.F.Hogrel


A bord du Marion-Dufresne, le 7 décembre 2017

Le programme de la journée toujours chargé avec :

  • A 9h30, réunion des passagers « touristes » avec Clémence : Christian, Axel, Philippe, Gérard, Jean-Paul, Dominique, David, Mickael, Francis, Marik, Stéphanie, Jean-François et, cas particulier, Stanislas qui va retrouver son fils de retour de Kerguelen avec l’OP4. Quelques passionnés de voyages, de voile aussi ; deux couples parmi nous l’un pour marquer le passage à la retraite, l’autre qui va revenir avec un fils en mission aux Kerguelen, un passager qui revient avec un compagnon parti comme plongeur avec l’OP3 aux Kerguelen également ; tous curieux de ces terres un peu mystérieuses.
  • A 10h, une présentation par l’administration des TAAF sur le thème : un territoire au cœur des préoccupations de la planète : 70 personnes travaillent directement pour cette administration très particulière, à la tête d’un territoire sans habitant perenne, doté d’un statut unique qui lui donne une grande autonomie, et qui tire 80 % de ses ressources de son activité propre pour un budget de l’ordre de 60 M€. La philatélie compte pour 1M€, les droits de pêche pour 9M€ directement perçus chaque année. Divers « partenariats » de tous ordres y concourent aussi, y compris Météo-France, le CNES, le CEA, etc. En étendue en latitude, les territoires concernés vont de la zone tropicale au pôle sud !!
  • Vers 11h, visite détaillée du bateau.
  • A partir de 14h, des rendez-vous obligatoires de 10mn sur la sécurité hélico avec Christian le pilote et Damien son mécanicien qui nous initient à leur « Écureuil »
  • A 15h, un long exposé par la responsable communication de la Réserve Nationale des TAAF, « observatoire unique du changement climatique » et de la biodiversité, plus grande réserve nationale de France et une des premières réserves maritimes du monde. Il est vrai aussi que l’extension de la réserve maritime de 23 371 à 672 969 km² décidée en 2016 aide aussi grandement à afficher le bon respect par la France de ses engagements en matière de biodiversité ! Les terres australes sont toutes éloignées des continents peuplés et présentent à la fois une faune exceptionnelle et une très grande fragilité face aux menaces que représentent le changement du climat, l’introduction d’autres espèces, y compris chats, rats, rennes, et toutes sortes de dérangements dus aux humains. Bien sûr une occasion de nous faire comprendre le pourquoi des mesures de « bio-sécurité » que nous allons devoir prendre nous-mêmes dans l’immédiat et toutes les problématiques de leur gestion, avec la définition de zones de protection terrestres ou maritimes soit intégrales, soit avec des quotas de pêche (légine et langouste) indispensables aussi à l’activité de La Réunion, soit réservées à l’étude scientifique.
  • A 17h30 un premier répit pour faire ce résumé.
  • 18h45 : voilà qu’on nous appelle pour le pot d’accueil du commandant.

Suivra un excellent repas et une soirée cinéma pour ceux qui le souhaitent. A suivre !

Jean-François Hogrel
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à bord

© J.F Hogrel


A bord du Marion-Dufresne, le 6 décembre 2017

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1er jour

© S.André

Rendez-vous à 13h pour l’embarquement. Nous y sommes, tous les douze, catégorie "touristes", accueillis par Clémence qui va nous guider pendant tout le voyage et commence par nous attribuer nos cabines, une pour deux.

A 14h15, nous sommes accueillis par Mme Tagand, sous-préfète des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Sa cheffe est à Paris en ce moment.

Brève présentation :

  • des TAAF et de ses missions : collectivité "sui generis", atypique, notamment du fait de l’absence de résidents permanents, avec même une "spécialité législative", puisque le parlement doit préciser si les lois votées doivent s’y appliquer ou non.
  • du Marion-Dufresne, avec ses quatre rotations annuelles dans les terres australes dites OP1 à OP4 et les campagnes océanographiques. Outre l’approvisionnement des bases, notre rotation dite OP4-2017 est qualifiée de "scientifique" car elle va permettre d’acheminer et de ramener principalement des personnels à vocation scientifiques sur Crozet, Kerguelen et Amsterdam.
  • de la Réserve Naturelle, créée il y a 10 ans et qui vient d’être largement étendue dans le domaine maritime en 2016. Elle fait l’objet d’une demande d’inscription au patrimoine mondial.
  • de la sécurité à bord et sur les îles

Nous apprenons aussi la présence à bord de deux artistes en résidence, l’un se rendant à Crozet, l’autre à Kerguelen. Les TAAF sélectionnent en effet des artistes tous les deux ans suite à un appel à projets, "les ateliers des ailleurs" qui avait reçu130 réponses.

A 15h, accueil des TAAF pour l’ensemble des passagers à bord (touristes, scientifiques, etc.). Hors équipage, nous sommes 65 à bord au départ de la rotation et nous serons 85 au retour. 30 personnes vont débarquer à Kerguelen.

A 15h15, rendez-vous en salle de conférences pour la sécurité à bord avec une première présentation filmée et une démonstration d’utilisation d’une combinaison de survie. Consignes données pour l’exercice qui va suivre.

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Caricature par Christophe Rozier

Un peu avant 16h00, simulation d’évacuation du bateau : chacune a rendez-vous sur une zone prédéfinie sur le pont H, la rouge pour ce qui nous concerne, où nous devons être le plus vite possible en cas d’alarme, avec nos combinaisons de survie. 3 mn pour rassembler tout notre groupe.

Vers 16h45, le Marion-Dufresne appareille. Moins d’une heure après l’hélicoptère nous rejoint.

Et vogue le bateau vers le sud… et le vent et le froid !

Jean-François Hogrel
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Embarquement sur MD

© J.F Hogrel