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Journal de bord du Marion Dufresne OP3-2017 (novembre)

Les premiers jours à bord du Marion Dufresne

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appareillage

© C.Lecourt

"7 novembre – 16h. Fin prêts pour l’appareillage, nous nous installons sur le pont pour assister à la manœuvre. A la dernière seconde, un homme en short et t-shirt blancs grimpe à bord, l’air nonchalant, avec ce qui ressemble à une serviette autour du cou, comme s’il sortait de sa douche. On replie la coursive derrière lui, une opération minutieuse, comme toutes celles qui se dérouleront autour de nous.
En regardant le quai s’éloigner, je ressens une sorte d’allégresse. La mer est sublimement bleue, les Hauts se découpent sur un fond de ciel à peine marqué de quelques nuages blancs, Gros Morne, Cimendef, Dos d’Ane. A cette distance, même les bâtiments du Port revêtent une certaine élégance, mis en valeur par la silhouette des cocotiers et des mâts du port de plaisance. J’échange quelques photos et sms avec la terre, ce seront les derniers avant de perdre tout réseau pour les 4 prochaines semaines…
Le bateau pilote nous suit et j’en prends quelques clichés, jusqu’au moment où il s’approche d’assez près pour permettre à un homme de sauter ‘en marche’ depuis une échelle du MD. C’est mon homme en blanc. On a ‘lâché’ le pilote.

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bateau pilote

© S.Vanston

Quelques instants plus tard, on annonce l’arrivée de l’hélicoptère. Tout bleu outremer lui aussi, il fait l’objet d’un embarquement décalé car ces appareils ne sont pas autorisés à survoler le Port. Nous l’admirons tandis qu’il se pose sur un mouchoir de poche à l’arrière du navire. Un pompier est là, juste au-dessous de mon perchoir, aux commandes d’une espèce de canon peint en rouge pétard. Avec son gros casque rutilant à collerette en papier d’argent et son costume ignifugé, on dirait un combattant de l’Empire prêt à passer à l’action.

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en attendant l Hélico

© S.Vanston

Un peu de rangement et c’est déjà l’heure du dîner, 19h15 pile. Nous sommes assis avec quelques membres de l’Institut P-E Victor et nous en apprenons plus sur leurs activités. C’est le premier de ces repas où chacune des nouvelles personnes rencontrées voudra bien partager avec nous un peu de son expérience, de ses travaux, de son histoire. La diversité des parcours et des intérêts est extraordinaire.

8 novembre - Conférence matinale. Nous sommes invités à partager les raisons qui nous ont conduits sur ce bateau : rêves anciens, amour de la mer, des animaux, intérêt scientifique, chacun a suivi un chemin différent pour aboutir à cette aventure commune. Puis nous faisons une rapide visite du navire : Escaliers qui montent, descendent et se croisent sans se rencontrer, zones autorisées, zones interdites et zones, comme la passerelle, où notre présence sera tolérée à certains moments, moyennant un silence total. Dans la salle des scientifiques où s’affichent sur plusieurs écrans l’heure GMT, la force des vents, la direction et la vitesse du navire, sa position et bien d’autres mesures, deux ornithologues installés dans un coin de fenêtre se laissent interrompre et nous citent le nom des oiseaux qui évoluent alentour. J’apprends ainsi qu’il existe plusieurs variétés de fous, outre celui de Bassan.
Pas de conférence cet après-midi car le moment est venu de découvrir l’île de Tromelin. Longue goutte de sable corallien et de maigre verdure, son kilomètre carré flotte à la surface des eaux, culminant à 5 mètres d’altitude.

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Tromelin

© S.Vanston

Faute de pouvoir descendre à terre, je passe des heures à observer les manœuvres à bord. Sortir l’hélico de son hangar, déplier une à une ses pales, affaler les barrières de la minuscule aire de décollage, ouvrir l’immense gueule de la cave, réveiller la grue de sa position assoupie, bras ballant, la faire pivoter encore et encore, de gauche à droite et de droite à gauche, de bas en haut et de haut en bas, pour empiler et déplacer de gros containers cubiques, ici puis là puis ici de nouveau, comme dans un immense jeu de Rubik’s cube, expédier ceux-ci vers l’île et en rapporter d’autres, au bout d’un long filin qui se balance dans le vent.
C’est déjà l’heure de repartir et nous regardons l’île qui s’éloigne, la trompe du bateau dit au revoir et il me semble voir la troupe que nous venons de laisser derrière nous agiter les bras avec quelque peu de mélancolie. Mais ce n’est peut-être que le fruit de mon imagination."

Sylvie Vanston
Extraits de mon JOURNAL DE BORD - MARION DUFRESNE - OP3 TAAF 2017

Samedi 11 novembre

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Marion Dufresne

© C.Lecourt

"Nous sommes partis depuis mardi, il est temps de donner des nouvelles. A l’heure au rendez-vous au pied du Marion Dufresne, nous avons vite été happés par les impératifs du bord. Installation dans la cabine, exercice d’évacuation, repérage de notre environnement.
Le départ est annoncé pour 16h00, finalement nous larguerons les amarres à 16h30.
Le bateau siffle pour dire au revoir,
long coup de sifflet,
la cheminée fume elle aussi,
et nous nous engageons dans le chenal de sortie. Temps calme ensoleillé, très peu de vagues. Nous longeons la cote vers l’ouest avant d’effectuer un grand virage vers le nord. L’hélicoptère arrive, tourne autour du bateau que chacun le voit et se pose sur l’héliport arrière du bateau. Nous sommes prêts pour la rotation.
Direction Tromelin, pour déposer des artisans qui installeront une alimentation électrique en photovoltaïque sur l’île, ainsi qu’une équipe chargée de couper les palmiers qui n’ont rien à faire là. Ils gênent les arbustes en les protégeant du soleil et les faisant dépérir et mourir. Or ces arbustes sont indispensables aux oiseaux. Sans arbustes pas de fous à pieds bleus ou rouges. Personne d’autre ne descendra.
Petit pot d’accueil, uniquement pour les touristes embarqués, avec présentation des personnes importantes sur la rotation, suivi du repas.
La journée a été longue, il est temps de dormir."

Le lendemain
"C’est l’arrivée à midi à coté de l’île de Tromelin, vaste îlot plat (7m de dénivelé), battu par les vents et la mer, écrasée par le soleil. Comment des naufragés ont-ils pu y vivre pendant 15 ans ? Mystère.
Les oiseaux sont venus à notre rencontre, nous observant depuis les airs, intrigués mais pas farouches, à peine dérangés par l’hélicoptère qui toute l’après-midi fera des rotations pour déposer les personnes qui vont y séjourner et tout le matériel pour le travail, mais aussi la logistique. Tout arrive par les airs, les vivres, l’eau et tout objet indispensable à la vie et l’étude sur place. Il faut penser à tout, ne rien oublier, du repas, de la vie, au moindre bobo, anticiper la moindre panne de matériel. Un site météo automatisé important est installé depuis des années, il surveille tous les cyclones qui se forment sur l’océan indien. Les missions de biologie suivent les oiseaux ré-installés depuis peu et les tortues."

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oiseau devant Tromelin

© C.Lecourt

"Départ en soirée vers le sud. Depuis nous piquons droit vers les mers australes, dignes de leur réputation. Passée la pointe de Madagascar, le temps s’est gâté. Orage d’abord, et vagues ensuite. Cà a tangué toute la nuit, les vagues ont tapées sur le bateau. Rien de bien méchant, mais çà se sent. Aujourd’hui interdiction d’aller sur la plage avant. Les sauts du bateau nous abreuvent en belles vagues écumées. Elles ne passent pas encore sur le bateau, nous verrons la suite.
Mardi matin arrivée à Crozet." Christine et Renaud Lecourt

Descente vers le sud

"Le bateau file tout droit depuis notre passage devant La Réunion. Jour et nuit cap 185°, imperturbable, droit dans les vagues, face au vent. Dès le dépassement de la pointe de l’Afrique le vent a forci, 25 nœuds.

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descente vers le sud

© C.Lecourt

Entre les conférences et les ornithos présents dans le bateau nous savons tout sur les oiseaux et plus particulièrement sur les albatros. La chasse aux oiseaux est ouverte sur les ponts. Un pétrel par-ci, un albatros par-là. Prise de photos sportive, cramponnés au bastingage, bousculés par le vent et secoués par la houle.

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petrel à menton blanc

© C.Lecourt

Mardi 9/10h arrivée à La Pointe Basse, île de La Possession, archipel des Crozet, où nous déposerons quelques scientifiques avant de filer vers la base Albert Faure, où espérons-le, le temps nous permettra de débarquer pour une grande balade.
D’ici là nous continuerons à suivre le vol des oiseaux, à les photographier, …
Ce matin surprise, le passage des 40ème s’est fait en douceur, mer d’huile et sans vent, soleil presque au rendez-vous. Les skippers du Vendée Globe, nous raconteraient-ils des crasses ?
L’OP 3 est la rotation des jeunes. Elle rassemble les futurs hivernants qui passeront 13 mois sur une base, ainsi que des jeunes qui seront présents tout au long de l’été austral. Ainsi partis à 113 nous reviendrons à La Réunion à 40. La rotation suivante se chargeant de ramener, les hivernants de la fournée précédente."
Christine et Renaud Lecourt

14 novembre 2017

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à pointe basse

© C.Lecourt

"Nous voilà devant Pointe Basse, île de La Possession, temps maussade, brouillard, petite pluie fine, bien peu engageant. Première rotation pour envoyer quelques jeunes faire des manips. Ils rentrent avant midi et nous repartons vers la base Albert Faure.
Depuis ce matin tout bouge dans le bateau, les hivernants, les scientifiques, tout ce petit monde se prépare à descendre à terre. Nous les touristes nous serons les derniers. Couche de vêtements sur couche de vêtements, nous nous habillons pour affronter le grand sud.
On s’interroge, le temps ne semble pas y mettre du sien. Le brouillard tombe, on ne voit pas la base et le pilote de l’hélico arrête tout, on reste à bord. Demain c’est sûr, nous nous poserons sur l’île pour randonner.
Pour se consoler, quelques photos tout de même des manchots et oiseaux qui tournent autour du bateau."
Christine et Renaud Lecourt

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Albatros à sourcils noirs

© C.Lecourt

16 novembre

"Après plusieurs jours de mer ponctués de films, de conférences et de discussions (principalement autour d’un bon repas), nous avons jeté l’ancre mardi près de l’île de la Possession, la seule des îles Crozet où il soit permis d’aborder. Comme très souvent ici, le vent était tel que nous n’avons pu être transportés à terre et c’est donc de loin que nous avons fait connaissance. Falaises battues par une mer grise et froide, sommets perdus dans les nuages, quelques oiseaux volant bas. Une succession de rochers penchés semblant descendre vers la mer (les « Moines ») se profile face à un énorme récif percé pareil à un vieux cottage de pierre surmonté d’une cheminée, m’évoquant l’Ecosse ou la Bretagne par une journée de décembre.
Nous sommes déçus bien sûr et craignons d’être coincés à bord pendant toute l’escale car Crozet est connue pour les caprices de son climat. 300 jours de vent par an, difficile de faire pire… Pourtant les deux journées suivantes vous nous offrir un véritable festival d’images, inouï, inoubliable.
Dans les manchotières, d’immenses colonies de manchots royaux se pressent au bord de l’océan. La vision de ces milliers et milliers d’oiseaux, debout sur les plages de Crozet, serrés comme des sardines dans une véritable cacophonie, est saisissante. C’est là qu’ils s’installent pour chercher l’âme sœur, parader, s’accoupler. C’est debout qu’ils couvent leurs œufs, bien au chaud entre leurs pattes de devant et les replis de leur ventre. Chaque parent tour à tour va chercher parfois très loin de quoi nourrir la famille et, en l’absence de nid ou d’autre repère, c’est exclusivement par son cri, sa signature vocale unique, qu’il retrouve son partenaire au milieu de tous les autres couples identiques à nos yeux (et à nos oreilles). Réunis ventre contre ventre, ils font rouler l’œuf entre eux. Plusieurs générations s’entremêlent et il y a là des milliers de poussins, parfois déjà aussi énormes que leurs parents mais qui attendent toujours la becquée. On dirait qu’ils se sont déguisés en yétis. Pas vraiment séduisants les poussins, surtout quand ils commencent à se déplumer par plaques. Pas encore tout à fait au point non plus sur cette histoire de signature vocale, certains se dandinent jusqu’à un parent nourricier potentiel qui les envoie paître d’un coup de bec. Plus les enfants grossissent, plus les parents maigrissent avant de repartir s’approvisionner. Nous voyons un ou deux pétrels attaquer un poussin. Une fois leur proie assurée, les skuas et autres oiseaux de moindre envergure se jettent sur les restes, c’est la curée. Aucun autre manchot ne réagit, au risque de perdre le peu d’énergie qui lui reste pour repartir en mer."

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manchotiére

© S.Vanston

"Un tout autre spectacle nous attend dans la baie des Américains, immense plage de sables gris bordée de marécages où se vautrent des éléphants de mer qui remuent de temps en temps pour bailler ou se gratter le ventre d’un geste très humain. Quelques gros mâles, les pachas, grommellent un peu quand on s’approche de trop près de leur territoire et se cherchent querelle entre eux, se dressant l’un contre l’autre en mugissant. Des petits – enfin tout est relatif- nous font les yeux doux. Ce sont les « bonbons ». Les éléphants sont partout chez eux, au cœur des manchotières comme ici sur la plage. Quand on sait qu’ils parcourent des milliers de kilomètres, les mâles allant jusqu’au continent antarctique, et plongent jusqu’à plus de 2000 mètres pour se nourrir, on comprend qu’ils profitent de leur pause dans les îles !
Circulant sur la plage comme des enfants à la ficelle, dans un sens puis dans l’autre, se baignant au bord de l’océan ou barbotant dans la rivière limpide, les jeunes manchots se la coulent douce eux aussi. Ils n’ont pas encore l’âge de se mettre en ménage et semblent prendre du bon temps avant la rude existence qui les attend. Curieux, ils se rapprochent de nous en se dandinant, un premier puis un autre et encore un autre. J’ai l’impression que mon cœur va éclater tellement ce spectacle est unique et cette proximité exaltante.
Cet après-midi nous avons quitté l’archipel, accompagnés par des nuées d’oiseaux, après un déjeuner fort sympathique offert par le chef de district. Cette nuit il avait neigé et vers midi le soleil a fait son apparition ; tous les sommets blanchis étincelaient. Nous avons vraiment eu une chance insigne."

Sylvie Vanston
Extraits de mon JOURNAL DE BORD - MARION DUFRESNE - OP3 TAAF 2017

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Elephant de mer à Crozet

© S.Vanston

Onzième jour de navigation à bord du Marion Dufresne

"Les conditions météo restent clémentes, tant mieux.
Le roulis est suffisant pour nous rappeler, en faisant glisser noss tasses
sur le plateau du petit déjeuner, que nous sommes en mer. Nous n’en
demandons pas plus. La tempête, si elle survient, ce sera toujours assez
tôt.
Les albatros, "indolents compagnons de voyage" suivent notre navire
"glissant sur les gouffres amers" de l’océan austral.
Demain, nous toucherons Kerguelen au petit matin et ce sera le branle bas
de la logistique et des rotations en hélico. En attendant ce crescendo
d’agitation,laissons nous bercer par le lent déroulement de la houle,
propice à la contemplation. Après le passage à l’atelier bio-sécurité
destiné à empêcher l’importation sur "Ker" d’espèces exogènes, il n’est
peut être pas superflu d’en faire autant avec notre esprit pour le préparer
à de nouvelles impressions de voyage. C’est une des spécificités de notre
périple, la lenteur. Nous pouvons ainsi, pendant la marche du Marion, lire,
méditer mais aussi observer tout à loisir les oiseaux de mer : Pétrels
géants, à menton blanc, grands albatros, fuligineux, à sourcils noirs,
damiers du Cap. (Ma culture est toute récente grâce au livre "ad hoc" que
j’ai consulté).
Et quelquefois pour les plus attentifs la présence d’une baleine évoque pour nous l’antique cris des baleiniers contemporains d’Herman Melville et de son Moby Dick : Elle souffle ! Elle souffle !
La suite peut-être à plus tard." Jean Claude Taïani

Kerguelen

"Un petit coin de paradis sans coin de parapluie !!!"

"Arrivée dimanche matin dans la baie de la table, il est 4h00 il fait déjà jour, et beaucoup de passagers sont en passerelle pour admirer l’arrivée sur le glacier de Cook. 5H30 l’hélicoptère commence ses rotations, plusieurs cabanes sont à ravitailler. Nous connaissons la manœuvre maintenant. Il emporte attaché sous son ventre les caisses de vivres et de matériels, pour que les scientifiques puissent y séjourner. Impossible de le faire par terre, la zone se situe à des semaines de marche de la base Port-aux-Français, aucun chemin n’y va. Le glacier coupe l’île en deux, impossible d’imaginer la moindre route ou même chemin. Personne n’est descendu.
Redescente de la baie sous un soleil radieux qui a dégagé le Mont Ross, nous le laissant admirer tantôt coiffé de quelques nuages, tantôt pointant ses neiges éternelles vers le ciel. "

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ciel et Mont Ross

© C.Lecourt

"Mer calme et pas un bruit pour frôler les 50ème hurlants. Arrivée à la base de Port-aux-français accompagnés de nombreux prions. Seuls les résidents pour l’année qui vient sont descendus, le bateau est quasi vide. Nous passerons la nuit à bord ancrés dans la Baie du Morbihan, grand golfe avec de multiples petites îles. La ressemblance est frappante. Maintenant c’est le tour des touristes.
Quelques bancs de nuages qui ne sont pas favorables retardent les vols en hélicoptère, on attend impatient dans le couloir vers la piste d’envol. Ça y est on part. Vol de 10mn vers la cabane Laboureur au fond d’un fjord et découverte de Kerguelen vu de haut. C’est caillouteux, avec une grande ressemblance avec Mars ou du moins ce que l’on en imagine. Mais la cabane qui nous attend est au bord de l’eau, confortable, rien à dire. Tout est organisé, pique-nique à coté d’une colonie de gorfous sauteurs, soleil à gogo et température très agréable. Retour par un plateau couvert de cailloux. Tout le monde transpire à grimper dans le vallon sous le soleil. Fin de journée en cabane à la lueur des bougies, accompagné d’un excellent repas concocté par le cuistot de la base. Mais le dessert n’est pas en reste, grands macarons au chocolat ou au fruits de la passion. La journée a été belle, on verra demain.

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Skua et gorfous sauteurs

© C.Lecourt

Fini Laboureur, on part vers Jacky toujours en hélicoptère. Changement de décor. Grande plaine de cailloux devant la cabane. Encore une journée magnifique, soleil abondant et chaleur de même. Randonnée vers un point de vue sur le val Studer, puis vers la petite cascade. Le décor caillouteux est traversé par de grandes bandes d’Acaena, seules plantes à avoir survécu aux grignotages des BLO, aucun chou des Kerguelen n’a survécu. Nous verrons quelques BLO et de nombreux terriers. Retour sous un ciel pur et limpide. Encore un repas mitonné par le chef cuistot de la base accompagné de gâteaux de la pâtissière. Et je ne vous ai pas parlé des petits déjeuners. Gâteaux ou croissants aux amandes, pain frais. Nous avons juste à passer le tout au four. Nous sommes soignés. La nuit est étoilée, certains verront même une aurore australe. Nous nous dormons, fatigués de notre journée.
Nous sommes inquiets, nous n’avons pas encore vu la pluie, serait-ce pour demain ?
Nouvelle journée de randonnée qui nous ramène à la base de Port-aux-Français. Toujours nos champs de cailloux à traverser. Plus aucunes bandes d’Acaena, seules quelques petites plantes rases survivent dans ce décor minéral, et encore de façon très isolée. La difficulté valait le coup, nous arrivons sur une jolie colonie de manchots Papou près de la plage. Le vent s’est levé, mais le soleil toujours là. Nous poursuivons notre route au milieu des éléphants de mer. Quelques curieux viendront même nous renifler de très près. Pas d’inquiétude ce sont des jeunes sans dent et sans agressivité. Par contre notre rencontre avec un pacha est plus violente, rugissement trompe levée et exhibition des dents, suivi d’une petite charge. Nous passons notre chemin, quittant son territoire rapidement. Nous ne sommes pas de taille à lutter."

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manchots papous

@ C.Lecourt

"Après le repas et le passage à la coopérative nous rentrons sur le Marion Dufresne. Il était temps, nous ne nous sommes pas lavés depuis trois jours. Après une bonne douche chaude, c’est le rush vers les machines à laver le linge et les sécheuses.
Pour nous Kerguelen c’est terminé. Il reste des opérations de ravitaillement à faire dans le golfe et nous partons pour une jolie croisière autour des îles. La navigation est compliquée, le Capitaine fait sonder régulièrement, il y a des rochers traîtres. Tout se passe bien et nous mouillons devant l’île verte.
Et toujours pas de pluie ! Pourtant le ciel devient menaçant, mais la nuit approche, nous verrons çà demain.
Le jour se lève vers 4h00, avec un beau ciel tout rose. De ma couchette il me semble ne voir aucun nuage. Tout est calme, le bateau repart vers Port-Bizet. Branle-bas de combat au petit déjeuner, les touristes doivent se préparer rapidement, ils débarquent pour deux heures. Ce n’était pas prévu, la surprise est grande. Nous allons visiter Port-Jeanne-d’Arc. Seul port baleinier français, qui a tourné de 1908 à 1926. On y dépeçait baleines et phoques pour récupérer la graisse qui servait sous forme d’huile à alimenter les lampes à huile en Europe et surtout aux Etats-Unis.
2mn d’hélicoptère pour survoler l’île Longue et nous sommes sur place. Le site est balayé par un vent violent. Il reste tout le matériel, cuves, chaudières, autoclaves, fûts métalliques et des bâtiments. Le tout rouille et donnerait un aspect étrange et sinistre, si notre visite ne se faisait sous le soleil. Retour pour le repas de midi sur le Marion Dufresne qui doit repartir vers Port-aux-Français. L’île Longue a elle aussi une histoire. Jusqu’à très récemment des moutons y étaient élevés. Même problème qu’avec les BLO. Leur présence a abîmé la végétation. Depuis 2010, plus aucun mouton n’y vit.
Cette fois-ci Kerguelen est bien terminé pour les touristes. Après le retour des quelques personnes encore à terre, nous prenons la route vers Saint-Paul.
Encore un mythe qui tombe, Kerguelen c’est ensoleillé !!!!"
Christine et Renaud Lecourt

24 novembre.

"Hier, en début de soirée, nous sommes repartis vers le large, après une escale de 5 jours aux Kerguelen. Le vent a forci et nous sommes environnés de brouillard. La corne de brume résonne à intervalles réguliers.
Dimanche 19 novembre, nous débouchons à l’aube dans la baie de la Table. L’aube c’est 4h du matin et en plus nous avons avancé nos montres d’une heure, après avoir navigué près de 3 jours direction est- sud-est. Le vent glacé siffle dans mes oreilles ; malgré la neige qui couvre les sommets, les montagnes semblent bien sombres, les fjords menaçants. On ne distingue pas encore la maigre végétation qui pousse ici et là au ras du sol, mais l’absence totale d’arbres ajoute encore au caractère quelque peu sinistre des lieux. Plus tard l’arrivée du soleil vient atténuer cette première impression, révélant la beauté des myriades d’îles orangées et de bras d’une mer redevenue bleue, tandis que nous longeons les dentelles de côte jusqu’au Golfe du Morbihan.

La silhouette de l’archipel, plus grand que la Corse, rappelle celle de l’Islande en plus découpé encore. Nous découvrons le mont Ross, le plus haut sommet de l’île à 1850m d’altitude, ainsi que la partie de la calotte glaciaire visible depuis le bateau. Calotte qui recule avec le réchauffement climatique et le déplacement vers le sud du front polaire.

La ‘capitale’ Port aux Français est en vue et le ballet de l’hélicoptère reprend bientôt pour déposer à terre sacs postaux (une priorité !) et chargements de fret se balançant au bout de leur ‘sling’. Les scientifiques et autres personnels qui doivent procéder à des manipulations et relevés ou s’installer sur la base descendent à terre ; pour nous ce sera le lendemain matin. En attendant, nous passons tous nos équipements par la salle de biosécurité : nettoyage, brossage, aspiration, afin d’éviter d’introduire des organismes exotiques plus ou moins invasifs sur ces terres dont les espèces endémiques ont déjà fortement pâti des apports liés aux activités humaines.
Lundi 20, donc, notre petit groupe de six, accompagnés de guides (ornithologue et spécialiste des mammifères introduits sur l’archipel), est déposé près de la ‘cabane’ Laboureur. Le gîte est rustique mais assez confortable – bon, on ne se lavera guère que les dents dans l’eau bien froide qui coule du robinet, mais ce n’est pas très grave. Nous déposons nos sacs de couchage et partons à la découverte des lieux. Balade ardue sur des pentes pierreuses, mais vues superbes sur des horizons sans cesse renouvelés de vallées glaciaires, de rivières encaissées, d’îlots moussus, de bandes de mer bleu outremer et de montagnes enneigées. Nous finissons par nous installer pour pique-niquer au soleil, à l’abri d’une falaise plongeant dans une sorte de crique, tout près d’une colonie de gorfous sauteurs ! Nous avons encore une fois beaucoup de chance car la semaine dernière il neigeait tellement que notre guide a dû arrêter ses travaux. "

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Animaux Ker

©S.Vanston

"Les gorfous sont en période de parade, à la recherche de l’âme sœur, ce qui se traduit par quelques luttes de territoire. C’est plutôt amusant de les voir, avec leurs têtes pointues aux poils hérissés comme des clowns, s’invectiver et sauter partout en se donnant des taloches. Tout cela sous le regard d’un pétrel affamé qui attend patiemment derrière un rocher pour sauter sur un oiseau isolé. En vain pour cette fois.
Mardi matin, nous finissons les divins macarons chocolat-caramel de la ‘pâteuse’ de Port aux Français, et découvrons ses viennoiseries aux amandes. Car si nous n’avons pas d’eau chaude et très peu de chauffage, nous avons été largués avec des provisions de bouche sans commune mesure avec la gamelle habituelle du randonneur.

Le brouillard se lève et nous reprenons les airs pour une autre cabane de l’archipel, baptisée Jacky en l’honneur d’un hivernant victime d’un accident de chasse aux mouflons il y a une vingtaine d’années. Et nous voilà repartis à l’attaque des pentes locales, foulant avec enthousiasme les ‘prairies’ d’acaena et, avec moins de ferveur, les pierriers laissés par les volcans et la fonte des glaciers. Auprès de la cascade encaissée qui est notre but de balade, l’un de nous découvre un creux dans la végétation, où nichent quatre œufs de canards d’Eaton. Nous nous éloignons discrètement. Sur le chemin du retour, nous avisons un troupeau de rennes à distance respectable. Espérant (sans succès) qu’ils se rapprocheront, nous faisons une longue pause au soleil. Oui, oui, il fait toujours un temps de rêve, frisquet mais calme. Apparemment, il y a en moyenne 12 jours par an sans vent sur l’île (sans vent, traduire : vent de moins de 40km/h) et nous en avons consommé 2 !

De retour à la cabane, nous accrochons nos chaussettes humides à des cornes de rennes posées sur le muret. A propos de chaussettes, je voudrais remercier ceux qui nous ont encouragés à troquer nos chaussures de marche pour de hautes bottes crantées : les traversées de ‘souilles’ et de rivières justifient pleinement ce choix.
Un autre troupeau de rennes paît à quelques centaines de mètres de la cabane. Il fait doux et nous nous apprêtons à admirer ciel étoilé et aurore australe. Certains courageux passeront même la nuit à la belle étoile.

Le mercredi, nous descendons vers la mer jusqu’à une plage de sable et de rochers noirs, au débouché d’une rivière où barbotent manchots papous et éléphants de mer. Nous regagnons Port aux Français en longeant la côte, ponctuée de plages ‘habitées’.
Le lendemain, Annabelle, la ‘DisKer’ (chef du district) et Thierry, le chef des Opérations pour les expéditions australes, « celui qui doit être obéi », nous ont réservé une surprise, non prévue au programme. Après avoir navigué le long des côtes, nous sommes ancrés face à la station de PJd’A (Port Jeanne d’Arc) et prenons tranquillement notre petit déjeuner quand on nous annonce que nous devons être prêts dans 20 minutes, biosécurité effectuée. Heureusement nous la faisons toujours après le retour à bord, donc à l’heure dite nous sommes dans le couloir de l’hélico avec nos bottes et nos sacs à dos, parés pour de nouvelles aventures.

Et c’est en effet une aventure inédite : ici pas de colonies de manchots royaux, papous ou macaroni, pas d’éléphanteaux aux yeux doux, juste quelques oiseaux de mer isolés. Mais une ancienne usine baleinière, figée dans le temps après le départ de ses habitants, comme un de ces villages de chercheurs d’or abandonnés au milieu du Far West. Jadis prospère avant la concurrence de combustibles fossiles, le commerce des huiles tirées de la graisse de baleine exigeait des expéditions coûteuses et les grands concessionnaires des terres australes, les frères Bossière, y avait englouti leur fortune. Vers la fin des années 20, ils mirent un terme à cette activité sous-traitée à des Norvégiens et laissèrent les installations pourrir sur place. Près de la forge-atelier où l’on réparait tout ce qui pouvait l’être et des longerons de bois où logeaient les ouvriers - restaurés pour abriter les rares séjours de personnels chargés du programme anti-chats - se dressent contre le ciel les autoclaves, les immenses cuves métalliques, les barils cerclés de métal, les énormes treuils qui permettaient de hisser à terre les baleines, couverts d’une rouille orangée, résistant au temps, étrangement émouvants.

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Paysages Ker

© S.Vanston

Nous grimpons sur la colline voisine, le long de la rivière justifiant le choix de ce lieu désolé pour l’installation de l’usine, pour aller admirer la cascade et la vue sur les îles environnantes. Le contraste est saisissant entre les installations en déréliction et le décor somptueux qui nous entoure. Si on ne peut que déplorer la négligence qui a laissé s’accumuler au fil des décennies les débris de notre passage, il faut noter que beaucoup d’efforts sont aujourd’hui déployés pour remédier à la situation et ne pas la laisser s’aggraver. Le port baleinier de PJd’A demeurera cependant, comme un symbole de grandeur et décadence, mais aussi en souvenir de tous ceux qui y ont travaillé dur. "

Sylvie Vanston
Extraits de mon JOURNAL DE BORD - MARION DUFRESNE - OP3 TAAF 2017

Cap au nord

"Kerguelen derrière nous, direction Saint-Paul et Nouvelle Amsterdam. Traversée sans histoire, seul un banc de brouillard sera rencontré.
Dimanche matin 5h00, nous sommes devant Saint-Paul, soleil levant éclairant l’île. Le Marion Dufresne s’ancre devant la passe qui mène au cratère englouti. Deux robinsons sont déposés pour trois jours à l’aide du zodiac. Quelques rotations de l’hélicoptère pour déposer du matériel et nous voilà reparti vers Nouvelle Amsterdam. Traversée ensoleillée et une petite centaine de kilomètres plus loin nous nous arrêtons devant les falaises d’Entrecasteaux. Falaises impressionnantes où nous déposerons trois acrobates qui irons réparer la via ferrata. Les scientifiques de l’île utilisent ce chemin pour descendre vers une cabane au pied de la falaise, 700m à descendre tout de même.
Entrecasteaux terminé, nous ancrons devant la base et c’est le tour des touristes. Une petite balade vers la mare aux éléphants, où les habitants sont des otaries !!!! Ensuite chacun rejoint sa cabane. Pour nous ce sera Ribault au milieu des otaries dont nous sommes protégés par un grillage. Toute la nuit nous sommes « bercés » par le chant des sirènes locales, nous n’évoquerons pas l’odeur. Entre deux aboiements, celles qui ne font pas la sieste batifolent dans les flots. Mais les orques veillent, malheureusement pour elles une belle barrière de laminaires protège les otaries.

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otaries

© C.Lecourt

L’île volcanique est parsemée de petits cratères autour desquels, s’organisent de belles balades. La latitude de l’île favorise la végétation. Des affleurements de lave sont visibles partout, néanmoins l’île a un aspect verdoyant. De belles plantes importées se sont développées au grand dam des botanistes, trèfles, chardons, poas variées, pissenlits, oseilles, et mêmes marguerites ou géraniums. Au milieu de tout çà nous observons de belles prairies de scirpes endémiques. Durant toutes ces sorties, nous sommes accompagnés de botanistes de la réserve naturelle. Ces derniers sont intarissables sur les expériences d’éradication des importunes. Les animaux importés ne sont pas en reste. Chats, rats noirs, souris font des dégâts. Les bovins descendants des bêtes de la famille Heurtin ont été éliminés. Leur piétinement intensif a disparu. Seul arbre présent sur l’île le Phylica a bien failli disparaître. A chaque passage du Marion Dufresne chaque touriste plante un arbre souvenir, dûment étiqueté à son nom. La forêt présente au 17ème siècle est, petit à petit, reconstituée.
Après les otaries, nuit au bord d’un cratère sans bruit et sans odeur. Lente montée vers la cabane Antonelli sous un soleil radieux (encore !!). La vue est belle, le soleil se couche dans un flamboiement de couleurs.

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Antonelli

© C.Lecourt

Dernière journée sur la base, la pluie est là. Après l’apéro offert par le « DisAm », repas en commun avec les résidents bipèdes de l’île. C’est l’occasion des dernières discussions avec les jeunes que nous avons côtoyés pendant toute la rotation et que nous laissons pour treize mois sur l’île. Ce sont de grandes embrassades, et des au revoir appuyés. Toutes les mains s’agitent sur la base et dans l’hélicoptère.
Et c’est le départ, dernière envolée avec l’hélicoptère, 30 secondes de vol pour se poser sur le Marion Dufresne et nous retrouvons nos cabines. Nous ressentons le sentiment de rentrer à la maison.

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départ d’Amsterdam

© C.Lecourt

La rotation se termine dans cinq jours, cap au 310 nous naviguons vers La Réunion. Le bateau et la mer sont très calmes. L’équipage est plus nombreux que les passagers. Il est temps de trier les photos.
Les rotations sont principalement organisées pour ravitailler les bases australes. Ravitaillements en tout genre, de la nourriture, des médicaments et tout le matériel nécessaire pour vivre. L’isolement fait que tout est pensé pour que les résidents ne rencontrent aucun souci de vie. Une grande attention est apportée à la cuisine. Et en effet nous y mangeons bien sur les bases. Mais ce sont les scientifiques qui fournissent le gros des « embarqués-débarqués », avec leur matériel de recherche. Ce sont eux qui donnent le tempo des arrêts dans les îles, des rotations de l’hélicoptère.
Chaque rotation est l’occasion de rencontrer des personnes très diverses. Scientifiques en priorité, mais aussi journalistes, photographes, techniciens, militaires, …
Pour nous ce fut l’occasion de rencontrer des scientifiques amoureux de leur discipline. Prêts à en parler des heures et des heures patiemment, aux ignorants que nous sommes."
Christine et Renaud Lecourt

30 novembre

"Hier après-midi, nous avons quitté Amsterdam, sur une mer agitée. Comme pour nous faciliter le départ, la journée avait été très maussade, pluie, vent et brouillard. Après une réception à la résidence du chef de district, le barbecue prévu avait été rapatrié à l’intérieur, et les adieux accélérés pour pouvoir rembarquer tout le monde avant que le temps ne se détériore davantage.
Pourtant c’est sous le soleil que nous avons, dimanche 26 à l’aube, à une petite centaine de kilomètres plus au sud, découvert les 6 km2 de Saint Paul, pour y déposer en zodiac une équipe chargée de travaux sur le site. La vue est impressionnante : large croissant aux hautes falaises, l’île est un ancien cratère envahi par la mer, ponctué d’un îlot en forme de bonnet pointu. On y vient depuis des décennies pêcher la langouste mais le lieu reste marqué par une destinée tragique. La conserverie installée par les frères Bossière – toujours eux – connut à la fin des années 20 des premières campagnes pleines de succès mais les personnes restées sur l’île pour y entretenir le matériel y furent ‘oubliées’ pendant des mois ; plusieurs moururent du scorbut avant qu’on ne vienne enfin les ravitailler. Une petite fille née sur l’île, Paule, ne survécut que quelques semaines. Cela ne dissuada pas les concessionnaires de poursuivre leur activité, avec une équipe de 29 Bretons, complétée de 89 Malgaches - effectifs soigneusement calculés pour s’affranchir de la présence d’un médecin à bord… Cette fois, c’est le béribéri qui allait sévir, carence en vitamine B1 sans doute due à la mauvaise qualité du riz fourni par la compagnie. Les frères Bossière finirent, là encore, par baisser les bras et St Paul retourna à sa solitude.

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St Paul et Amsterdam

© S.Vanston

Quelques heures plus tard, l’arrivée à Amsterdam est une bonne surprise. Sous le soleil, la vingtaine d’hivernants présents sur la base nous accueillent, entourant le chef de district ceint de son écharpe tricolore. Il y a de l’herbe, des fleurs ornementales, et des conifères, penchés dans le sens du vent. Il y a même un eucalyptus et c’est un plaisir de sentir le parfum de son feuillage. Cela va faire trois semaines que nous n’avons pas vu d’arbres…
Succession de calderas plus ou moins anciennes, le sol volcanique est couvert d’une végétation variée, en bonne partie endémique, scirpes, fougères et surtout le fameux Phylica arborea, le seul arbre des îles australes, naguère presque disparu. Nous sommes invités à replanter à flanc de coteau quelques spécimens issus de la pépinière. Cependant, nous comprenons que les efforts déployés pour favoriser une reprise naturelle de sa dissémination ne seront pas nécessairement couronnés de succès, les souris qui infestent l’île étant friandes de ses graines.
Le sol et la végétation ont souffert de l’introduction de divers mammifères, dont des vaches qui ont proliféré à l’état sauvage après qu’un fermier eût renoncé à ses projets d’élevage, il y a près de 150 ans. Là encore, les missions de la Réserve naturelle des terres australes – Connaître, Préserver et restaurer, Sensibiliser et accompagner – représentent de sacrés défis, compte tenu du poids du passé des activités humaines et du caractère sans doute inéluctable de certains phénomènes naturels. Le combat n’en est pas moins nécessaire.

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Flore Amsterdam

© S.Vanston

A cet égard, il est intéressant de noter la contribution involontaire de la faune des TAAF à l’observation scientifique dans cette région du monde encore mal connue. Ainsi, des ‘agents très spéciaux ‘, à savoir des éléphants de mer équipés d’une balise Argos, envoient en permanence des données océanographiques précieuses (salinité, température) - un trésor sans précédent pour les scientifiques. Le rôle de l’océan austral et de l’Antarctique dans la régulation thermique de la planète est en effet primordial.
De même, le suivi d’albatros bagués a permis de repérer et d’arraisonner de nombreux bateaux pêchant illégalement dans les eaux de la zone exclusive. L’instauration dans l’océan austral de cette zone grande comme 3 fois la France vise à préserver les ressources maritimes et aussi à éviter les énormes dégâts collatéraux liés à des activités de pêche non maitrisées. Grâce à toutes les mesures prises en matière de surveillance, de restrictions et de méthodes de pêche, le nombre d’oiseaux de mer pris dans les lignes des palangriers a été ramené de 20 000 par an à une soixantaine de pétrels et plus aucun albatros.
Si la végétation y est plus riante, le monde animal d’Amsterdam m’est apparu un peu plus rude que dans les autres îles. Les otaries installées tout autour de la base sont clairement plus méfiantes que les manchots, gorfous et même éléphants de mer que nous avons rencontrés jusqu’ici. Nous sommes informés du risque d’incidents et d’agressions et priés de nous tenir à bonne distance, en laissant la priorité aux otaries qui pourraient nous couper la route. Pas évident lorsqu’il nous faut traverser leur domaine pour atteindre notre cabane le long de la falaise. Nous restons groupés, en file indienne, bâton dirigé vers l’animal le plus proche, entourés de centaines d’otaries qui se rapprochent en criant et en montrant les dents. C’est un peu stressant, mais nous ferons plusieurs traversées sans encombre. Au matin de notre départ, un bébé otarie est né dans les rochers à une vingtaine de mètres de la cabane."

Sylvie Vanston
Extraits de mon JOURNAL DE BORD - MARION DUFRESNE - OP3 TAAF 2017

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Otaries d Amsterdam

© S.Vanston

3 Décembre

"Hier soir, barbecue sur l’aire de l’hélico, sous le ciel légèrement brumeux où la lune noyée monte et descend au gré des mouvements du bateau. Au beau milieu de l’océan. J’ai l’impression de rêver.
Mais plus qu’une journée et une nuit en mer et nous serons rentrés à la Réunion.
Et nous devrons quitter le Marion Dufresne, et son capitaine, le commandant Eyssautier, qui avec tout son équipage nous a amenés à bon port, nous a aimablement accueillis sur la passerelle et à sa table et a partagé avec bonne humeur d‘interminables séances de tamponnage philatélique. Nous commencions à nous sentir chez nous sur ce grand navire, à en connaître tous les ponts, les escaliers et les coursives, et même les immenses cales et les multiples salles des machines, équipées pour faire tourner en autonomie pendant un mois un village de plus de 150 habitants, mais aussi pour mener des opérations de grande envergure telle l’extraction de carottes sédimentaires de 80m de long.

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Marion Dufresne

© S.Vanston

Finis aussi les allers-retours en hélico - une aventure en soi - et les heures passées dans le Forum, bar, restaurant et, à l’occasion, piste de danse et de karaoké, où Dany, Laï, Roméo et tous leurs collègues de Madagascar nous ont préparé et servi des super repas et des cocktails sympathiques. Et dans la salle de conférences où presque tous les jours passés en mer, au fil des programmes concoctés par Thierry l’OPEA et Clémence notre guide, nous avons pu assister à des documentaires et exposés sur la faune, la flore, la pêche, l’analyse de l’air, la biodiversité, les fonds marins, la réserve naturelle, l’histoire des TAAF, présentés par des spécialistes passionnants et passionnés. J’ai à peine eu le temps d’entamer le stock de 500 polars enregistrés sur ma tablette…
Je ne suis pas près d’oublier tous ceux que nous avons croisés sur ce bateau et à terre, et qui nous ont fait partager leur savoir, leurs travaux, leurs passions. Ni bien sûr les paysages de la mer et des îles, et tous les trésors qu’ils recèlent."

Sylvie Vanston
Extraits de mon JOURNAL DE BORD - MARION DUFRESNE - OP3 TAAF 2017

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La vie à bord

© S.Vanston