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5 décembre 2016

Journal de bord du Marion Dufresne (OP4-2016)

Vendredi 2 décembre

Ça démarre très fort. Déjà, l’arrivée au port, c’est un peu spécial. On a tous déjà, plus ou moins arpenté un grand port de commerce, en France ou ailleurs. Mais y arriver pour une fois en franchissant les barrières avec passeport, badge et monstrueux sac à dos, ça donne le trac. Le TRAC ! C’est ça !

Premier contact avec les autres touristes (c’est notre étiquette…faute de mieux, pour nous différencier de la majorité, en mission de travail). Au début j’ai cru que tous les sacs à dos posés à terre permettaient de repérer les touristes. C’est idiot comme tout. Ça s’explique bien par le fait que la durée du voyage et la période excluent une activité professionnelle « habituelle ». Certains sont retraités, environ la moitié, mais de ceux qu’on rencontre sur un GR de montagne, plutôt que sur « Harmony of the seas ». Dieu merci. Le tutoiement s’installe très vite.

Moment symbolique fort : le largage de la dernière amarre. C’est fou ce que ces amarres semblent fragiles au regard du volume massif du bateau. Le bateau ! Un mythe presque. On s’installe a minima dans nos cabines (deux personnes) et on attaque une visite au pas de course pour l’essentiel. On fignolera demain. Je ne vais pas me lancer dans une description. C’est fastidieux. Mais savoir, déjà, à quel pont on habite, à quel pont on mange, où sont les portes de sortie, où sont les escaliers, la bibliothèque, le bar, la salle de sport…où est bâbord, tribord, quand on n’a pas la vue sur mer depuis les coursives, c’est rude à avaler dans la première heure.
On a de la chance, il fait très beau, on se balade sur les ponts extérieurs, on peut contempler la belle île de la Réunion qui s’éloigne, assister à l’atterrissage de l’hélico, un Écureuil, qui nous rejoint à 3 ou 4 kms du port. Il n’a pas le droit de survoler le port. Il reste maintenant à bord, dans sa loge, pales démontées.

Et puis, dès les premières heures, ce qui nous occupe ce sont les conversations avec « les autres ». Tous les autres, sauf les marins pour le moment. Ça viendra peut-être à l’occasion, mais ils travaillent, eux ! Et pour causer, on cause. Le moment le plus propice est le dîner. Notre premier dîner à bord. Salle de restaurant somptueuse, toutes les tables couvertes de nappes blanches, deux verres à chaque table, tout impeccable, bien présenté. Service très pro, souriant. Toute l’équipe de restauration semble très fière de faire ce métier, surtout sur ce bateau.

Les conversations ont été amorcées pendant le sacro-saint apéro autour du bar du forum, attenant au restaurant. On essaie de ne pas rester « entre soi », et au contraire d’aller au-devant des divers personnels de diverses missions, origines, nationalités, organismes officiels ou ONG. Les âges variés se côtoient, chacun apportant quelque chose à l’autre. On s’aperçoit très vite, si jamais on en avait douté, qu’ici personne n’est banal ! On peut aussi se rendre compte que l’état d’esprit est autant dû aux traditions du bateau et des TAAF, véhiculées par les « anciens », ceux qui ont fait plusieurs rotations, qu’à la « mise en musique » très dynamique et enjouée d’Anne Recoules, qui encadre les touristes de A à Z. Enfin, plus ou moins tard selon les tempéraments, c’est l’heure du sommeil bien mérité après une journée aussi intense. Une très légère houle nous berce. On y est !

Marc

Samedi 3 - Lundi 5 décembre

Les trois premiers jours, on s’installe, on prend ses marques, on écoute les recommandations, on lit les avertissements. Sérieux, on est !

On va même jusqu’à écouter des conférences. Leur rythme est soutenu. On pourrait croire ça superflu, mais que nenni ! Topos sur le fonctionnement et l’organisation de la structure des TAAF, leur histoire, ou plutôt celle des îles elles-mêmes, son rôle de protection de la nature, de scène unique de recherche sur les animaux marins ou les oiseaux, la flore. On fait connaissance avec les météorologues, car ils viennent assurer une maintenance régulière de leurs installations, en renfort du seul homme qui reste à demeure (lui qui lâche un ballon sonde tous les jours à 16h00, qui montera dans l’atmosphère pour les mesures).

La protection de la nature est un des sujets majeurs. L’exposé est convaincant, et se prolonge le lendemain par la fameuse séance de décontamination. La valse des affaires personnelles est étourdissante. Tout sortir des sacs, tout déplier, tout aspirer, brosser les chaussures, laver si besoin, et même passer à la pince à épiler tout ce qui peut receler l’ombre d’une graine. Car LÀ est l’ennemi ! LA GRAINE ! La chasse à tout intrus vivant sur ces îles préservées est féroce. Heureusement les humains sont acceptés, mais sous contrôle.

Parmi les « conférences » (je ne sais quel mot employer), il en est une très particulière. Olivier Lardeux nous avait déjà étonnés sur le port, à La Réunion, lorsqu’il photographiait un magnifique zèbre en papier mâché, presque grandeur nature, posé sur le quai. L’image était diablement insolite. Aujourd’hui il déroule pour nous son projet actuel : il promène un vrai troupeau de douze zèbres en papier mâché ( !!! six sur le bateau, c’est déjà bien !) depuis La Réunion, et les emmène dans les Australes où ils poursuivront, ambassadeurs, leur message d’amour de la nature, de la biodiversité, d’amour des gens. Les réactions de tous ceux qui approchent ses zèbres sont partie intégrante du projet. Ça se construit donc au fur et à mesure. Lui, photographie ses bêtes, les gens, le décor autour, filme parfois. Ce qu’il nous présente en salle c’est le résultat provisoire, un petit bijou de 15 mn essentiellement en photos, un peu en vidéo, tout en noir et blanc, et un commentaire à la fois circonstancié et poétique très original, très frappant. Grand succès !
La soirée après dîner s’agrémente d’un petit récital d’accordéon, accompagnant le chant. Et devinez qui nous charme ? La médecin du bord, Agathe ! On a droit à « Mon amant de St Jean » entre autres, que tout le monde reprend en chœur. Les Américains semblent ravis d’entendre des traditionnels français. Y a pas qu’eux. Les Cognac, tisanes, et mixtures colorées sèment l’ambiance.

Mardi 6 décembre

Parmi diverses activités (manger, boire, dormir), ce mardi est encore un moment d’apprentissage, outre la poursuite de la décontamination en salle de « biosécurité ».
On découvre, pour la plupart d’entre nous, ce qu’est l’hydro-acoustique. Mr Fouquet, du CEA, entouré de Mario Zampolli et de plusieurs Américains, nous expose ce qu’ils feront sur Crozet. Il s’agit de poser des câbles optiques munis de capteurs acoustiques, sous la mer vers 550 m de profondeur, à quelques km de l’île, disposés en triangle. Le rôle de cet équipement est d’écouter les sons qui pourraient être émis par une nation effectuant des essais nucléaires (maintenant interdits). Il va de soi que les capteurs enregistrent tous les sons qui leur parviennent, dont les communications des baleines, les bruits des icebergs qui tombent, les tremblements de terre, les forages sous-marins etc…Mais leur mission est exclusivement la surveillance nucléaire. Le choix de Crozet est justifié par la petite taille de l’île, qui fait qu’elle ne masque pas grand-chose, elle est quasi inhabitée, donc peu de pollution sonore, et enfin idéalement située, loin de toute terre habitée, et permettant aussi de glaner des sons jusqu’à l’Atlantique nord, le Pacifique sud, et l’Océan Indien bien sûr.

Il faut aussi parler de Frank Meynet, dit « Hippolyte » qui nous montre ses derniers albums de dessins sur écran : Le Sénégal, les Enfants de Kinshasa, les coqs de combat de la Réunion, Les Chagos, et le Rwanda. Dessins mêlés de photos, le tout très émouvant, très beau, souvent tragique. Beaucoup trop à en dire dans ce cadre restreint.

Mercredi 7 décembre

Maintenant, c’est les 40èmes rugissants. Portent bien leur nom ces salauds-là.
Depuis presque 24h, on y est, et on doit s’accrocher à tout ce qui est solide. La chaise où je suis vient même de reculer d’un mètre.
Ça tangue et ça roule à fond. Les vagues font 7 à 8 m ! Les verres à pied installés au départ sur les tables ont été remplacés dès hier soir par des verres plats. Pisser debout devient un exploit. Pardonnez la trivialité, mais il y a de quoi rire. Porter un plateau au petit déj’ c’est pire encore.

La nourriture est excellente. Seul reproche : trop de tout.

Mon voisin de cabine heureusement ne ronfle pas. C’est un type très sympa, ex-instit’, qui a connu en début de carrière une classe unique, dans un village de Lorraine. Il avait 12 élèves de 5 à 15 ans. Pas deux du même âge. Il était heureux comme tout. C’est plein de gens qui ont tous des trucs à raconter, jeunes ou vétérans, c’est leurs travaux et recherches en cours qui nous transportent : un ichtyologue Norvégien, une botaniste française, un spécialiste CEA de l’hydro-acoustique déjà cité, et une parigote rigolote, « camera-woman » freelance etc… Quand je dis « personne n’est banal ici », on peut me croire.

Les albatros nous suivent de près sauf depuis que le vent est très fort. Pas faciles à photographier.

Au moment où j’écris, on est sollicités par le CROSS Réunion, lui-même prévenu par le CROSS lié au PC Course, pour aller sauver un concurrent du Vendée Globe qui vient de casser sa quille au Nord de Crozet. Son bateau est HS. On y sera vers 21 h ce soir heure Réunion. Je ne sais pas de qui il s’agit à l’instant. Le gars est planqué dans sa bulle de survie, il a de l’air, de l’eau, et assez à manger, pas froid. On n’est pas du tout sûrs de pouvoir le sortir de là dès notre arrivée, car la mer est démontée, et la nuit c’est moyen. On devra sans doute attendre demain matin. Mais le soleil se lève vers 04h00, c’est bientôt.

Sans doute on ne débarquera pas à Crozet demain, comme prévu.

Marc

Jeudi 8 décembre

On est au mouillage depuis mercredi, 16h devant l’Île de la Possession, partie principale de l’archipel de Crozet. T° de l’air 5,2°C, de l’eau 4,8°C. Notre skipper sauvé s’appelle Kito De Pavant. Une vraie tête de skipper, barbu, échevelé, bronzé. Il discute volontiers avec tout un chacun.

Première vision de Crozet : Blanc, sur fond blanc. Et de l’eau bleu-noir autour. En trente minutes ça se lève devant nos yeux, mais incomplètement. Le premier accueil est assuré par un couple de manchots, au pied de la coque, qui ont l’air ravi d’avoir de la visite. Puis deux ou trois autres puis encore. Les équipes de scientifiques, et hivernants sont descendus par l’hélico dès hier fin d’après-midi quand le plafond s’est un peu levé.

Ce matin, mer d’huile, ciel bleu avec deux nuages qui se battent en duel. La valse de l’hélico commence très tôt avec priorité aux missions du Marion Dufresne. Nous les passagers sommes emmenés dès 8h45, avec une rotation toutes les 10 minutes. On atterrit sur la "Baie US" qui n’a d’US que le nom. C’est en fait l’embouchure de la rivière Moby Dick, au bout de la "vallée des branloires". Le sable est noir, et quasi recouvert de manchots. Ils font genre manif "Nuit debout" le jour. Beaucoup de bébés, marrons dans leur duvet. Les éléphants de mer sont beaucoup moins émotifs, étalés par dizaines, comme des rochers mous et gris. Souvent entassés les uns sur les autres. Ils laissent échapper des grognements, et surtout de puissantes flatulences de toutes sortes, du meilleur effet. L’odeur qu’ils dégagent (on le sait avant, mais ça surprend quand même), n’est pas spécialement sexy. On découvre aussi les "skuas", gros oiseaux bruns, peu craintifs, culottés, et même voleurs. L’un de nous se fait voler sa pomme dans sa main ! Les "chionis" (k) sont aussi très peu farouches, petites boules blanches de la taille d’un gros pigeon. En fin de journée on découvre sur la plage un couple de manchots papous, et plus loin dans un creux herbeux, une otarie, à la sieste, toute seule. Dernière image, deux trous boueux (des "souilles") proches de la plage, remplis chacun par un éléphant de mer complètement tartiné de boue. On m’explique qu’ils ne peuvent sortir de leurs trous qu’après une pluie qui les remplit d’eau. Ils ne devraient pas trop attendre à Crozet.

A propos de météo, tous les habitués nous disent n’avoir jamais eu une journée comme ça à Crozet : soleil du matin au soir. On rentre presque secs, sauf ceux qui ont rempli leurs bottes en traversant la rivière. On se séchera au bateau.

Marc

Vendredi 9 décembre

Crozet ? Pas Crozet ? Hélico ou pas ? On est suspendus aux caprices du vent, du brouillard et de la pluie (la pluie, pas tellement une gêne pour l’hélico). Et finalement ça se décide avec le concours des météorologues. On part à 13h45, par vagues successives comme d’habitude. De l’eau en bas, au-dessus, partout, du vent. Le transfert du bateau à la base Alfred Faure dure une minute. Le pilote est vraiment un as, impressionnant.
Sur la base on va surtout visiter des locaux. Mais dans les locaux il y a des humains (!!!!) qui travaillent (!!!!).Et on est super bien accueillis partout, à commencer par le DisCro (pour les non initiés, c’est le chef du District de Crozet, Dis-Cro). Il nous accueille avec l’écharpe tricolore comme si nous étions des ambassadeurs ! Jeune responsable de haut niveau, il a des pouvoirs étendus à la mesure de ses responsabilités. Il peut être OPJ, Officier d’Etat Civil, chef d’entreprise, psychologue… Il semble très à l’aise face à toutes les difficultés de sa fonction. Il nous reçoit dans son bureau (qu’il dit "mal rangé", il n’a pas vu le mien), et déroule avec humour et pédagogie le tableau quasi complet de la vie sur l’archipel. Nos remerciements sont sincères.

Nous serons ensuite reçus dans plusieurs labos où travaillent depuis des mois de jeunes ou moins jeunes chercheurs, en botanique, ornithologie, entomologie, biochimie, et j’en oublie. Chacun nous explique avec des mots compréhensibles ce qu’il (elle) fait. Un mélange de science, de passion, et de ténacité. Nous sortons de là ayant dépassé toutes les durées prévues pour ces visites, heureux, et presque étourdis .

Quelques minutes de crainte, toutefois, au moment de reprendre l’hélico, car le vent pousse quelques rafales à 45-47 nœuds…soit presque 90km/h ! Le pilote ne s’en laisse pas compter. Et tout ira bien.

Marc

Mardi 13 décembre 2016

Trois jours sans un mot, il faut une explication : voyage de Crozet à Kerguelen. Le temps est consacré aux présentations des hivernants, aux préparatifs de randonnée sur Kerguelen, un peu au repos, beaucoup au bavardage. Sinon, pourquoi on est là ?
En quittant l’île de la Possession, faisant partie de l’archipel de Crozet, le 10/12, on passe devant la voisine, l’île de l’Est, souvent noyée dans le brouillard et invisible. C’est un gros caillou noir et déchiqueté, haut de 1000 m à pic sur la mer. Un cauchemar, mais beau.

Et on arrive à Kerguelen le mardi 13/12 vers 04h00. Perdue dans la brume, elle se dégage assez vite, au prix d’un petit coup de neige (c’est l’été ici…). Minérale, massive, majestueuse, terrifiante. Voilà le premier coup d’œil. Sombre beauté, attirante et hostile à la fois. Plusieurs escadrilles (pacifiques) d’albatros nous escortent. Ils semblent assez joyeux de nous voir. C’est réciproque. Des fuligineux, des grands hurleurs…les autres j’ai du mal à les identifier.

On passe la journée à tourner autour par le sud-ouest, jusqu’au Golfe du Morbihan (ne pas oublier la dominante bretonne parmi les découvreurs français). On y pénètre pour mouiller au large de la base, à Port-aux-Français. Le soleil est encore une fois de sortie, faisant mentir tous les habitués des 50èmes rugissants. La mer est d’huile…On y perd son latin.

Là, je m’arrête pour plusieurs jours, car à terre, pas possible d’écrire ce journal. A bientôt pour de nouvelles aventures ! (5 jours plus ou moins).

Marc

Mercredi 14 - Vendredi 16 décembre

Kerguelen, c’est énorme. Grand comme la Corse ! Sans fâcher les TAAF, c’est moins riant…Mais quelle beauté ! Le relief est découpé comme une dentelle, des milliers d’îles et îlots, des golfes étroits et profonds de 100 km parfois. Pour tout navigateur, c’est un défi permanent, surtout que les cartes marines et même terrestres ne sont pas (encore) très exactes.

Notre sous-groupe de six est héliporté sur 70km à l’intérieur des terres, vers la « cabane Laboureur ». Les descriptions du paysage par les uns et les autres, varient de « C’est un peu comme en Norvège » à « On dirait la Mongolie » et autres souvenirs de voyages. Bref, c’est Kerguelen. Notre cabane en bois est au bout d’un long fjord, au pied de rocailles de basalte gris et de pentes vertes d’acaena (voir dictionnaire), au bord de l’eau. Autour, une flopée d’animaux, en plus petites colonies qu’à Crozet, et plutôt plus accessibles : gorfous sauteurs, manchots papous, une seule éléphante, venue s’isoler, deux dauphins de Commerson qui nous régalent d’un ballet, des goëlansd, skuas, sternes et cormorans. Ne pas oublier ces témoins silencieux : des centaines de milliers de moules ! Elles seront un peu moins nombreuses le soir… Puis randonnée d’environ 5 ou 6 heures vers une cascade, où nous pique-niquons au soleil. Et finalement tout le monde s’endort en pleine journée, au doux bruit de l’eau, avant un retour où nous découvrons quelques squelettes de grosses et petites bêtes. La vie n’est pas toujours facile ici.

L’autre sous-groupe est allé (à pied sous la pluie) à la cabane Jacky, à trois heures et demie de marche de la base. Ils ont tenté la pêche mais sans grand succès nous disent-ils.

Notre première soirée est avant tout gastronomique. Je n’ose donner le menu, mais ça commence par des moules. Sommeil profond après.

Les deux groupes inversent le lendemain. Cabane Jacky très agréable aussi, et le paysage est plus dégagé, moins austère. Mongolie plutôt que Norvège. Après une matinée de pluie, on passe l’après-midi à sécher nos vêtements devant le chauffage au gaz, un peu déconfits mais heureux de ne rien faire. Nos encadrants « Réserve Naturelle », hier et aujourd’hui, sont aux petits soins pour nous, sans exclure les explications savantes sur tel ou tel aspect des lieux, faune et flore incluses. On les remercie ici très sincèrement. La soirée est un moment d’intenses discussions sur l’avenir des jeunes générations, comparé aux jeunesses faciles de la génération « baby-boomers ». Merci, Agathe, d’avoir lancé le sujet !

Pour finir, votre serviteur, ayant enfreint les consignes habituelles de prudence, manque de disparaître dans une souille. Conseil : ne vous aventurez pas seul dans une zone marécageuse, vous pourriez ne pas en revenir. Sérieux !!!

La journée se termine par un retour à pied à la base (4h sans se presser), passant encore devant des autochtones ébahis (manchots, éléphants…) puis une visite de la base, grâce à Hugues. La bibliothèque est particulièrement admirée, ainsi que l’hôpital, bien équipé. L’énorme buffet de midi est tout aussi apprécié. Puis les adieux, la poignée de main du DisKer, l’hélico, le Marion.

Marc

Du 17 au 23 décembre

Pas facile de fournir le journal au jour le jour. Les opérations sont nombreuses et le « débit » internet n’est pas toujours au rendez-vous. Cela explique aussi le petit nombre de photos que nous insérons dans le texte. Enfin, quand nous sommes à terre… pas possible d’écrire sur l’ordinateur du bateau. On regrette bien de ne pas pouvoir faire mieux et plus vite.

Samedi 17, dimanche 18, lundi 19 décembre

Nous avons essentiellement navigué entre Kerguelen et Amsterdam. On a « perdu » du temps (si j’ose dire, car c’était du temps utile) à attendre que le brouillard se lève pour que l’hélico puisse décoller et récupérer les géologues qui avaient fini leur « manip ». On a donc fait des ronds dans l’eau pendant plusieurs heures, pour d’autres raisons aussi, liées à la base (un blessé à emmener). Le reste du voyage fut très agité avec encore des creux de 8 m, vaisselle cassée, nuits hachées, petits matins pas frais. On a quand même pu admirer le Mont Ross (sommet de Kerguelen à 1850 m) exceptionnellement dégagé.

Mardi 20, mercredi 21, jeudi 22 décembre

On arrive à Amsterdam mardi, sans passer devant St Paul, pour raison de retard (voir ci-dessus). Encore soleil, eau à 15°, air idem, vent d’Ouest 35 nœuds. Je bénéficie personnellement d’un cours du bosco sur quelques nœuds marins, et on suit tous un cours niveau Collège de France, sur les « Oursins sous acide », par Philippe Dubois. Ses travaux essaient d’anticiper précisément les effets du changement climatique sur les oursins, à travers l’acidification des océans par le CO². Kerguelen est un terrain favorable à ces études.

14h00. On débarque, accueil sympathique du DISAMS, en écharpe tricolore. Première grosse surprise, la température, deuxième, la végétation, avec pour la première fois, des fleurs et des arbres, ça fait du bien. Troisième surprise, les otaries. Un sujet en soi. Ces petites bêtes sont adorables dans l’eau, chez elles, mais à terre, en période de reproduction, et avec des bébés, c’est un peu terrifiant. Les mâles constituent leur harem, les femelles défendent leurs bébés, et il y a une agitation agressive permanente. Les humains qui s’approchent sont donc des victimes désignées. Le discours qui nous prévient ainsi est complété par une distribution de bâtons. Interdit de s’en séparer ! Les otaries nous attendent sur tous les chemins proches de la mer, où elles siestent à longueur de journée. Ne pas s’approcher à moins de 2m. C’est facile à dire, mais quand il faut passer pour aller à la cabane, il faut jouer de la voix, du bâton, et avancer même si on a un peu peur. Les gueules ouvertes, les rugissements ou feulements sont assez intimidants. On aura même droit à une agression : Benoît, un prêtre très sympa qui est avec nous depuis le début, en visite sur toutes les îles, est subitement chargé par une otarie sur une bonne dizaine de mètres. Il s’en tire avec le bon réflexe finalement : s’écarter de la trajectoire. Il dira une heure plus tard « C’était une otarie anti-cléricale ». Ça existe !

Les trois jours sont très remplis. Je ne peux pas tout dire, juste quelques extraits :
On séjourne dans deux cabanes en deux sous-groupes, l’une au bord d’une colonie d’otaries, 10 m plus bas (concert nocturne non-stop), l’autre, maison de poupée sur la lèvre d’un volcan (éteint !) rempli de Cryptomeria japonica, avec une vue en pente douce sur la mer à 1km (je rends à César, cette dernière phrase est de Jacques D.).
On se réjouit aussi devant une série de buffets gargantuesques avec langoustes.
Belle balade à « BMG » lieu magique, 100 m au-dessus de la mer, perdu parmi les buissons de scirpes (qui ressemblent à des joncs, mais ce n’est pas la même famille). On s’y allonge dans un creux à l’abri du vent, et on exécute enfin un programme nommé « RIEN ». Merci Anne ! Vautrage général dans les herbes au soleil.

Dernier épisode mémorable, c’est lorsque notre « guide » Réserve Naturelle nous a fait planter un « Phyllica » chacun. Apprentissage, puis travaux pratiques dans un vallon abrité. Le but est de repeupler l’île de cet arbre autochtone, dont la population a failli disparaître par incendies répétés.

Marc

Samedi 24 - Vendredi 30 Décembre

J’aurai la décence de ne pas vous détailler les festivités autour de Noël. Presque un outrage au bon sens ! Il faut mettre à part la messe en plein air sur la DZ (affluence !), dont le caractère unique a séduit et ému plus d’un(e). Le 24 au soir, et 25 à midi, menus gastronomiques, langoustes, bons vins, j’en passe. Le 24, chants de marins à table, initiés par un groupe de jeunes Bretons (pas seulement, mais majoritaires), chansons paillardes, éclats de rire assurés. Distribution de cadeaux, danse…

Le 25 matin une conférence très pointue et bien vulgarisée par le prof. Dr Bart Van de Vizjer. Qu’il me pardonne si son nom est mal orthographié. Sujet : "Les diatomées, bijoux de la planète". On en est convaincus à la fin (tenus en haleine 90 mn) mais nombreux parmi nous ne connaissaient pourtant même pas le nom de ces micro-algues, essentielles à la vie sur terre, si on a bien compris. Puis en route vers Tromelin, dès le 25.

Le 26, Barbecue surprise sur la DZ pour tous, touristes, marins, hivernants. Ambiance musicale assurée.

Le 27, comme prévu (et on sait ce que ça représente d’efforts sur un parcours comme le nôtre, de tenir le calendrier), nous débarquons à Tromelin vers 9h00.

Pour moi c’est "Île Tromelin : La possibilité d’un enfer". Résumé un peu court et trop négatif, que je corrige tout de suite : des oiseaux peu farouches (fous à pied rouge, sternes blanches, noddis bruns, frégates) nous escortent, ou bien restent paisiblement sur leurs nids à 1m du sol sur les veloutiers (les arbustes qui survivent sur l’île). Et en fin de balade sur la plage, on voit un grand nombre de cratères de ponte de tortues, ainsi que leurs traces dans le sable. On finit par les voir elles-mêmes dans l’eau, à proximité du bord.

Tout au long de la balade on ne peut s’empêcher de penser aux esclaves abandonnés, même si leur histoire est archi-connue et bien ancienne.
La base est entourée heureusement de quelques cocotiers qui donnent de l’ombre. L’accueil y est comme toujours très plaisant.

L’impression générale est propre à chacun, mais pour moi, c’est, au-delà de la carte postale, et même en oubliant l’histoire tragique, un "confetti" où la vie humaine n’a quasiment pas sa place.

Demain le 28, c’est "en mer", le 29 on accoste au port, à l’île Maurice. On compte se réadapter à la civilisation et au monde créole. Le 30, c’est "retour kaz" à la Réunion.

Avoir parcouru 10000 km à la vitesse d’un Solex, être passés par des mers démontées, avoir dormi dans des cabanes par 4°C humide (dehors), avoir côtoyé tant d’animaux différents, où les pensionnaires du zoo c’étaient nous, cela donne un vertige rétrospectif. Comment raconter tout ça à nos proches quand nous serons "at home" ? Inracontable ! Surtout si on veut en prime y mettre l’ambiance du Marion, les arrivées et départs successifs des hivernants, leurs larmes, les conférences des patrons de laboratoires, la gastronomie, l’accueil exceptionnel en passerelle (merci, Commandant, pour votre tolérance !!!), les apéros au forum, les petits coups de chansons et accordéon………I

Inoubliable OP4.

MERCI à tous !!!

Marc